CHAPITRE XIX
Cours de mathématiques de Jean Fernel. -* Mesure d*un degré
du méridien.
A aucune époque T Université de Paris n'avait montré beaucoup de souci pour les sciences exactes. Jusqu'à la fin du quinzième siècle elle approuva que les livres de géométrie ou d'astronomie fussent expliqués dansdes leçons extraordinaires, lorsqu'il se présentait des maîtres capables ; elle inscrivit même plusieurs fois dans ses programmes qu'on aurait à justifier d'une certaine instruction en ce genre pour être admis aux grades; et malgré cela, le plus grand nombre des diplômes furent délivrés à des aspirants qui n'entendaient rien aux nombres ni aux mesures.
La rareté des manuscrits était pour beaucoup dans cette négligence. Aussitôt que Lefèvre d'Etaples, cédant aux conseils d'Hermonyme de Sparte, eut donné les premières éditions d'ouvrages de mathématiques*, ces livres furent reçus avec beaucoup de faveur dans les collèges et y devinrent l'objet d'un enseignement suivi. Il se forma des professeurs, surtout parmi les Espagnols. Les noms de Pierre Ciruelo, de Gaspard
i . Dédicace de Jacques Lefèvre à Charles Bourré , trésorier de France, en tête du Textus de Sphxra Johannis de Sacrohosco.
Lax, de Martin Poblacion, furent en grande recommandation dès le temps de Louis XII; celui d'un Andalous qui fut domestique de Celaya, avant que Celaya vint a Sainte-Barbe, Martinez Guijeno ou Siliceus, reste attaché à un traité d'arithmétique qui eut le mérite d'être original, et sur lequel Oronce Finée fonda renseignement des sciences*.
Les choses en étaient là lorsque Fernel se passionna pour les mathématiques, il apprit ce qu'il y avait dans les livres, et fut bientôt en mesure de donner à Sainte- Barbe un maitre qui, en cette matière, ne le cédait à aucun autre de son temps. Ses leçons remplirent un cours extraordinaire qu'il St pendant les deux ans que dura son cours de philosciphie.
Il était trop novice et menait trop de choses à la fois pour être sur la voie des grandes^découvertes ; néanmoins son esprit investigateur lui montrait de tous les côtés de la science des choses à perfectionner. Ptolémée ni les Arabes n'avaient connu la terre telle qu'elle est; depuis quarante ans on la voyait s'augmenter tous les ans d'une contrée nouvelle, et le ciel était observé sous tous ses aspects. Comme ces progrès étaient dus principalement à la marine portugaise, notre collège était l'endroit de Paris où les premières nouvelles en étaient apportées. Fernel recueillait avidement tout cela, et cherchait à faire entrer les conquêtes de son siècle dans le cadre de la science antique*.
1 . Dédicace à Louis Oysque, datée du collège de Navarre , en lé te de Vuirs arithmetica Joannis Martini Silicei in tlieoricen et praxim scissa^ édition de 1519, Robert Estienne.