CHAPITRE XV
'NouTcllc discipline. — M. GuéraH, préfet des itudes classiques. — Rétablissement des classes intérieures. — Classe de philosophie. ^ Succès de Sainte-Barbe. — Élèves fameux décédés, — Livres pour renseignement barhiste. — Conférences gratuites pour la préparation à lalicence es lettres et à l'agrégation.
Le jour de son entrée en possession, M. Labrouste dit aux élèves qu'il venait parmi eux uniquenieî>t pour se rendre utile^et. que son ambition serait: salisraite, s'il parvenait à se faire aimer. Son visage ne démentait point ses paroles. Il annonçait à la jeunesse un gouvernement paterueK L'aflectiou fut promptemént acquise au nouveau Directeur. Après qu'on , Veut vu à l'œuvre, le respect s'associa à l'aflection. ,
Apportant la résolution de rajeunir. la discipline et de l'asseoir en même temps sur une base inébranlable, ses premiers efforts tendirent à ce que les bonnes h^r bitudes s'enracinassent promptemént, habitudes de travail, d'ordre, de propreté, de politesse, de bienveillance réciproque et de constante obéissance à la loi.
Il donna à ses élèves un uniforme élégant et dégagé, exempt de prétention à la tenue militaire, et qui les (ît reconnaître entre tous les écoliers. Il voulait que, signalés à l'attention du public par cet habit, ils mi^-^ sent leur amour^propre à se montrer partout discrets et bien élevés. Il extirpa les derniers restes de la ty-
rannie exercée par*les anciens à l'égard des nouveaux, ,en désignant pour chaque nouvel arrivant un patron de son âge, chargé de le protéger. Les exceptions et dérogations à la règle qu'un long usage avait consacrées (ainsi ce qu'on appelait les priçï/eges des rhétoriciens, ainsi le réfectoire affranchi de surveillance le j,ojur de la sainte Barbe), il les abolit, ne pouvant pa,s souffrir ridée que les maîtres, pour quelque raison que ce fût, restassent jamais désarmés devant les élèves, ni que ce qui était le devoir à un âge ne le fût pas à un autre. Il ne fit aucun cas des dispositions les plus heui^euises, si la soumission n'en était pas l'accompagnement ; et quand il le fallut, il ne recula pajs devant le moyen dont l'emploi avait été la dernière ressoui^cé de ses deux prédécesseurs : il renvoya les insubordonnés.
Plusieurs exécutions de ce genre furent nécessaires pour introduire lé nouveau règlement dans la classe de rhétorique. Il ne les fit pas toutes à là fois, mais Tune après l'autre, en mettant de l'intervalle, afin que les jeunes ge«s eussent le temps de réfléchir et de vehir à résipiscence. A la cinquième victime, la soumission fut obtenue.
Toutefois c'est par la:p<^saasioi:i plutôt que par la repression qu'il s'appliqua à gouverner. Il eut recours «ifeux exhôrtatians particulières, aux proclamations €^ <;àUôcutions publiques. Avec l'accent- d'une affection ^fùcicère et; dans un langage susceptible de toucher la Jeunesse, il fit entendre en temps utile les coosfeik de la F^on. Il sut parler au. nom de lairerlti, de i'hon- Beur, du patriotisme^^aa wK^m Kurtottt de la noble fi^ teriiité'doRt il était,) doni: ilest-encore le principal
représentant. Dire ]a gloire et les malheurs de la mab son, les efforts de dévouement accomplis pour la sau^ ver, la dette contractée envers la grande association^ auteur de cette œuvre, par tous ceux qui en profiteni;^ rhonneur reçu par des enfants, à l'éducation, au;i travaux, ailx succès desquels veillent, avec une soUicir tude d'amis, des hommes illustres dans toutes J^s carrières; faire appel à tous les sentiments que de telles circonstances sont capables d'éveiller; et, pour aug*^ menter l'effet des paroles, de temps en temps, à d^s heures solennelles et choisies, mettre la jeunesse en présence de quelques-uns des patrons du Collège t voilà les stimulants les plus efficaces dont usa notre Direc^ teur. Rien ne contribua davantage à assurer le présenJL et à préparer l'avenir. Par là, l'esprit ancien fut consolidé, tandis que la maison se formait à des allures nouvelles.
