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Archives de l'Université, reg. 21, fol. 141 et suiv

tain dirigea ses batteries contre les auteurs de la protestation qui n'avait pas peu contribué à le faire échouer dans sa poursuite. Nicolas de Cormeilles fut l'objet principal de son animad version.

Ce professeur, ayant été élevé au rectorat pour Tété de 1 549, se vit bientôt en bulte à une faction d'écoliers , suscitée contre lui dans les collèges voisins. Pourtant son élection avait été des plus honorables dont on eût mémoire. Nommé d'une seule voix par les intrants, lorsque ce résultat fut annoncé dans l'église de Saint-Julien , il crut devoir haranguer sa nation, qui était celle de Picardie, pour obtenir d'elle son assentiment. Non-seulement les Picards, mais tous ceux qui étaient présents à l'assemblée, Normands, Français, Allemands^ l'acclamèrent, en se félicitant d'avoir pour chef un homme aussi laborieux que lui et d'un si ferme caractère. Il obtint même la faveur qui marquait le comble de la satisfaction publique, celle d'être reconduit en procession jusqu'à son collège ^

Mais cette même fermeté dont il avait été loué publiquement fut ce qui le brouilla avec les turbulents. Parce qu'il ne composait pas avec le désordre , on afficha contre lui des placards où l'on allait jusqu'à le menacer de mort. Une affaire qui paraissait sans importance le mit aux prises avec une sédition formidable.

Il s'agissait d'un régent de logique du collège de Reims, nommé Rougeot, qui avait troqué sa chaire avec le régent de dialectique de Montaigu. Ce Rou-

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geot était connu pour avoir d'étroites accointances avec Robert Certain. Cité au tribunal du recteur par l'administration de Reims , il voulut trancher du Caïus Gracchus en se présentant avec l'escorte d'une i^rmée de clients. Tous ceux qui en voulaient à Cormeilles ne demandèrent pas mieux que de se prêtera cette manifestation. Maître Rougeot arriva à Sainte- Barbe en fendant les flots d'une multitude qui s'apprêtait à faire irruption derrière lui. Elle serait entrée, sans la vigoureuse résistance qu'opposa le recteur^ ayant derrière lui les dignitaires de l'Université , qui étaient venus pour prendre part au jugement.

Lorsqu'on eut pris séance, le prévenu , admis à s'expliquer, parla avec l'impertinence d'un drôle qui se sent de l'appui. H ne fit tout le temps que narguer le recteur. Il lui lâcha pour exorde un déluge de louanges ironiques, puis déplora le sort qui l'amenait, lui Rougeot, mal fait et tout petit de taille, devant un juge si beau et si haut qu'il semblait un demi-dieu; enfin, arrivant à son cas, il le trouva plus que rémissible, comparé à celui de certaines personnes dont on avait souffert qu'elles régentassent deux classes de philosophie à la fois. Cela était encore un trait jeté à l'adresse de Cormeilles qui , deux ans auparavant, avait partagé ses soins entre les logiciens et les physiciens de Sainte-Barbe.

Ces personnalités, loin de raccommoder les affaires du prévenu, les gâtèrent davantage. Il sortit avec une condamnation qu'il alla dire à son monde attroupé dans la rue. Peut-être croyait-il donner par là le signal du sac de Sainte-Barbe : il n'en fut rien ; tout se passa en clameurs et en placards qui furent affichés

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de nouyeau pe,|idant la nuit. A )a vérité les menaces étaient pires que jamais. L'Université, inquiète pour les jours de son chef, provoqua un nrrét qui le mit sous la sauvegarde de la cour suprême ^

Certain avait assez bien couvert soq jeu pour qu'ori^ n'arrivât pas à autre chose qu'à des soupçons vagues sur sa participation à toutes ces mutineries. Sion hostilité se démasqua le jour où Cormeille^sortitde charge. Il se mit àrépier, avec le ferme propos de le surprendre en faute et de lui faire un mauvais parti. Ayai^t su qu'il mêlait parfois à ses leçons l'explicatiop de ce^-^ tains passages d'Hippoçrate, il persuada à ^es çlèves qu'ils devaient quitter un professeur qui leur apprenait la médecine, au lieu de les exercer sur les ipatières de leur, examen ; qu'ils échoueraient infailliblement s'ils restaient sous lui; qu'il valait mieux pour eux suivre les leçons du collège de Reims , quoique cela fût préjudiciable à Sainte-Barbe; mais il préférait voir souffrir des intérêts dans lesquels il était lui-même engagé, plutôt que de laisser de pauvres jeunes gens persévérer dans une mauvaise voie.

