‹ Histoire de saint Louis (volume 2)Chapitre 50 sur 126 · Le 6 décembre · texte numérisé non relu

Le 6 décembre

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Sarrasins qui étaient venu^. Or il advint que quand raniiiéie $'élma^ pour chomncher, et que las Turcs virent qu'on ne ferait pas de pointe sur eux, et surmt paj* leurs espions qu6 le roi ravait défendu, ils s'enbardirent et attaquèrent les Tem- ]>liers, formaient le premier corps; et l'un des Turcs renversa un 4es chevaliers du Temple à terre, juste devant les pieds du cheval de frère Renaud de JBichiers, qui était alors maréchal du Temple , Quand il vit cela, il cria anx autres frères : « Or à eux, de par Dieu ! car je ne le pourrais plus souffrir. » U piqua 4es èpérous, et toute Tannée aussi : les chevaux de nos gens étaient frais, et les cbev^uxdes Turcs étaient d^à Datigués; d'où j'ai am rapporter que nul n'y avait échappé, mais que tous y périrent, et que plusieurs d'entre eux étaient entrés dans la fleuve et furent noyés»

Il nous faut premièrement parler du fleuve qui vient d'^ftoi 'etdu fiaradis terrestref; et je voim raccoite cela pem vent fSûre comprendare certaines chpses qui toucUei^t à ma n^aUàre. Ge, Ueuye est diffécent de toutes- lesr autres rivières; car ptus teSi autres rivières viennent en aval, plus il y tombe ^

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de petites rivières et de petits ruisseaux; et en ce fleuve il n'en tombe aucune; au contraire iladvient ainsi qu'il vient par un seul canal jusques en Ëgypte, et alors il fait sortir de lui ses branches, qui sè répandent parmi l'Egypte. Quand a passé la Saint-Remi; les sept rivières se répandent par le pays et couvrent les plaines; et quand elles se retirent, les laboureurs vont chacun labourer dans sa terre avec une charrue sans roues, avec quoi ils. retournent dans la terre, les froments, les orges, les cumins, le riz; et tout cela vient si bien que nul ne saurait quoi y amender. Et l'on ne sait pas

d'où cette crue vient, sinon de la volonté de Dieu; et si elle ne se faisait, aucun bien ne viendrait dans le pays à cause de la grande chaleur du soleil, qui brûlerait tout, parce qu'il ne pleut jamais dans le pays. Le fleuve est toujours trouble ; aussi ceux du pays (jui en veulent hoire, prennent de l'eau vers le soir, et écrasent quatre amandes ou quati e fèves, et le lendemain elle est si bonne à boire que rien n'y manque. Avant que le fleuve entre en £gypte, les gens qui sont accoutumés à le faire jettent leurs lilets déployés dans le fleuve au soir j et quand on vient au matin, ils trouvent dans leurs filets les denrées qu'ils vendent au poids, que l'on apporte en ce pays, c'est à savoir le gingembre, la rhubarbe, le bois d'aloès et la canelle. £t l'on dit •que ces choses viennent du paradis terrestre, que «

le vent abat des arbres qui sont en paradis ainsi que le vent abat dans les forêts de ce pays le bois sec; et ce qui tombe de bois sec dans le flenvè, les v marchands nous le vendent en ce pays. L'eau du fleuve est de telle nature, que quand nous la suspendions aux cordes de nos pavillons dans des pots de terre blancs que Ton fait au pays, elle devenait à la chaleur du jour aussi froide qu'eau de fontaine. Ils disaient au pays que le soudan de Baby- * lone avait maintes fois essayé de savoir d'où le fleuve venait, et qu'il y envoyait des gens qui emportaient une espèce de pains que l'on appelle biscuits parce qu'ils sont cuits par deux fois; et ils vivaient de ce pain jusqu'à ce qu'ils revinssent près du Soudan. £t ils rapportaient qu'ils avaient remonté le fleuve, et qu'ils étaient venus à un grand tertre de roches à pic, là où nul ne pouvait monter. De ce tertre tombait le fleuve ; et il leur semjl)Iait qu'il y avait une grande foison d'arbres sur la montagne en haut; et ils disaient qu'ils avaient trouvé des merveilles de diverses bêtes sauvages et de diverses façons, lions, serpents, éléphants , qui les venaient regarder de dessus la rive du fleuve, pendant qu'ils allaient en amont.

