Greg. Tur., Mir. S. llart., l, 4, c
qu'il n'étaii pas d*un mérite égal à celm de Sévérin, et n'était {Ms ili^ d'entendre ces chants. Alors, prosternés en terre , rarthidiacre et Tévêque prient le Seigneur pour que sa divine bouté lui permette d'entendre ces yimx. Tous les deux se relèvent : c Qu'entends-tu? demande de nouveau le vieillard. <— J'entends comme des voix qui chantent dans le ciel, mais j 'ignore absolument ce que c'est. — Mm, je vais te l'apprendre : monseigneur l'évéque Martin a émigré de ce monde, et maintenant les anges le portent en chantant dans \è& denx. Pour mettre quelque retard à ces chants , le diable avec ses anges d'iniquité a essayé de le retenir , mais ne trouvant rien à lui dans cette sainte âme , il s'est retiré confondu. Qu'en sera*t-il donc de nous pécheurs , si la partie ennemie a voulu nuire à un tel prêtre ?»
Pendant que le pontife parlait ainsi, l'archidiacre notait le tmps: il envoya ensuite promptement à Tours, prendre à ce sujet des informations exacts. Arrivé dans cette ville , le messager apprit avec la dernière certitude que le bienheureux Martin avait trépassé au jour et à l'heure où saint Sévérin entendit le chœur des chantres célestes.
Le lieu, témoin de cette révélation, fut appelé dans la suite Le Champ de SmU-Martin. Un autre archevêque de Ck)logne y bâtit, dix siècles après, un célèbre monastère. Saint Sévérin avait été mis à la place d'Euphratas, déposé . pour crime d'hérésie. Il survécut de beaucoup à notre saint Martin. Beaucoup d'autres personnes, au moment de ce bienheureux trépas, entendirent aussi des chants dans lecid.
A cette époque * , le bienheureux Ambroise , dont l'éloquence anbaume toute l'Église du parfum de ses fleurs ,
4, Gwg, T«r. Mif., S, M„ l. U c, S.
occupait encore le siège épiscopal de la cité des Milanais. Lorsqu'il célébrait la solennité du dimanche , c'était la coutume que lecteur se présentât devant lui avec le livre , et attendit, pour commencer à lire, un signe de son évéque. Or, dans la liturgie mozarabique, avec laquelle les liturgies ambroisienne et gallicane semblent avoir eu de grandes affinités. On faisait trois lectures a la messe, une de l'ancien Testament, une des Épîtres, l'autre de l'Évangile. Ce dimanche-là, la leçon de la prophétie avait été lue , et le lecteur qui devait lire celle du bienheureux Paul se tenait déjà debout devant l'autel : à ce moment , le bienheureux prélat Ambroise s'endormit sur le saint autel.
Un grand nombre des assistants s'en aperçurent, mais personne n'osait l'éveiller : deux ou trois heures s'écoulèrent ainsi. Ala fin on l'éveille : « L'heure est déjà passée , lui dit-on, que mon Seigneur ordonne au lecteur de lire la leçon ; car le peuple attend et est déjà bien las. — Ne vous troublez pas , répond Ambroise. Il m'a été fort avantageux de m'étre ainsi endormi, puisque le Seigneur a daigné me faire voir une telle merveille. Apprenez que mon frère le prêtre Martin est sorti de son corps, et que , moi, j'ai prêté mon ministère à ses funérailles : le service avait été accompli , selon l'usage ; seulement, comme vous m'avez éveillé, j'ai laissé le capitule inachevé. »
Surpris et émerveillés, les assistants notent le jour et le temps, puis prennent d'exactes informations. On trouva qu'en eflfet, le saint avait quitté ce monde le jour même où le bienheureux confesseur Ambroise avait dit avoir officié à ses obsèques.