Ses conseils furent si bien écouté^, qu'à la fin Cprraeilles, s'apercevant qu'il faisait ses leçons dans un désert, prit le parti de les suspendre. Alors Certain, en sa qualité de procureur , lui retranche les viyres. Altercation , procès , sentence qui rétabli! le profea-seur dans tous ses droits y compris la possession de ses élèves*. L'unique satisfaction accordée au procureur fut de n'avoir plus à payer Cornieillei^ jv^^qu'à

i. Archives de TUniversité, reg. 21, fol. 418 et suiv. 2. Archives de ^Université, reg. 21, ïù\. 45Ç etsuiv\

la fin de Tannée, à cause du temps pendant lequel celui-ci avait cessé de faire sa classe.

Jacques de La Halle ne vit pas la fin de cette affaire. 11 se retira après un an de principalat, las des déboires qu'il lui fallait essuyer. Le plus amer fut une semonce que lui administra le procureur général du parlement pour n'avoir pas su empêcher une nouvelle promenade au tambour à laquelle ses élèves prirent part avec ceux de plusieurs autres collèges. l\ s'excusa très-piteusement, en rejetant la faute sur l'insubordination de deux de ses régents ^ Il était de ces gens qui font bien lorsqu'ils se sentent soutenus. Sa contenance fut très-belle à côté de Nicolas de Cormeilles , le jour du jugement de Rougeot ; mais avec un personnage comme Certain , dont Tunique assistance était de se tenir à couvert derrière lui en lui soufflant le plus possible de son autorité, il ne donna que des marques de faiblesse, le sentit, et jugea que son devoir était d'abdiquer,

(lomme La Halle n'avait pas trouvé son compte au marché qu'il avait passé avec Robert Dugast, celui-ci ne voulut pas que le successeur de La Halle en pût dire autant. Il se procura un autre théologien, le plus bénin et le plus court de vue qu'il put rencontrer, et quand il l'eut bien sondé, de manière à être sûr qu'il était bon pour l'usage qu'il en voulait faire, il tui fit signer un papier par lequel Vautre consentait à n'être rien du tout que le prête-nom de Robert Certain.. Ce nouveau principal s'appelait Jean Phelippe^ux. Les clauses du contrat furent exécutées à son égard avec

i. Archives de l'Université, reg, 21, fol. 212,

une ponctualité telle, que c'est au procureur du collège, et non à lui, que le portier allait porter tous les soirs les clefs de la grande porte et la liste des absents. Non-seulement il ne choisissait pas les maîtres, mais il n'avait à espérer l'assistance d'aucun d'eux, si par hasard il voulait corriger un élève qu'il surprenait en faute ^

Cormeilles dénonça tout cela au parlement dans le cours de son procès avec Robert Certain. La cour ayant déféré la connaissance de ces faits aux quatre principaux de Navarre, de Bourgogne, de Montaigu et du Cardinal-Lemoine, Robert Dugast , qui en fut instruit, accourut à Sainte-Barbe, pour qu'avant l'information Phelippeaux fût mis par un nouvel acte en possession de tous les droits appartenant à sa charge. Par là on détourna une condamnation imminente. Phelippeaux, tout en confessant que jusqu'alors il n'avait été principal que de nom, put donner à croire, par l'exhibition de son titre , qu'il le serait de fait à l'avenir *.

Le fut-il vraiment ? La commission des quatre principaux avait exigé , indépendamment de l'acte réformé, l'engagement verbal pris par Dugast et Certain qu'ils n'entreprendraient plus sur la direction de Sainte-Barbe.

Les choses furent réglées de la sorte au mois de juin 1550, et depuis lors le nom de Phelippeaux ne parait plus. Peut-être les errements du passé ayant été repris, en dépit des écritures et des serments , le bou

1. Archives de TUniversité, reg. 21, fol. 157 cl suiv. â. Ibidem,

docteur demanda-t -il son congé, afin de n'être point une dupe ridicule, après avoir été un instrument passif. Dans tous les cas> il est constant qu'au commencement de Tannée 1 553 il était parti. Alors Dugast s'arrangea de façon à être lui-même l'bomme derrière lequel son neveu pourrait agir en toute liberté.

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