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CHAPITRE TROISIEME

Les colons de la Grande-Savane, du Côteau-des-Hêtres et même d'une partie de la Petite- Acadie, firent d'abord partie de la paroisse de Laprairie, où furent baptisés plusieurs d'entre eux, puis de celle de Sainte-Marguerite de Blairfindie ( alias L' Acadie) après l'érection de cette dernière en 1784.

Mais, en 1798, ils commencèrent à s'agiter pour avoir à eux seuls une paroisse et un curé. Ils se trouvaient, en effet, passablement éloignés de l'Acadie, et les moyens de transport étaient précaires. Plusieurs n'avaient pas de voiture convenable et allaient à la messe à cheval, même les femmes, qui, assises sur la croupe de la bête, tenaient leur mari pour ne. pas tomber.

Dieu avait tant multiplié leurs familles et tant béni leurs travaux de défrichement, qu'ils se sentaient assez forts pour subvenir aux besoins d'une église et d'un prêtre.

Cent-trois firent apposer leurs noms à une requête demandant l'érection d'une paroisse: Voici ces noms, suivant l'orthographe que leur en a donné le notaire.

Julien Dépelteau. (1) J.-Bte Guérin.

François Lebert. Michel Cusson.

François Tremblay. Jacques Cusson.

Louis Babin. Olivier Thibaudeau.

(1) Aïeul de MM. Joseph et Lucien Dépelteau, de Saint-Luc.

Mmk VhlvhJ.-Btk MiiLi.KrH,

(Née M. Soulani^f.^ Fr^Keau.)

'l'Hr. NBW Y'-i-.K

PUMJCLIBHAXV

J.-Bte Compain.

François Brosseau.

Âmable Tremblay.

Honoré Laure.

Victor Girouard, père.

Victor Girouard, fils.

Honoré Laure, fils.

J.-Bte Boucher.

Dominique Samozète.

Jacques LfCbert.

Claude Fournier.

Joseph Lamarque.

Michel Boucher.

Joseph Sanschagrin. Alexis Lebert.

Etienne Sanschagrin.

Louis Moquin.

Augustin Comeau.

Joseph Molleur.

Gabriel Soman.

|.-Bte Terrien.

Amable Lapalme.

Augustin Vandal.

Joseph Brosseau.

Pierre Brosseau.

Joseph Brosseau.

Louis Laplante.

Joseph Brosseau.

Jérémie Brosseau.

Jérôme Dumas.

Pierre Brien.

Joseph Duquette.

Nicolas Letartre.

Vve André Lamarre.

Chas Compain.

' Pierre Lamarque.

Jean Melançon.

Pierre Hébert.

Louis Caillé.

Joseph Desmarais.

Jean Bécette (1).

Etienne Denault.

François Denault.

J.-Bte Oligny.

Antoine Brosseau.

J.-Bte Morin.

pierre Lacroix.

'.'.', ^rançoijâ d' Alpé.

Jâcqiies Lebert.

François Brosseau.

" ^'-Igîç^JSÎorin.

Pierre Noël Terrien.

Louis Guérin.

Jacques Brosseau.

Antoine Dumontet.

Antoine Dutour.

Ange Cusson.

Vve François Brosseau.

Toussaint Tougas.

Godfrois Vandal.

Pierre Brosseau.

Pierre St-Yves.

J.-Bte Monète.

Pierre Molleur.

Augustin Delante.

Hypolite Rougié.

Jean Moreau.

Raphaël Moreau.

Jean Dupuis.

Jacques Audète.

(1) Aïeul ou bisaïeul de M. Hilaire Bessette, de Saint-Luc.

Michel Monète. François St-Yves.

Pierre Provots. Joseph Gausselin.

Philibert Gibault. Pierre Cusson.

J.-Bte Moreau. Joseph Houlle.

Antoine Brosseau. Bonaventure Godin.

Jean Dagès. J.-Bte Morin.

Jean Normandin. Louis Morin.

François Boucher. Pierre Nolin.

Pierre Tremblay. Bernard Malsac.

Pascal Pinsoneau. Godefroie Audète.

Pierre Savoye. François Lanciau.

J.-Bte Bourdeau. François Lanciau, fils.

Michel Supemant.

Le notaire Bourassa, qui dressa la requête, certifia qu'elle avait été écrite à la demande de ceux dont elle portait les noms, mais qu'aucun d'eux ne savait signer.

