IX. M. CREVIER
M. Edouard Crevier fut quatre ans curé de Saint-Luc. Son premier acte aux registres est du 25 octobre 1828, et son dernier, du 5 septembre 1832.
Les anciens se rappellent encore avec bonheur la douce et fructueuse administration du bon, charitable et dévoué M. Crevier.
Né au Cap-de-la-Madeleine, le 5 novembre 1799, du sieur Antoine Crevier-Bellerive et de dame Françoise Chèvrefils-Bélisle, il fut ordonné prêtre, le 2 octobre 1825.
M. Crevier fut d'abord directeur et procureur du collège de Saint-Hyacinthe, puis curé de Saint-Luc, oii il travailla surtout au progrès des écoles.
Il améliora la salle de classe du haut du presbytère, et encouragea l'école des filles. Ces deux écoles devinrent florissantes, et l'on y venait même de loin.
M. le curé y faisait des examens solennels en présence des parents, et donnait lui-même, sous sceau de cire-rouge, des attestations de succès aux élèves bien méritants. Notre père a longtemps conservé de ces témoignages, et nous tes avons vus nous-même avec bonheur.
Il aimait aussi la liturgie, bien qu'il parût trop tenir au rite gallican. De son temps des laïques firent diacre et sous-diacre à la messe solennelle, comme c'était d'ailleurs l'usage en d'autres endroits, même à la cathédrale de Saint-Boniface, et figurèrent en chapes aux vêpres.
De ce nombre furent Joël et Isaïe Hamilton, Moïse Molleur, et autres.
M. Crevier prit à son presb^^tère notre père pour l'envoyer à l'école du village, et notre oncle Hj'polite, pour lui enseigner le latin.
Transféré, en 1832, à la cure de Saint-Hyacinthe, M. Crevier y emmena son élève, qui avait déjà fait ses trois premières années du cours classique, au collège de cette ville, où il termina son cours.
Sa peine et son dévouement ne furent pas perdus, Hypolite Moreau termina ses études, devint prêtre, curé, chanoine et AHcaire-général.
A l'érection du diocèse de Saint-HA'acinthe, M. Crevier devint curé de Sainte-Marie-de-Monnoir, où il fonda au milieu des épreuves et des larmes, un petit séminaire, qui a déjà fourni de dignes prêtres à l'Eglise, et des citovens utiles à l'état.
Devenu vieux, il résigna sa cure, en 1880, et mourut l'année suivante, le 22 janvier, vicaire général de Saint-Hyacinthe, et surtout rempli de vertus.
Le petit séminaire qu'il a fondé conserve avec soin son cœur, que nous avons vu nous-même, en 1898, et dont nous avons baisé la châsse avec respect.
Nous avons vu M. Crevier, à Saint Jean, une fois, au collège classique, que M. Charles LaRocque, futur évêque de Saint- Hyacinthe, y avait fondé.
11 rappela aux élèves qu'il avait été curé de Saint-Luc, et fit Avenir à lui les élèves de cette paroisse.
Nous étions quatre : Frs Bessette, Joseph Chartier, Lévi Manj^ et nous. Il nous serra la main et nous souhaita bon succès.
M. Crevier était grand et de forte carrure, brun de visage et plein d'aménité.
Il a laissé, à Saint-Luc, aussi bien qu'à Saint-Hyacinthe et à Sainte-Marie de Monnoir, un souvenir durable. On peut dire de lui, ce que l' Esprit-Saint a dit du juste: «Son souvenir sera éternel.» (Ps. III-7.)