‹ Histoire de saint Louis (volume 2)Chapitre 78 sur 126 · LXXV. — Payement de la rançon ; argent pris par JoinYille · texte numérisé non relu

LXXV. — Payement de la rançon ; argent pris par JoinYille

aux Templiers.

On commença à faire le payement le samedi au mfttin» et Ton mit à .fftire le payement le samedi et le dimanchfe toute la journée jusques à là irait; on les payait à la balance, et chaque balance valait dix milles livres. Quand vint le dimanche sa soir, les gens du roi qui faisaient le payement mandèrent au roi qu'il leur manquait bien trente mille livres, n n'y avait alors avec le roi que le roi de Sicile et le maréchal de France, le ministre de la Trinité et moi ; et tous les autres étaient à faire le payement. Je dis alors au roi qu'il serait bon qu'il envoyât quérir le commandeur et le maréchal du Temple (car le maître était mort), et qu'il les requît de lui prêter trente mille livres pour délivrer son frère. Le roi les envoya quérir; et le roi me

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DE SALNT LOUIS. . 169

dit que jô le leur disse. Oaand je le lenr eus dit, frère Étienne d'Otricourt, qui était commandeur da Temple^ me dit ainsi : « Sire de JomTille, ce conseil qne vous donnez n'est ni bon ni raisonnable; car vous savez que nous recevons les dépôts en telle manière, que par nos serments nous ne les pouvons délivrer excepté à ceux qui nous les baillent. » U y eut assez de paroles dures et injurieu« ses entre mol et lui. Et alors frère Renaud de Vichiers, qui était maréchal du Temple, prit la parole et dit ainsi : « Sire, laissez aller la dispute du seigneur de Joinville et de notre commandeur; car^ ainsi que notre commandeur le dit, nous ne pourrions rien bailler que nous ne fussions parjures; et quant à ce que le sénéchal vous conseille que, Si nous ne vous en voulons prêter vous en preniez, il ne dit pas làbien grande merveille, et vous en ferez à votre volonté ; et si vous prenez du nôtre, nous en avons bien assez du vôtre en Acre pour que vous nous dédouunagiez bien. ^ Je dis au roi que j'irais, s'il le voulait; et il me le commanda. Je m'en allai vers une des galères du Temple, la maîtresse galère; et quand je voulus descendre dans la sentine de la galère, là où le trésor était^ je demandai au commandeur du Temple qu'il vint voir ce que j e prendrais ; et il n'y daigna pas venir. Le maréchal dit qu'il viendrait voir la violence que 'e lui ferais. Sitôt que je. fus descendu là où le

trésor était^ je demandai au trésorier du Temple,

qui était là, qu'il me baillât les clefs d'une huche qui était devant moi; et lui, qui me vit maigre et décharné de la maladie, et avec Fhabit que j'avais en prison, dit qu'il ne m'en baillerait pas. Et j'aperçus une coignée qui était là à terre ; alors je la pris et dis que j'en ferais la clef du roi. Quand le maréclial vit cela, alors il me prit par le poing, et me dit : < Sire, nous voyons bien que c'est violence que vous nous faites, et nous vous ferons bailler les cleb. > Alors il commanda au trésorier qu'on me les baillât; et quand le maréchal eut dit au ^ trésorier qui j'étais, il en fut tout ébahi. Je trouvai que cette huche que j'ouvris était à Nicolas de Choisi, un sergent du roi. Je jetai dehors ce que j'y trouvai d'argent, et ils me le laissèrent porter près de la proue de notre vaisseau, qui m'avait amené. £t je pris le maréchal de France et le laissai avec l'argent; et sur la galère je mis le ministre de la Trinité. Le maréchal tendait l'argent au ministre, et le ministre me le baillait sur le vaisseau là oii j'étais. Quand nous vînmes vers la galère du roi, je conomençai à crier au roi ; < Sire, sire, regardez conune je suis garni. » Et le saint homme me vit bien volontiers et avec grande joie. Nous baillâmes à ceux qui faisaient le payement ce que j'avais apporté.

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