‹ Histoire de Sainte-BarbeChapitre 73 sur 117 · Bibliotheca lusitanay t. I, p · texte numérisé non relu

Bibliotheca lusitanay t. I, p

commence à prendre son essor? comment surtout Tempêcher de s'exercer sur une matière , lorsqu^on applaudit à ses conquêtes dans d^autres matières ? L'imprimerie avait multiplié les éditions des livres saints : on rougissait du temps si peu éloigné où des docteurs^ même éminents, n'avait jamais ouvert un évangile, et ne connaissaient le texte fondamental de la religion que par le missel ou par les citations des auteurs ^ Chacun était à même de lire et de* comparer; et de même qu'en dehors des leçons du collège, par l'étude des chefs-d'œuvre de l'anliquité, beaucoup se formèrent un savoir et un goût supérieurs à ceux de leurs maîtres, de méme^ en dehors des instructions religieuses, par la lecture des textes sacrés, on se fit des opinions à soi, qui confirmèrent les uns dans la foi reçue, qui en éloignèrent les autres d'une dislance plus ou moins prononcée • De là vient que toutes les nuances de l'orthodoxie, comme de l'hérésie, se rencontrent dans la génération qui passa à Sainte-Barbe entre 1520 et 1530. A côté de l'ascétisme communicatifdes premiers jésuites, nous trouvons le mysticisme effréné de Guillaume Postel; à côté du rigorisme inquisitorial de Démocharès, la tolérance de Gelida et d'André de Gouvéa, qui n'empêcha pas ces hommes vertueux d'être irréprochables dans leur foi ; ou bien encore c'est le scepticisme mal contenu de Buchanan, ou l'indépendance philosophique d'Antoine deGouvéa, qu'une voix ennemie a taxée de matérialisme, et qui

i. Les censures des théologiens de Paris,- par lesquelles ils avaient faussement condamné les Bibles imprimées par Robert Ëstienne. Voy. ci -dessus, p. 124, note 1.

a fait associer le nom de cet homme distingue à ceux de Bonavenlure Desperriers et de Rabelais *. Quant à l'esprit de secte, il est représenlé par celui qui en fut Tincarnation^ par Jean Calvin.

La plupart des biographes n'accordent pas que Calvin ait été à Sainte-Barbe. Ils se prononcent pour le collège de la Marche, dans l'alternative posée par Duboulay que Calvin fut élève de Sainte-Barbe selon les uns,. et de la Marche selon les autres *. Cependant, si l'on cherche quels sont ces uns et ces autres dont a voulu parler Thistorien de l'Université, on trouve qu'ils se réduisent à un seul et même auteur, qui est Théodore de Bèze. En effet Bèze a écrit deux fois la vie de Calvin. Dans le premier de ces ouvrages, composé en 1563 ', il dit que Calvin reçut les leçons de Mathurin Cordier à la Marche; et dans la seconde vie, qui est de 1 564 *, il dit que Cordier fut le maître de Calvin à Sainte-Barbe. Ainsi c'est au doute qu'on est conduit par le seul témoin qui se soit exprimé sur la circonstance dont il s'agit. Et il n'y a pas moyen de se décider par les faits connus de la vie de Cordier , car son passage soit à Sainte-Barbe, soit à la Marche, ne repose également que sur la double assertion de Bèze au sujet de Calvin.

Pour nous, nous avons déjà tranché la difficulté en comptant Mathurin Cordier parmi les professeurs

i . Calvin, De scandalis,

Page 1