Nous allons dire quels furent, sous le rapport des études, les premiers fruits de ce régime. Ce sera ub double tableau à retracer, puisque, depuis la créatioiû d'un institut scientifique pour la préparation aux grandes écoles de l'État, Sainte-Barbe a formé deux gouvernements sous un même sceptre.
Il faut commencer par la division de l'enseignement classique. Elle a pour elle l'avantage du nombre, l'ach tiquité, les traditions; elle est à proprement parler la mère-patrie. Pour la conduite de celle-ci, le nouveau Directeur investit de toute l'autorilé d'un [premier ministre un homme qu'il avait vu à l'œuvre et avec lequel il était sûr de s'entendre, M. Guérard, qui l'as* siste encore aujourd'hui avec la même fonction.
M. Guérard, élève brillant du collège royalde Metz,
pais de l'École normale^ entra à Sainte-Barbe comme ndaitre de conférences eu 1831 . Excellent helléniste, il ranima le goût du grec. La«vivacité de son esprit, sa ponctualité, la façon dont il tenait les élèves, lui firent donner par M.' Adolphe de Lanneau la direction du travail an Moyen, puis au Grand-collège, emplois dont il s'acquitta non moins bien que de ses conférences. 11 avait donc fourni des gages suffisants de son mérite en 1 838, et en le nommant préfet général des études, M. Labrouste ne fit qup récompenser des services déjà anciens.
M. Guérard était agrégé de TUniversité. Nommé professeur suppléant au collège Saint-Louis, il lui fut possible, pendant un temps, de mener de front ses deux emplois; mais Toccupation devenant trop considérable à Sainte-Barbe, il dut renoncer à sa chaire. L'Université, pour le retenir, lui offrit la place de censeur au collège royal de Bourges ; elle lui promit un avancement rapide. Il aima mieux se donner à sa patrie ^tl'adoption. Son mérite s'est déployé à mesure que la maison a pris plus d'accroissement. Le bel ordre qui y règne est en partie son ouvrage, et la confiance du Directeur à son égard est sans limites.
L'un des premiers soins de la nouvelle direction fut de rétablir les classes intérieures au-dessus de la septième. Elles avaient été la cause de la supériorité <le Sainte-Barbe sur les autres institutions, du temps de M. de Lanneau père, et le fils avait cherché à y revenir après 1830. Les lois qui les interdisaient n'étaient plus dignes d'une époque de modération et de liberté. Vouloir que .tous les élèves des institutions, même les plus nombreuses^ se rendissent en classe
aux collèges royaux, c^éiait surcharger les professeai^^ les mettre dans la nécessité de ne donner leur atten^ tion qu'à quelques-uns, ou de la répartir entre toua dans une mesure insuffisante. Combien d'esprits lents^ou légers, ou seulement mal préparés, languissetU^ sur les bancs, faute d'utie culture assidue! C'est pouc ceux-là que le nouveau Directeur, malgré les proliibi^ t.ions toujours subsistantes, osa instituer de nouvefttt un enseignement domestique; et la tolérance que Sainte-Barbe avait trouvée jacUs auprès de MM. def Fontanes et Royer-Collard, lui fut encore acquise de I» part de MM. Villemain çt Salvandy.
Pour organiser renseignement dont il s'agit, oir ne chercba aucune recette nouvelle. On fit appe^ à la mémoire du passé, on se ressouvint de Victcw» de Lanneau précliant sans cesse que le but de l'édtin cation libérale doit être d'habituer au travail l'esprit des enfants, parce que le travail, par les efforts qu ii exige, par la régularité qu'il impose, par l'occupation qu'il fournit a l'intelligence, est la garantie de moralité la plus sûre. C*est ce vieux, ce gothique précepte que l'on chercba surtout à mettre en pratique ; et ce qu'on faisait* à cet égard il y a soixante ans, est encore ce qui se fait aujourd'hui.
