LIVRÉ VI. — CHAPITRE IV
lïîaine ayant donné leur assentiment par un vote unanime, nous prononçâmes solennellement le décret sur l'achèvement de la canonisation,
« Plusieurs mois après nous ordonnâmes de convoquer, suivant l'usage, un consistoire secret, dans lequel notre cher fils Antoine -Félix, cardinal -prêtre du titre de Sainte-Praxède, appelé Zondanari, en son nom et en celui de toute la Congrégation des sacrés rites, a d'abord dit dans un rapport que les écritures , le procès et tous les actes de la cause avaient été faits dans les règles, et qu'ils avaient pleine force d'autorité et de preuve légitime ; ensuite, après une exacte exposition de la vie, des vertus et des miracles du bienheureux Vincent, que lui et les autres cardinaux de ladite Congrégation étaient d'avis unanime que le bienheureux Vincent pouvait, s'il nous paraissait ainsi, être inscrit au catalogue des saints, avis auquel accédèrent tous les autres cardinaux qui étaient présents.
« N'ayant donc absolument rien omis, dans une affaire si sainte et si grave, des nécessaires précautions prescrites par la coutume et les règlements de nos prédécesseurs , nous décrétâmes qu'on passerait outre ; et , quelques jours après, un consistoire public fut réuni, dans lequel notre cher fils Thomas Antamori, avocat consistorial de notre cour, après avoir longuement raconté l'excellente charité du bienheureux Vincent, l'innocence de sa vie et de ses miracles, au nom de notre très cher fils en Jésus-Christ, Louis, roi de France très chrétien, et de notre très chère fille en Jésus-Christ, Marie, également reine de France très chrétienne , son épouse ; d'autres princes catholiques et de nos vénérables frères les archevêques et évêques et de tout le clergé du royaume de France ; de plus , de toute la congrégation des prêtres séculiers de la Mission , nous demanda humblement que nous voulussions mettre le bienheureux Vincent au catalogue des
saints. Nous donc, étant d'avis, vu la grandeur d'une si grave affaire, qu'il jen fallait encore plus mûrement délibérer avec nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eg-lise romaine, et les autres archevêques et évêques , nous indiquâmes des prières publiques et des jeûnes, et nous exhortâmes tous les fidèles du Christ à prier Dieu avec nous de nous donner son esprit de sagesse et d'intelligence , pour que nous connussions ces secrets célestes que la raison humaine ne peut comprendre, et d'éclairer les yeux de notre esprit pour que nous discernassions ce que, dans une si grave cause, il fallait décider selon le bon plaisir divin.
« Ensuite nous tînmes un autre consistoire demipublic , auquel encore les patriarches , les archevêques et des évêques se trouvant en la cour romaine , et nos protonotaires dits du nombre des douze, et les auditeurs des causes du sacré palais apostolique assistèrent par notre ordre ; et, eux présents, après leur avoir longuement parlé de l'éminente sainteté du serviteur de Dieu et de la célébrité de ses miracles, avoir encore énuméré les instances des princes catholiques et surtout les ardentes prières de toute la congrégation des prêtres séculiers de la Mission, nous les invitâmes tous à exposer leur sentiment par de libres suffrages ; et eux, ayant dit les uns après les autres et par ordre leurs avis fortement motivés, répondirent d'une voix et bénissant Dieu que le bienheureux Vincent devait être rangé parmi les saints Confesseurs. A la vue de leur consentement général , avec les affections les plus intimes de nt)tre cœur, nous nous réjouîmes dans le Seigneur, qui réunissait les volontés de nos frères pour que son nom fût glorifié dans son serviteur, et qui poussait nos cœurs et éclairait nos esprits pour l'honorer autant que le peuvent les hommes mortels. Alors nous fixâmes le jour de la canonisation, et nous les avertîmes de persévérer dans les prières et les jeûnes pour nous obtenir