II. LA SEIGNEURIE DE LAPRAIRIE
La seigneurie de Laprairie fut concédée aux Jésuites par M. de Lauzon, le 1er avril 1647.
A cette époque, tout de même, elle contenait déjà, sur le bord du fleuve, un peu au-dessus du village actuel de Laprairie, une prairie dite de la Magdelainey ainsi qu'on le voit dans son acte de concession. (1)
A part, cependant, quelques défrichements près du fort, il ne se fit guère de colonisation sérieuse dans cette seigneurie que vers 1675.
Vers 1720, la population de Laprairie de la Magdelaine débordait moins vers Saint-Luc et le fort Saint-Jean, que vers les paroisses actuelles de Saint-Philippe et de Saint-Constant, qui furent érigées bien avant celles de Saint-Luc et de L'Acadie.
On craignait encore les patrouilles de la Nouvelle-Angleterre, et Ton n'osait pas trop s'éloigner vers le sud-est.
Cependant, les Jésuites firent plusieurs concessions de terres, â la Petite-Rivière et sur le territoire de Saint- Luc, de 1753 à 1772. Les pères J.-Bte. St-Pé et Pierre Floquet, entre autres, signèrent plusieurs de ces actes, et, après eux, les sieurs J.-Bte. Foucher et Pierre Panet (celui-ci notaire royal) comme ayant affermé la seigneurie. (2)
Même après la suppression des Jésuites, le 11 novembre 1779, le père J.-Bte. Well, S.J., mettait Jean Moreau, qui était allé payer ses rentes seigneuriales, en bonne saisine de la terre que, l'année précédente, il avait eue d'échange de Pierre Brosseau, à la Grande-Savane. (3)
A part la ter^e concédée aux colons, les Jésuites accordaient à leurs censitaires un droit de commune pour faire paître leurs bestiaux, moyennant une petite rente annuelle. Ce qui explique que plusieurs censitaires de Saint-Luc envoient encore
(1) Pièces et Documents relatifs à la tentwe seigneuriale.
(2) Contrat d'échange du 4 août 1778.
(3) Sa signature est sur le contrat d'échange du 4 août 1778.
des bêtes à la commune de Laprairie, et qu'ils paient encore un droit de commune, chaque année.
Depuis Tacte de la législature de Québec passé en 1888 et dit Acte des biens des Jésuites j où ceux-ci ont renoncé à tous Ipurs droits sur leurs anciennes seigneuries, et n*ont réservé que leurs anciens droits sur la commune de Laprairie, leurs censitaires, même de Saint-Luc, paient aux Jésuites mêmes leurs droits de commune.
L'une des premières terres concédées, à la Grande-Savane, est aujourd'hui possédée par M. Edmond Brosseau. Elle est sise au nord .du Chemin-de-Saint-Jean, et la seconde à l'est de la montée du Côteau-de-Trèfle. ■
Elle fut concédée ^ Pijéfre Brosseau (1) par le père St-Pé, le 8 février 1753, notaire' "H'ôdie^ne, sous le gouvernement français.
On peut croirç que î^i^jfre Brosseau, dont le père, François Brosseau, était dé Fontafabie, vint s'y établir peu de temps après ; car, lorsqu'il changea de terre avec Jean Moreau, le 4? août 1778, il y avait défriché plusieurs arpents, fait une maison et plusieurs bâtiments. (2)
On y voyait encore des ours, cependant, et autres bêtes sauvages. Raphaël Moreau, notre aïeul paternel, nous a souvent parlé de ces bêtes et raconté que, étant encore petit garçon, il était un jour allé aux framboises sur cette terre, et que, en sautant sur un arbre renversé, il avait éveillé un ours couché près de cet arbre.
Il ajoutait que l'ours s'était sauvé, et qu'il avait fait de même.
En 1781, la terre de Jean Moreau, à la Grande-Savane, n'avait encore, tout de même, que trente arpeirts en culture. (2)
La Grande-Savane était donc encore loin d'être le beau rang d'aujourd'hui, qui fait l'admiration des passants.
(1) Pierre Brosseau fut le père de Philippe Brosseau, l'aïeul de M. Samuel Brosseau, de l'Acadie, et le bisaïeul de M. Brosseau, maître de poste actuel de Saint-Jean.
(2) Dénombrement de 1781.
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Jean Moreau y construisit une maison de chêne, que nous avons vue nous-même, et qui a duré plus de cent ans.
Cette terre demeura la propriété de Jean Moreau jusqu'au 3 septembre 1784, où il la changea, ainsi qu'une autre terre que, depuis 1770, il possédait à l'ouest de la Petite-Rivière, pour deux terres du Côteau-des-Hêtres, que lui bailla J.-Bte d'Honay, par acte du notaire Lalanne. (1)
De J.-Bte d'Honay elle passa à Jean Loupret (2), puis de celui-ci à son fils Denis Loupret, qui la donna à son fils Etienne, qui la vendit à Jules Faille, qui la revendit à Edmond Brosseau, qui la possède encore.
Les terres, que Jean Moreau reçut, par échange, au Côteau- <les Hêtres, et où il vint s'établir en 1 784, l'année de la Grande- Noirceur (3), étant de la baronie de Longueuil, nous sommes naturellement amené à parler de cette belle seigneurie.