CHAPITRE XXVIII
Robert Certain. — Principalats de Jacques de La Halle et de Jean
Phelippeaux.
Celui à qui la succession des Gouvéa devait échoir, dans les calculs de Robert Dugasl , était son neveu et filleul Robert Certain , personnage très-peu méritant, quoique son oncle eût pour lui une tendresse qui allait jusqu'à la déraison. Si la nature mit en lui quelques vertus, le temps n'en a pas laissé subsister la trace. 11 n'estpas de ceux dont il a été écrit que leurs seules actions les peuvent louer ; ses actes au contraire nous le montrent sous le jour le plus défavorable. Intrigant, tracassier, cupide, il ne rachetait ses défauts ni par le talent ni par le savoir. Lorsqu'on sut que c'était de lui qu'il s'agissait pour diriger Sainte-Barbe, sept professeurs, Corraeilles et Leytao en tête , signèrent une protestation, qui fut portée par eux au recteur, avec prière de la transcrire sur le registre académique. Robert Certain y était représenté comme ipcapable non-seulement de conduire un collège, mais de s'acquitter de toute fonction universitaire. On donnait pour raison son excessive ignorance, résultant de ce qu'il avait passé dans les cuisines tout le temps de ses études K
i . Archives de l'Université, registre 2i, fol. 60.
Telle était la notoriété. de son insuffisance, que, dans l'arrêt du parlement relatif à la retraite de Gouvéa, il fut spécifié que Robert Certain, déjà proposé comme son successeur, aurait à recevoir sa nomination de la cour après qu'on aurait informé de son savoir et de ses mœurs. Il fut dit en outre qu'à Tavenir Robert Dugast ne mettrait pas de nouveau principal à Sainte-Barb.e , que le candidat n'eût subi les examens d'usage *. La coutume observée pour devenir principal était qu'on justifiât de sa capacité et de sa bonne conduite devant le chancelier de Notre- Dame ' ; mais le parlement ne se mêlait pas de ces sortes d'affaires. De ce qu'il intervint cette fois il faut conclure, d'abord que Robert Certain et son présentateur s'étaient soustraits aux formalités de rigueur, et ensuite qu'on les réputait capables de pousser à bout une entreprise où , selon toute apparence, ils allaient échouer, en essayant plus tard d'emporter la position par la même manœuvre.
Cela fit crouler en partie les calculs fondés sur le prochain principalat de Certain. Soit que celui-ci ait eu la honte de succomber à l'information , soit qu'il n'ait point osé en courir la chance , Robert Dugast dut se pourvoir d'un autre sujet ; mais l'esprit inventif de l'avisé Normand lui suggéra une combinaison propre à se procurer d'une manière détournée ce qu'il ne pouvait obtenir ouvertement. 11 présenta pour principal de Sainte-Barbe un théologien de Navarre, nommé Jacques de La Halle , paisible érudit qui s'occupait de
i. Archives de PEmpife^ X. 4934, fol. 261.