On a^oin de ne mettre dans les classes qu'un noqn^ bre d'élèves dont le professeur puisse surveiller les progrès. Il faut que tous, dans la mesure de leurs moyepsi profitent de l'instruction qu'on leur donne; il ne faut pas qu'aucun espère, par de la tranquilité ou par tout ' autre artifice, parvenir à se faire oublier dans son coin« ce Guerre à la paresse » est le mot d'ordre donné par le vigilant préfet des études; lui-même est le phis
acharné à la poursuite 'des paresseux. Il les connait tous, ne les perd pas de vue un sejil jour^ les harcelle sans cesse et met sa gloire à les dompter. Grâce au ajstèené dont il a fait une applicaiion si bien entendii&y la queue des\ classes, sous son commandement, n'est pas cette masse inerte qui d'ordinaire ne passe par les collèges jque pour y faire nombre; rémulation est entre les derniers aussi bien cpi'entre les premiers. Le rétablissement des classes intérieures, quoique graduel, fut assez rapide. Au bout de trois ans, l'exercice fut complet, il y eût jusqu'à une chaire de philosophie. Cette dernière possède déjà son histoire : elle a vu la' science qu'elle a pour objet tour à tour portée au pinacle, puis humiliée et mutiléév^^l tout nouvellement remise en. honneur; elle a flbtle au gré de Tinstabilité des programmes ; elle a été. tenijie par {Plusieurs hommes de mérite, mais de l'esprit le plus différent. En premier Jieu. M. Bouillet^ le vieux barbiste qui militait d^à depuis seize ans dans l'Université : il était alors pro» fesseur au collège Henri IV. Lorsqu'il fui nommé proviseur du collège fieurbon, il proposa pour lui succéder à SaihterBarbe M..IIiernslieiin, un normahenqui ne larda pas à se rendre trapiste. M.Pellissier, agrégé de : rUùiversilç et . docteur . es lettres, vint ensuite. Pendant un long. : voyage en Orient, il fut remplacé par M. Waddington^Kastus, qui fit en même temps un cours libre à la Faculté des letti^s.C'està M. Waddington qu'est dû un livre remarquable sur Ramus, dont il a été question au commencement de cette his* toire^ Ce savant occupe aujourd'hui l'une des chaires
i. Tome I, p. 22».
Uk HISTOIRE
du gymnase protestant de Strasbourg. H. Pelliseier, revenu depuis longtemps à s>on poste, s'est vou^ tout entier à notre Collège. La philosophie exigée pour les deux baccalauréats est enseignée par lui dans un double cours, qui n'est pas moins écouté des matbematiciens que des élèves de la division classique, it a fait imprimer le résumé de ses leçons de logique % lorsque la logique était la seule, partie de la philosophie autorisée par les décrets.
Mais revenons au temps, déjà ancien, où fut inauguré le nouvel enseignement barbiste.
Comme le nombre des élèves allait toujours en croissant, qu il y en eut plus de quatre cents en 184A, cinq cent soixante*dix en 1845, six cent vingt en 1846, année à partir de lacjuelle on fut dans Tobligation d'en refuser (et cependant ils dépassent aujourd'hui le chiffre de douze cents), Louis-le-Grand ne souffrit pas de la formation des classes intérieures. Avec les sujets d'élite qu'on lui envoyait, il eut autant de barbistes que par le passé et plus de succès au concours général. Une série de moissons extraordinaires en ce genre commença à partir de 1841 . Cette année même, les élèves de M. Labrouste rapportèrent de la Sorbonne, pour leur quote-part, le prix d'honneur et six autres prix. Le préfet de la Seine, présidant Je lendemain la distribution de Louis-le-Grand, ne put s^empécher de féliciter Sainte- Barbe, et d'exhorter Je collège royal à entretenir avec elle une fraternité si avantageuse,
i. Préds d*un cours élémentaire de logique, conformcment aux nouveaux programmes. la*12, Paris, Duraud.