Or revenons à notre première matière, et disons ainsi que quand le fleuve vient en Égypte il fait sortir ses branches, ainsi que je l'ai déjà dit ci-devant. L'une de ses branches va à Bamiette^^ l'autre

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à Alexandrie^ la tnnsième à Tanis, la quatrième a Rexi * . C'est à celte branche qui va à Ilexi, que vint :1e roi de France avecdBoa armée, et il campa entre

le fleuve de Damiette ol celui de Uexi; et toutes les forces du Soudan campèrent sur le ûeuve de Aexi, d'autre part;, en ibce de «otre armée, pour oevs défendre le passage; laquelle chose leur était facile, car oui ne pouvait passer ïtm pMr aller par de- Ters eux, sinon en la passant à la nage.

aCLI. Constrnetioii (f une dutussée âor le flsufe.

Le roi prit le parti de fkire faire une éhaussièe

parmi la rivière pour passer vers les Sarrasins. Pour protéger ceux qui travaillaient à la chaussée, le roi fit faire deux beffrois cpie l'on appelle chatS" châteaux^ j car il y avait deux châteaux devant les ehati et deux maisons derrière les châteaut, pour garantir ceux qui feraient le guet contre les coups des engins des Sarrasins, qui avaient seize engins

1. Cette branche du NU part de Mansourah, et les Arabes la nomment Avehmoom-Theniâi.

3. On êJppMi ^^kaU d» galÎÉDrieB cenvartos iee bonmes pouvaient cbeminer i rabri. Comme on construisit des cb&teaux devant ces gi»Ieries^ on donnait à Tensemble le nom de ctof-

tout dressés. Quand nous vînmes là, le roi fit faire dix-huit engins, dont Jocelin de Cornant était matire ingénieur. Nos engins tiraient contre les leurs et les leurs contre les nôtres; mais jamais je n'ouïs dire que leis nôtres fissent beaucoup. Les frères du roi faisaient le guet de jour, et nous, les autres chéVàlierSy faisions le guet de nuit auprès des chais. Nous vînmes à la semaine devant Not^l.

Aussitôt que les chats furent faits, Ton entreprit dé fàire la chaussée, parce que le roi ne voulait pas que les Sarrasins, qui tiraient sur nous k découvert & travers le fleuve» blessassent ceux qui portaient la terre. Pour ce qui est de cette chaussée» le roi et tous l'es barons de Tarmée agirent en aveugles; car parce qu'ils avaient bouché l'un des bras du fleuve, ainsi que je vous l'ai dit ci-devant (ce qu'ils firent facilement, parce qu*ils entreprirent de le boucher là où il se séparait du grand fleuve), par cette raison ils crurent pouvoir boucher le bras de Rexi, qui était déjà séparé du grand fleuve depuis une demi-lieue. Et pour empêcher la chaussée que le roi faisait, las Sarrasins faisaient faire des trous en terre du côté de leur armée; et sitôt que le fleuve arrivait aux trous, il se précipitait dans les trous et refaisait une grande fosse. D'où il advenait ainsi que tout ce que nous avions fait en trois somaiMs, ils noms to il^saient tout en un jour, parce qfue tewftee ffm n^^s

, bouchions du fleuve devers nous , ils le rélargissaient devers eux par les trous qu'ils faisaient.

Au lieu du Soudan qui était mort de la maladie qu'il prit devant la cité d'Émesse, ils avaient fait leur chef d'un Sarrasin qui avait nom Scccedin* le ûls du sçheick. L'on disait que l'empereur Frédéric Tavait fait chevalier. Celui-ci manda à une partie de ses gens qu'ils vinssent assaillir notre armée du côté de Damiette, et ainsi firent-ils; car ils allèrent passer à une ville qui est sur le fleuve de Rexi, qui a nom Sharmesah. Le jour de Noel% moi et mes chevaliers nous mangions avec monseigneur Pierre d'A vallon : tandis que nous mangions, ils vinrent piquant des éperons jusques à notre camp, et occirent plusieurs pauvres gens qui étaient allés dans les champs à pied. Nous allâmes nous armer. Nous ne sûmes jamais revenir assez tôt pour trouver monseigneur Pierre notre hôte, qui était en dehors du camp et qui s'en était allé après les Sarrasins. Nous piquâmes des éperons après lui et le délivrâmes des Sarrasins, qui Tavaient jeté à terre ; et nous ramenâmes de là au camp lui et son frère le seigneur du Val. Les TemplierSy qui étaient venus au cri d'alarme, firent rarrière-gardebienethardiment. LesTurcsvinre nt

1. Ce Scecedin paraît être le même personnage que l'émir Fakr-eddin , fils du schcick Sadr-eddin.

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