La requête, datée du 22 octobre 1798, fut présentée le même j our à l'é vêque de Québec résidant à Longueuil.

Les pétitionnaires y disaient que, étant 103 signataires sur 160 domiciliés ou avant des terres dans leur district, ils formaient une majorité ; que plusieurs d'entre eux étaient à trois lieues de l'église de Blairfindie ; que cette église était trop petite ; qu'ils croyaient pouvoir fournir au curé, chaque année, une dîme de 600 minots de blé, 150 minots de pois, 200 minots d'avoine, et 200 livres de casuel, etc., etc.

De fait leur requête était bien motivée.

A cette époque L'Acadie n'avait pour chapelle qu'un haut de presbytère de 56 pieds de longueur sur 40 pieds de largeur, et s'occupait déjà de la construction d'une église.

Le lendfemain de la réception de la requête, 23 octobre 1798» Mgr Denault (M. Chaboillez étant secrétaire) nomma M. Boucher, curé de Laprairie, son député spécial à F effet de se transporter au dit Heu des Savanes^ pour recevoir les informations relatives à la dite requête y constater les faits énoncés en icelle,

entendre et recevoir les oppositions^ s'// s'en fait et lui faire

rapport.

Le rapport de M. Boucher fut évidemment favorable aux

pétitionnaires, car Mgr Denault érigea leur territoire en paroisse, par son décret du 16 mai 1799, sois le vocable de saint Luc, évangéliste.

Cependant, le premier curé de Saint-Luc ne put y arriver -qu'à l'automne de 1801.

M. Boucher, dans sa lettre du 8 septembre 1817, donne à Mgr Plessis la raison de ce retard. ^

« L'érection de la paroisse de Saint-Luc, m y dit-il, « ne put s'effectuer qu'après trois ans d'obstacles, d'opposition, de procès. L'agent des Jésuites voulait l'église au domaine sur la rivière Montréal. (1) Le défunt seigneur Grant, sur la fin des opérations, parla de Saint-Jean, et voulut re traire les six arpents, où. est maintenant le presbytère. (2) Ne pouvant y réussir, à cause d'une clause insérée par M. Henri dans le contrat de vente des six arpents, où la dite vente se trouvait annulée, si la bâtisse n'y avait Heu, il exigea rigoureusement les lods et ventes.

« Enfin, les opposants trouvèrent le moyen de dérober toutes les pièces, dont il fallut que M. Lartigue redonnât une copie sur les registres de l'évêque. » (3)

Il y avait, évidemment, un grand besoin d'église à Saint- Luc, puisque le démon, ennemi de tout bien, suscita de si grands obstacles à son érection. Il sait bien que, s'il s'érige une église catholique quelque part, l'exercice du vrai culte, la prédication orthodoxe, la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la nouvelle église, la réception des sacrements, y amoindriront sa néfaste influence sur les âmes.

L'agent des Jésuites, M. Grant et les opposants y faisaient

(1) Ce domaine était, évidemment, sur la Petite-Rivière, près du pont du Half-way-House et de la Côte-à-Gladu.

(2) David Alexandre Grant était l'époux de la baronne. Avant Tabolition de la tenure seigneuriale, lorsqu'il se vendait un terrain quelconque dans les seigneuries, le seigneur pouvait le retraire au prix stipulé dans le contrat de vente.

(3) M. Lartigue, futur évêque de Montréal, n'était encore que le secrétaire, à Longueuil, de l'évêque de Québec.

donc admirablement son œuvre à la Petite-Rivière et aux Savanes !

Dans une autre lettre à l'évêque, du 27 août 1817, M. Boucher donnait ainsi les dimensions de Saint-Luc :

« Les terres qui la composent, sont, outre quelques-unes isolées gagnant Blairfindie, celles qui sont sur la rivière Chambly, depuis Saint-Jean jusqu'à la terre de Lajeunesse, près la traverse à Malhiot, et la Petite-Savane de Sainte-Thérèse démembrée de Chambly ; et celles qui sont situées aux côtés nord et sud du Chemin-de-Saint-Jean, non compris celles qui sont appuyées sur la Rivière-Montréal, dont les propriétaires étaient dans l'opposition. »

La paroisse de Saint-Luc comprenait donc tout le bord de l'eau jusqu'à et y compris Saint-Jean.