Cette recommandation était ini|tile. La fraternité fut aussi complète que possible pendant ces années d'apaisement des passions et de tolérance universelle. Depuis longtemps d'ailleurs, le proviseur de 1830, M. Jules Pierrot, avait habitué les pensionnaires et les externes de son collège à se regarder comme lesmeinbres d'une même famille. Assez souvent, il réunissait ie soir dans son cabinet un certain nombre des unset des autres, qui s'étaient le plus signaléspar leur travail : c'était pour les faire composer sous ses yeux, et tirer ensuite de cet exercice la matière d'une belle leçon. 11 ne les congédiait qu'après qu'ils avaient soupe à sa table.
Les internes de Louis-le-Graïld ne se plaignirent donc jamais de l'envahissement des bancs d'honneur par leurs voisins, ni de certaines veines de prospérité telles pour ceux-ci, qu'il y eut des semaines où les premiers de toutes les classes furent de Saintefiarbe. Jamais un sentiment d'envie ne se fil jour; mais il y eut quelquefois de l'étonnement, et l'on se demanda par quel talisman Sainte-Barbe assurait ses victoires. Si innocente que fut cette question, le Directeur né voulut pas la laisser passer sans réponse. A la première occasion, il donna publiquement à ses élèves et aux parents de ses élèves l'explication qu'on 'demandait. « A ceux, dit-il, qui voudraient savoir par quels procédés mystérieux vous avez obtenu vos succès, nous répondrons comme le vieux Romain dont Pline nous a conservé la simple et victorieuse plaidoirie. On l'accusait devant le peuple d'avoir employé des maléfices pour se procurer des récoltes plus abondantes qAe celles de ses voisins. Il se contenta de pré*
senler au peuple sa belle famille, ses charrues eu bon^ état,. ses serviteurs vigoureux et dévoués : « HocnaiiiSy dit-il, voilà mes sortilèges ^ »
De digues sujets, et en grand nombre, ont été (br*> mes durant cette époque. Plusieurs sont parvenus aujourd'hui à leur maturité, et ils honorent la grandei patrie qui emploie leurs talents, de même qu'ils avaient honoré la petite pairie de leur enfance.- Maisj; par une cruelle fatalilé, ceux sur lesquels on avait fondé le plus d'espérance, ceux, que la nature avait peut* être le plus richement gratifiés de ses dons, et qui s'étaient montrés les modèles de leurs promotions, respectives, non.seulementdans l'intérieur du Collège^ . mais aux yeux de TUniversité tout entière^ Moneourt^ . Lamm, Lisle, Gauthiez et Barbier^Vital, ont été déjàretirés de ce monde. Il ^appartient à dès annales do^^ mesti(]ues, comme celles que nous écrivons, d'enre-f gistrer la mémoire de ces jeunes gens infortunés.
Auguste Lamm, israêlite de Metz, pauvre et fier,^ eut le malheur de ne pas sentir combien de cœurs étaient ouverts autour de lui. Après une courte expé-' rience des difficultés auxquelles on doit s'attendre, lorsqu'on veut s'avancer tout seul, il perdit le courage de vivre.
Barbier- Vital fut enlevé par une maladie doulou-reuse, lorsqu'il était encore en rhétorique. On pourrait refaire sur lui le livre de X Écolier ifertiieièx^ que. les professeurs de l'ancien collège Louis-le-Grand écrivirent à la louange du jeune Decalogne, décédé en 1 785.
i. Discours prononcé à la distribution des prix de 1847, Féte»^ annuelles de Sainte-Barbe, t. III, p. 474. .^ . ..
Barbiér-Vital se sentit mourir; il annonça s0l fin pro-» chaîne dans sa dernière composition^ qui fnt une pièce de vers latins sur le soleil couchant. Sainte-Barbe conserve sa dernière couronne, remportée au concours général de 1850, que ses parents a^^ient envoyée pour mietti*e sur son jcercueîl.
