AVANT-PROPOS
La paroisse de Saint-Luc existe depuis cent ans.
C'est déjà un laps de temps considérable, une période digne de l'histoire.
Un siècle pourtant passe bien vite. "Le temps fuit," dit le poète "et ne revient pas." Plusieurs générations se sont succédé à Saint-Luc avec une vertigineuse rapidité.
Les registres de l'état civil font bien voir avec quelle vitesse la vie s'écoule.
Ouvrez l'un de ces registres.
Un enfant vient de naître. On vient d'y inscrire son baptême et son nom. C'est un homme qui s'achemine vers la tombe.
Tournez le feuillet. Notre homme y signe. Il est déjà marié.
Tournez encore. Vous y verrez encore une fois son nom. On y dit, cette fois, qu'il n'est plus.
Son rôle terrestre est joué.
D'autres apparaissent soudain au registre, comme pour prendre sa place au monde. Ils s'agitent eux-mêmes quelque temps. Pour eux aussi, on le lit, leur tour est bientôt fini.
Ce sont les mouvements de ces diverses générations, qui font la matière de l'histoire.
La paroisse de Saint-Luc, il est vrai, a fourni peu d'hommes illustres, et peu d'événements remarquables.
VlU AVANT-PROPOS
C'est une petite paroisse rurale, qui n'a jamais fait d'éclat.
Cependant, nous avons éprouvé beaucoup de joie à étudier son passé, et nous avons cru être agréable à ceux qui y ont vu le jour, qui y ont vécu, ou qui y vivent encore, et qui l'aiment, en écrivant pour eux son histoire.
La terre natale est toujours chère au cœur bien né. Les plus petits incidents, qui s'y rapportent, l'évocation des premiers souvenirs de l'enfance, font du bien à l'âme : ils lui font savourer de douces émotions.
Quelques fragments* de cette histoire arriveront pçutêtre, un jour, à des enfants de Saint-Luc, qui vivent encore dans le voisinage de leur paroisse natale, ou que le souffle de l'émigration aura emportés au loin. Ils seront peut-être fiers d'y lire les noms de leurs ancêtres, d'y entendre parler du prêtre de leur première communion, de l'église, où ils ont tant de fois prié, des routes, où ils sont passés, des amis d'enfance, qu'ils y ont laissés.
Cette évocation de souvenirs leur sera peut-être utile. Elle leur apportera peut-être quelque repos sur le chemin de la vie.
S'il en arrivait ainsi, et si tous nos co-paroissiens faisaient un bon accueil à notre œuvre, nous nous croirions en partie indemnisé du travail que nous nous sommes imposé, en nous occupant de cette histoire.
L'histoire, nous le savons, est le récit des événements passés, et non l'invention de ceux qui auraient pu se dérouler.
Aussi, dans cette histoire, nous sommes-nous moins attaché à l'éclat du style qu'à l'exactitude des faits.
Le dossier de Saint-Luc à l'archevêché, les archives de la cure, plusieurs vieux papiers, et plusieurs ouvrages de MM. Garneau, Tanguay, Verreau et autres, nous ont été d'un grand secours, ainsi que des traditions de famille ou de paroisse recueillies par des anciens dignes de foi.
Il est possible, pourtant, que nous ayons omis des choses