Par ses missions, elle remontait les deux rives de la rivière jusqu'aux lignes.

En 1826, après beaucoup d'instances pour faire construire l'église au Bord-de-l'eau, les fidèles de Saint-Jean, voyant que le Côteau-des-Hêtres avait gardé l'église, dont à la vérité, ils étaient éloignés, demandèrent tout simplement à être détachés de Saint-Luc et érigés eux-mêmes en paroisse.

Cette nouvelle fut un coup de foudre pour les fidèles de Saint- Luc, qui trouvaient avec raison que le démembrement de leur paroisse allait la trop rapetisser. Ils firent immédiatement une contre-requête pour s'opposer à l'érection de la paroisse de Saint-Jean. •

Mgr J. J. Lartigue, encore auxiliaire de l'évêque de Québec pour le district de Montréal, les rassura en leur disant que, s'il démembrait la paroisse de Saint-Luc, il l'agrandirait par ailleurs.

Cependant, Saint-Jean ayant été érigé, et son décret d'érection, par lequel on enlevait une grande partie de Saint-Luc, ayant été lu au prône de cette dernière paroisse, à l'automne de 1826, les fidèles de Saint-Luc firent aussitôt dresser une requête à Mgr Panet, pour lui rappeler la promesse qui avait été faite d'agrandir Saint-Luc par ailleurs, et demandant une nouvelle érection canonique de leur paroisse pour y mieux réussir.

M. Boucher fut encore délégué et recommanda d'annexer à Saint-Luc les deux concessions de la Petite-Rivière, ainsi que le Côteau-de-Trèfle et le Grand-Coteau, de la paroisse de Chambly.

Les choses, cependant, en restèrent là jusqu'à l'arrivée de M. Crevier, où, le 21 décembre 1828, J.-Bte Morin, J.-Bte Moreau et François Brosseau, au nom de la paroisse de Saint-Luc, allèrent encore demander l'agrahdissement de Saint- Luc. Ils étaient en même temps porteur d'un plan de la paroisse, d'une requête des habitants et d'une lettre de M. Crevier.

N'ayant pas de réponse, ils revinrent à la charge trois ans plus tard. Le 14 juillet 1831, ils firent encore une requête demandant l'érection canonique de la paroisse avec annexion du territoire désigné par M. Boucher.

Cette fois, M. Gaulin, curé de Saint-Jean, fut délégué.

M. Gabriel Marchand, père de l'ex-premier ministre de la province, se fit une joie de conduire lui-même son curé à Saint- Luc, dans sa propre voiture traînée par deux chevaux blancs, ainsi que notre père nous l'a raconté.

La discussion fut chaude à l'assemblée de M. Gaulin. Les fidèles de Chambly, qui craignaient d'être annexés àSaint-Luc, n'osèrent pas y venir ; mais, au préalable, ils firent servir un protêt à M. Gaulin, à son presbytère de Saint-Jean. Chose curieuse, les notaires Besse et L. A. Moreau, qui firent le protêt, déclarèrent que, s'étant rendus à la maison presbytérale de messire Gaulin, « messire Gaulin a répondu que messire Gaulin était absent.

Dans le même temps, le grand vicaire Déguise, curé de Varennes, opérait à Chambly pour l'érection canonique de cette paroisse, et, M. Mignault aidant, les fidèles du Côteau-de- Trèfle et du Grand-Coteau furent définitivement incorporés à Chambly et à tout jamais perdus pour Saint-Luc.

Les habitants de Saint-Luc croyant n'avoir pas gagné leur cause à l'assemblée de M. Gaulin, envoyèrent encore un mémoire à l'évêque, le 18 septembre 1831, contenant des afiidavits de J.-Bte Morin, J.Bte Molleur, Benjamin Holmes et Hippolyte Moreau, qui déclaraient sous la foi du serment que Mgr

Lartigue avait réellement promis, en leur présence, que leur paroisse serait agrandie. (1)

L'évêque du diocèse eut enfin pitié d'eux, et conformément au rapport de M. Gâulin, il érigea canoniquement la paroisse avec ses limites actuelles, le 9 mai 1832, sauf, sans doute, la partie annexée en 1880, et les commissaires civils la reconnurent civilement, le 2 juillet 1835. (2)

Les épreuves de Saint-Luc étaient finies.

(1 ) Tous ces documents sont à l'archevêché.

(2) Deschamps. Page 694.

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