'Jacc|ues^Alaric Lisle mourut dix ans^ après ses études 4erminéfes, étant devenu, d'excellent écolier, excellent professeur dan& son propre 'collège. A la fin de SCI philosophie, il fut gratifié du grand pris^ que Sainte- Barbe décerne à l'élève qui, pendant tout le cours de ses"* études, s'est placé hors ligne par sa conduite et par ses succès. Lorsqu'il se leva pour aller chercher cette récompense, tous les lauréats de la journée jetèrent sur lui leurs propres couronnes. Il n'y eut pas une mère en ce moment <{ui n'eût souhaité d'avoir un tel fili. 'A quoi ces brillants débuts devaient^ils aboutir? Lisle se trompa sur sa vocation. Il se crut appelé à régénérer Fart dramatique. Il s'isola du monde, et s'enfonça dans une application stérile, qui lui ravit sa gaieté méridionale^ et la santé, et enfin la vie. Ses thèses pour le doctorat*, quelques articles dans \e Moniteur ^ la chronique des banquets de la sainte Barbe, qu'il a écrite pendant plusieurs années*, et
1. De Caii Julii Cxsaris eloquentia (dialogue à la manière de Cîcéron, dédié à M. A. Labrouste), ln-8% Paris, Durand, 4852. — Essai sur les théories dran>atiques de Corneille diaprés ses discours e( ses examens (dédié à M. A.. Bixio, ancien représentant du 'peuple). In-8% Paris, impr. Remquet, i 852.
2. Fêtes annuelles de Sainte- Barbe, tomes ill et IV. — Inauguration du petit coliég<p de Sainte -Barbe» Foniehay aux Roses, ii mai 1852*
divers refrains de circonstance, sont les seules productions où se révèle son charmant esprit.
Le Collège a été illustré par deux frères du nom de GauthieZy deux enfants exemplairesconquis par M. Guérard sur le lycée de Metz, dont ils étaient rornement. La pauvreté avait été leur première institutrice. Tout chargés de palmes scolaires, ils furent admis Fun et Tautre à l'École normale. L*aîné mourut peu de temps après en être sorti; Joseph Gauthiez s'en éloigna en 1852. A la vue de la révolution qui venait de s'accomplir, il jugea que la carrière tout à fait libre du médecin lui conviendrait mieux désormais que celle du professeur, et il recommença bravement son instruction. Il fut de ces étudiants dans lesquels les maîtres de la science discernent leurs futurs successeurs. L'agrégation de médecine s'offrait à lui dans une perspective peu éloignée; il était attaché au service de santé de Sainte- Barbe; l'une des filles de M. Guérar4, son bienfaiteur, était devenuç sa compagne, enOn tout lui souriait, lorsqu'il reçut de la nature un avertissement qui ne dut pas tromper sa perspicacité, il sentit son bonheur et la vie lui échapper sans proférer une plainte, en conservant jusqu'au dernier moment. ia placidité stoïque qui avait été le caractère de sa vertu.
Edme Moncourt est celui de ces jeunes gens qui s'avança le plus dans la vie. Il fut amené de Sens par M. Bellaigue,«à qui l'avaient révélé ses succès de l'école primaire et plus encore la précocité de sa raison. Jamais peut-être on ne vit un plus brillant élève. Pendant cinq ans qu'il étudia à Sainte-Barbe, il remporta quarante-neuf prix^ dont le prix d'honneur de rhétorique
au grand concours. Ses succès en 1 839 firent seusartion dans le public. Ils intéressèrent même le Roi, qui youlut que le jeune lauréat lui fut amené aux Tuileries, et c'est le comte Christian Dumas qui fit la pré^ sentation.
Moncourt entra le premier à l'École normale, fiit reçu le premier au concours pour l'agrégation , et passa docteur es lettres à la faveur de tbèses remarr quéesy sur des points de critique extrêmement délicats*. Il professa dans les plus importants lycées de nos départements, puis à la Faculté des lettres de Clerinonty et en dernier lieu au lycée Napoléon, dont la chaire de seconde lui fut confiée. En même temps, il remplissait à titre de suppléant celle de liltcrature latine à TÉcole normale. Il succomba dans les derniers jours de 1861 à une brusque maladie. C'est à Sens, où il était né, qu'il alla mourir. Toutes les autorités et toutes les écoles de la ville honorèrent ses obsèques de leur assistance.
