Epigrammatum liber, n°' 64 et
Le critique qui parlait avec cette liberté île devait pas cmnpter sur beaucoup de voix le jour où il avait a requérir en sa faveur le suffrage universel.
Ses ennemis, récapitulant toiJt ce qu*il écrivit eri të genre y Tont dépeint comme le démon de la médisance. Us l'ont accusé d'avoir été de ceux qui iiti* molent tout attachement, toute foi, tout honneur au plaisir de lancer des mots piquants. 11 a été vengé depuis longtemps de ce jugement passiornné. Si son • esprit fut incisif, son caractère fut sérieux ; ses amitiés furent tendres et solides ; il né fit jamais rien qui allât contre ses principes en littérature et en philosophie.
Son enseignement fut celui d'un adepte à la fois ardent et judicieux de la Renaissance. Il commença par mettre de côté le rudiment versifié de Despautère, qui remplaçait alors dans les classes le doctrinal d'Alexandre de Villedieu. Quoique approuvé par Mathurîn Cordier j le Despautère blessait l'oreille délicate d'un poêle. Les Anglais possédaient déjà une grammaire latine écrite en leur latigue. C'est ce livre que Buchanan choisit pour faire ses leçons. Il en fit une traduction latine, qu'il dictait à ses élèves *.
Après les instructions sur la grammaire, il expliquait Virgile. Toutes les ressources de son talent se déployaient à cet exercice ; il s'y était préparé avec cette ferveur recueillie qu'on apporte à l'accomplissement des pratiques religieuses. Comment dire l'émotion de ces hommes aux yeux de qui les chefs-d'œuvre
i . Rudimenta grammatices Thomœ Linâcri, à la fin des Couvres complètes de Buchanan.
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de rat)ti(|tiité se révélaient pour la première fdis daos toute leur splendeur ? Ils comprenaient, ils voyaient ee qui avait échappé aux générations de tant de socles; sous des expression^ insignifiantes ou inintelligibles pour Fignorance , ils retrouvaient par leur savoir des traits achevés de peinture ou de sentiment. Mais aussi quel travail il leur fallait pour arriver là ! .que de notions dispersées à recueillir par la lecture et à combiner par la méditation ! que d'efforts de pensée à faire potir rétablir des textes que l'impéritie avait corrompus de longue main! A la façon dont ils opéraient, ils étaient presque créateurs.
Buchanan a retracé en quelques vers expressifs ce qu'était la préparation d'une leçon pour un professeur comme' lui \ 11 a fait ressortir avec plus de vivacité encore les disgrâces du métier et l'amertume qu'il éprouvait à ne pas trouver dans l'attitude de sa classe la récompense de son zèle. C'était pourtant quelque chose que d'avoir des élèves tels que Jacques de Teyve et Antôitie Pin ; mais sa disposition à saisir surtout le mauvais côté des choses lui fermait les yeux sur l'assiduité de quelques-uns, pour ne lui montrer que l'inattention^ l'indifTérence ou la mauvaise volonté du plus grand nombre ^
H Pendant que le professeur s'époumonne j ces paresseux d'enfants sommeillent ou pensent à leurs plaisirs. Tel, qui est absent, a payé l'un de ses camarades pour répondre à sa place ; un autre a perdu ses bas, un autre regarde son pied qui passe par
ii Quam misera sit conditio docentium litteras humaniores Lutetix, Œuvres complètes, t. II, 2«»« partie, p. 31.
l'empeigne béante de son soulier. Celui-ci fait le malade, celui-là écrit à ses parents. Il faut en venir aux verges ; les visages se barbouillent de larmes ; ce sont des sanglots pour toute la journée. »
I^ partie mûre de son auditoire ne lui faisait pas plus d'illusion : ^
« Voici yenir les bandes de flâneurs que la ville nous envoie : ils s'annoncent par le cliquetis de leurs patins ferrés, ils entrent et ouvrent des oreilles aussi intelligentes que celles de Marsyas lorsqu'il écoutait Apollon. Us sont mécontents de n'avoir pas vu Taunonce du cours placardée au coin des rues, outrés de ce que le doctrinal d'Alexandre n'ait pas les honneurs de la leçon, scandalisés d'un professeur qui ne lit pas dans un gros livre tout chargé de gloses marginales. Ils lèvent le pied, et s'en vont en tumulte à Montaigu ou dans quelque autre de ces sanctuaires que parfunie l'odeur de la poirée*. »
Ces petites misères le . dégoûtaient de l'enseignement; il sentait renaître en lui les instincts belliqueux, et peut-être eût-il échangé de nouveau la robe longue contre un corselet, sans une occasion qui lui permit de céder à son impatience, tout en restant voué à la culture des lettres. Un jeune lord écossais, Gilberl Kennedy, comte de Cassils, étant venu demeurer près de Sainle-Barbe pour perfectionner son instruction, lui offrit de le prendre auprès de lui à titre de conseiller et^de maître. La condition plut à Buchanan ; il descendit de sa chaire après trois ans d'exercice.
1 . Allusion à la mauvaise nourriture de Montaigu et de quelques aiUres collèges obscurs.