CHAPITRE DIXIÈME
SAINT PAULIN A NOLE. — GKNRE DE VIE QU'iL Y MÈNE ACCUEIL QUI LUI EST FAIT. — SES PREMIERS TRAVAUX A NOLE
Timidement et modestement érigé au temps des persécutions, le tombeau du saint qui devait jeter sur Noie tant de gloire resta longtemps humble cl caché, quoique de plus en plus vénéré; tout auprès se trouvaient des cryptes, que l'on voit encore : on en avait fait déjà, ou l'on en fit depuis des prisons et des lieux de supplice pour les chrétiens; on les amenait là de toute la province; nombre de martyrs y furent torturés et enterrés * ; on y montre encore la fournaise où fut jeté le plus illustre de tous, le grand Januarius, ou, comme on a traduit, saint Janvier, et d'où il sortit sain et sauf, mais pour aller périr à Pouzzoles sous le glaive. Une vieille basilique, qui subsiste toujours près du tombeau de saint Félix, et
* Remondini , t. I, lib. II, del Cimiterio Nolano. — Prœclara facta est Nola, tum sacrarum rerum religione, tum sanctorum martyrum cruore ut fere totus ager sanguine redundet. (Ughelii, apud eumd. Remondini, t. I, p. 369.)
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dans laquelle on descend par plusieurs degrés, car le sol s'est considérablement exhaussé, consacre encore aujourd'hui, et conserve par son nom même de basilique des Martyrs, ces souvenirs glorieux ^ Le lieu que tant de héros de notre foi avaient arrosé de leur sang, et sanctifié par leur sépulture, devint célèbre dans toute l'Italie ' ; mais ce que les fidèles qui venaient visiter ce cinâetière fameux y vénéraient pardessus tout, ce que les prodiges opérés par le Dieu qui aime à glorifier ses saints y désignaient spécialement à la dévotion des peuples, c'était la sépulture de saint Félix. On avait élevé au-dessus, quand les persécutions eurent pris fin, un petit édifice, que le pape Damase, qui vint un jour à ce tombeau chercher et trouver sa guérison^, transforma en une basilique
1 C'est là qu'on montre le fameux Puits de sang, quem sanguine aclhuc replelum multoruni tesiimonio affirmant , dit un historien cité par Remondini (t. I, p. 479). Le bloc de marbre qui le recouvre a été creusé en un endroit comme par une goutte de sang, vive et inefîaçable : le pèlerin ne manque pas d'y poser avec respect ses lèvres. On nous a fait voir aussi , dans un en^ foncement de la basilique, la vieille muraille dont l'ouverture a été fermée miraculeusement par la toile d'araignée.
2 Ecclesia Nolana uno ex tribus sacris universi orbis cœmeteriis tôt sanctorum martyrum sanguine consecrato ceieberrima. (Paul V, Bulle de 1607, Ad exequendum, adressée au Chapitre de Noie.)
3 II a célébré celte guérison dans ses vers :
Corpore, mente, aninio, pariter te nomine Félix, Sanctorum numéro Christi sacrate triumphis, Qui ad te sollicite venientibus omnia praestas , Te duce servatus, mortis qiiod vincula rupi , Versibus his, Damasus, supplex tibi vota rependo.
L'inscription suivante, au témoignage de Remondini (t. i.)
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de proportions modestes, aux piliers lourds, aux nefs sombres, mais si vénérée des peuples, que bientôt elle ne suffit plus à la foule des pèlerins; c'est pourquoi, avec le temps, sur le cimetière sacré lui-même, trois autres basiliques s'élevèrent successivement; ce qui faisait, avec la basilique des martyrs, en tout cinq sanctuaires, au milieu desquels brillait comme une perle , c'est l'expression même de saint Paulin , celui qui contenait le précieux tombeau. Les sommets de tous ces édifices offraient de loin l'aspect d'une ville '. Et de fait, des habitations ne tardèrent pas à
p. 399) , se lisait encore, au xvii« siècle, dans la vieille basilique de saint Félix :
SEPTIMO BIE. STANTE. MADII.
DEDICATIO. ERIT. HVIVS. SANCTAE. ECCLESIAE.
BEATVS. DAMASVS. PP. CONTRVXIT. ET. AEDIFICAVIT.