Moncourt s'était livré avec passion à l'étude du latin. Il le possédait à fond; il savait l'enseigner et lé traduire avec un égal talent. On a de lui une traduction de Salluste, plus rigoureuse et aussi élégante qu'aux cune autre '. Il a fait aussi, en collaboration avec son
1 . De parte satirica et comica in tragœdiis Euripidis disserta^ t4o academica{àQà\èk^. A. Labrouste, directeur de Sainte-Barbe). In-8°, Dijon, Douillier, IBoi. — De -la méthode grammaticale de Vaugelas (dédié à M. Bellaigue, ancien député de ITonne). In-8*», Paris, Joubert, 1851.
2. Collection des auteurs latins expliqués par une traduction française j en regard, par une société de professeurs. In-12, Paris; Dezobry et Madeleine, 1 853 (Conjuration de Catilina)| 1 856 (Guerre de Jugurtha).
ancien maitre M* Guérard^ un cours gradué de granit maire latine ^ Ce livre est classique à Sainte*-Barbe. Il n*a pas la prétention de conduire à la connaissance dé la langue par des voies jusqu^à présent inconuues. U estledéveloppement de la grammaire de Lhomond; ii «kend ou réforme^ là où les corrections étaient néces^ saires^ la doctrine du vieux rudiment^ mais en se mo^ delant sur lui, et il en conserve Theureuse simplicitéi
La mention d*uu tel ouvrage est si foncièrement dp notre sujet, qu'on nous permettra d'y insister.
Si M. Guérard, homme essentiellement pratique^ * comprend de quel prix sont la clarté et la bi:;ièvet» dans les livres de classe, il comprend aussi que les conquêtes de l'érudition et les progrès de la critiqqe doivent avoir leur place dans renseignement. C'est pourquoi le Cours de la grammaire latine est rédigé en partie double. A côté du rudiment des élèves, il y a le manuel du maitre, où sont répétées les mémei règles, avec le développement des exceptions et dès cas particuliers qu'il peut être avantageux de signaler^ mais dans une mesure dont le professeur restera }e juge. M
Avant la publication du Cours complet de langue latine, M. Guérard avait déjà composé, d'après le même système de la règle et du développement don-
i . Cours complet de grartimaire latine, théorie et exercices, par MM. Guérard, agrégé de l'Université, préfet des études à Saintes Barbe, chevalie/ de la Légion d'honneur ; Concourt, professeut au lycée Napoléon, docteur es lettres- (1® Abrégé de la grammaire latine.de Lhomopd; 2^ Éléments de la grammaire latine d'après Lhomond; 3* Exercices latins adaptés à la granmudrè latine d'après Lhomond; 4** Cours de thèmes latinsf 5^ Courstle versions latines), 9 vol. in-12, Paris, Dezobrj. ^ ^
D£ SAINTE-^ARBE. 271
nés à part, ud cours complet de langue française. Gel ouvrage en est aujourd'hui à sa huitième édition. La première partie, intitulée Petite grammaire des Ecoles y est le manuel en usage dans toutes les écoles knunicipales de Paris; il sert à Sainte^arbe pour l'en*seignement des basses classes. Viennent ensuite la Grammaire élémentaire^^ enseignée jusqu'en sixième^ et la Grammaire et compléments^ y enseignée jusqu'en quatrième. La doctrine pour ces deux dernières parties, a été empruntée surtout de 'Port-Royal; pour la première, M. Guerard s'est conformé autant qu'il lui a' été possible à la grammaire de Lhomond. Lbomond ' est à ses yeux le maitre accompli de l'enfance, celui qui a le mieux su la distribution et la forme à donner aux choses pour les graver dans des esprits novices. C'est pourquoi' il lient à conserver la méthode du vieux professeur pour l'enseignement élémentaire du français autant que pour celui du latin. On ne s'é* tontiera point, après cela^ si Lhomond* est traité à Sainte- Barbe comme l'un des génies du «foyer. Lors* qu'une statue fut élevée à la mémoire de cet hoquae modeste dans sa ville natale de Chaulnes, non-seule<menfc le Directeur en personne ^ assista à la cérémo-
\p Petit^gramtnaire^ des écoles, reiirennaD{,lei ^yntème complet de la conjugaison française et 250 exercices gradués d'analyse, d'orthographe et d'applications des règles, grammaticales , par M. Guérard, agrégé de4' Université, préfet db^ études du collège SMBte-Barbe. In-4 2, Dezobry. • ■
2. Grammaire élémentaire d'après Lhomond (livre de l'élève; livré du maître : Exercices; Corrigés des cxerdce»)» In«lâ, DeEobry .