0 bienheureux homme , au trépas duquel la foule des saints fait entendre ses chants , le chœur des anges tressaille d'allégresse, toute l'armée des vertus célestes accourt au-
devant de lui , le diable est confondu dans sa présomption, rÉglise est fortifiée dans sa vertu , les prêtres sont glorifiés par la révélation! Que Michel enlève avec ses anges» que Marie accueille avec les chœurs des vierges , que le paradis retient dans la joie avec les saints ! Mais pourquoi entreprendre à sa louange plus que nous ne pouvons? Sa louange, c*est celui-là même dont il a toujours eu la louange sur les lèvres. Quant à nous, puissions-nous seulement exposer la simple histoire de ses mérites.
Ainsi parle notre auteur. Ses dernières phrases sont aussi notre devise , dans le travail que nous avons entrepris à la louange du grand saint.
Des critiques prétendent que saint Âmbroise, évéque de Milan, mourut au mois d^avril 397, ce qui rendrait impossible sa vision des funérailles de saint Martin. Aussi, Tua d'eux pense qu'il s'agit ici d'un autre saint Ambroise et d'une autre ville de Milan. H les trouve , en effet, réunis à cette époque, non en Italie, mais dans les Gaules, où vivait alors saint Ambroise , évéque de Saintes , ville dont le nom latin était Mediolanum , comme C4*lui de Milan. Il est donc d'avis que l'historien de la vision , qui désigne clairement le grand saint Ambroise , célèbre par son éloquence, a été trompé par la similitude des noms, et a mis sur le compte du (dus illustre des deux saints ce qui apparteuait à l'autre.
Mais la tradition des deux églises de Tours et de llflan d'Italie, dément énergiquement cette opinion, et nous ne pensons pas qu'une difficulté de chronologie puisse infinner un semblable argument Du reste , un autre savant recule la mort du grand saint Ambroise jusqu'au 18 avril de l'an 39& Dans les liions de l'ancien bréviaire ambroisien, qui se lisent à la fête de saint Martin, le fait en question est rappwté tout ealier. Une vie de saint Ambroise manuscrite , très-aocieaiie.
^ ^ S€i conserve dans la bibliothèque ambroisienne, confirme
^ônae chose. Au milieu du xvii" siècle, on voyait dans le
^iir de la basilique ambroisienne , à Milan , un tableau
^'^^Uel les savants donnaient plus de mille ans d'antiquité ,
^^ où toute cette histoire était peinte.
ïiisons, avant de quitter l'illustre contemporain de notre ^^êque, que ses derniers moments rappellent ceux de saint Martin. Ses amis le priaient de demander à Dieu qu'il lui prolongeât la vie: « Je n'ai pas vécu avec vous, dit-il, de manière que j'aie honte de vivre, et je ne crains pas de mourir, parce que nous avons un bon Maître. »
Mais, revenons auprès de ce corps glorieux que nous avons laissé à Candes, étendu sur la cendre et le ciliée. Nous devions d'abord suivre son âme dans le ciel. Commençons maintenant le récit de sa gloire terrestre.
Lorsque le saint de Dieu était tombé malade à Candes S les peuples du Poitou , comme ceux de la Touraine , s'étaient rassemblés pour assister à son trépas. Quand il eut quitté la terre , une grande querelle s'éleva entre les deux peuples.
« C'est notre moine, disaient les Poitevins, il a été abbé chez nous. Nous réclamons ce que nous avons prêté. Au temps où il était évéque en ce monde , vous avez joui de sou eotretien, participé à sa table, vous avez été affermis par ses bénédictions, et réjouis par ses miracles. Que cela vous suffise. Pour nous, qu'il nous soit au moins permis d'emporter ses restes inanimés. »
 cela, les Tourangeaux répondaient : « Ses actions miraculeuses , dites-vous , doivent nous suffire ; sachez donc que , durant son séjour parmi vous , il a plus opéré qu'ici ; car , sans parler d'un grand nombre d'autres, il vous a ressuscité