3; <Gf amipaîre et eompléiiients (quatre parties; comme pour là Grammaire élémentaire). In-1 2, Dezobry.
i7i HISTOIRE
nie, mais un rhétoricieo barbîste la célébra par des vers lalins^
Tout en composant des livres pour les classes infé* rieures, M. Guérard, à qui toutes les parties de Tinstruction sont également familières, fait lui-même des conférences de grec aux rbétoriciens. Bien plus, il dirige, il anime un enseignement supérieur dont il a doté Sainte-Barbe, et qui est presque devenu une institution publique.
Lesaspirants au grade de licencié es lettres et à Tagrégation de grammaire n'ont guère d'autre ressourcée, pour se préparer, que de suivre les cours publics. Mais, outre que les professeurs du Collège de France et delà Faculté ne choisissent pas leur matière en vue des examens, combien de jeunes gens sont empêchés, par les occupations qui les font vivre, de suivra i^s cours publics ? Tous les maîtres d*étude sont dans ce cas. Pour la commodité de ceux delà maison, M. Guérard se prèii d'abord à leur faire un cours de grec ; puis il admit^aux mêmes leçons les employés des établissements voisins; puis il représenta au Directeur quelle bonne action ce serait que d'instituer des conférences pareilles pour chacune des matières de l'exa** men de licence. 11 s'agissait là d'un pur sacrifice, d'une chose d'où Sainte- Barbe ne retirerait que de^Thon" neur, car pour être utile, il fallait que l'entreprise fût entièrement désintéressée. La dépense qu'il y avait à faire fut accueillie par le Conseil d'administration, sur
i . Désiré Laurent, In honorent Caroli Francisci Lhomond^ eut statua in oppido Calnis xre conlato posita esty anno Domini MDCCCLX^ quarto keil, jun, — In-4**, Paris, imprimerie de Remquet.
DE SAÏNTE-BARBt;. 273
Tavis favorable du Directeur, et portée au budget du Collège.
Les cours gratuits ou Conférences pour la préparation à la licence et à Tagrégation de grammaire fonctionnent depuis 1 845 avec un succès toujours croissant. Ils réunissent habituellement une quarantaine d^auditeurs, et Ton estime qu'ils ont déjà fourni à rUniversité près de deux cents gradués. « Suivez les conférences de Sainte- Barbe » a dit plus d'une fois le doyen de la Faculté des lettres aux candidats chez lesquels Tinstruction péchait par le manque de direction. La plupart aujourd'hui n'attendent plus qu'on le leur dise. Sur la «foi de la renommée, on vient tout droit à Sainte-Barbe des collèges communaux, des lycées et même des séminaires.
Les chaires sont occupées par des hommes dont le nom dit ce qu'ils valent : MM. Bouchot, Achille Didier, Celle père, Despois, Mesnard, Tournier, Vachvrot, Vapereau. La plupart sont là depuis l'origine. L*aimable et regrettable Rigault, lorsqu'il appartenait encore à l'Université, déploya son talent dans ces conférences. Il fît pendant trois ans des leçons de poésie latine et dé composition française, qui sont encore préisentes à la mémoire de ceux qui les ont entendues.
M. Guérard partage avec M. Tournier l'enseigne^ ment du grec; il s'est réservé tout ce qui tient à la traduction du français en grec , genre d'exercice où il excelle.
En voilà assez sur une création dont le lieu est Sainte-Barbe, qui vit de la substance et par l'esprit de Sainte-Barbe, mais qui n'est pas Sainte-Barbe, m 18
t74 • HISTOIRE
On va être ramené à celle-ci par VÉcole prépara» toire, dont il sera question dans le chapitre suivant.