Née en 123j, moite en 12o
Ces deux grands Ordres, qui peuplaient le ciel en remuant la terre, se rencontraient, malgré la diversité de leurs caractères et de leurs moyens d'action, dans une tendance commune, dans l'amour et le culte de Marie. Il était impossible que l'influence de cette sublime croyance à la Vierge-Mère, qui avait exercé un empire toujours croissant sur les cœurs, depuis la proclamation de sa maternité divine au concile d'Éphèse , ne fût pas comprise dans l'immense mouvement des âmes chrétiennes au treizième siècle ; aussi peut-on dire que si, dès le siècle précédent, saint Bernard avait donné à la dévotion du peuple pour la sainte Vierge le même élan qu'il avait imprimé à tous les nobles instincts de la chrétienté, ce furent les deux grands Ordres mendiants qui portèrent ce culte à l'apogée d'éclat et de puissance dont il ne devait plus descendre. Saint Dominique, par l'établissement du Rosaire, et les Franciscains par la prédication du dogme de l'Immaculée Conception, lui élevèrent comme deux majestueuses colonnes, l'une de pratique, l'autre de doctrine, du haut desquelles la douce majesté de la Reine des Anges présidait à la piété et à la science catholique. Saint Bonaventure, le grand et docte théologien, devient poète pour la chanter, et paraphrase deux fois le
Psautier tout entier en son honneur '. Toutes les œuvres et les inspirations de cette époque ; surtout toutes les institutions de l'art telles qu'elles nous ont été conservées dans ses grandes cathédrales et dans les chants de ses poètes, nous montrent un développement immense, dans le cœur du peuple chrétien, de sa tendresse et de sa vénération pour Marie ^.
Dans le sein de l'Église même, et en dehors des deux familles de saint Dominique et de saint François, le culte de la sainte Vierge enfantait des créations aussi précieuses pour le salut des âmes que vénérables par leur durée. Trois Ordres nouveaux se consacraient à elle en naissant, et se plaçaient à l'ombre de son nom sacré. Celui du Mont-Carmel '\ venu de la Terre-
1. Outre son Spéculum li. M. V., qui a été peut-être l'ouvrage le plus populaire du moyeu âge, on croit que ce saiut a écrit \<i Psalterium Majus li. M. V., qui se compose de ceut ciuquaute psaumes analogues à ceux de David,-et s'appliquant à la Sainte Vierge; puis le Psalterium Minus, qui est de cent ciuquaute stances de quatre vers chacune; puis euliu le Laus li. M. V., et une paraphrase du Salve, également en vers.
2. Ce lut eu 1220 que le margrave Henri de Moravie et sa femme Agnès fondèrent la première chapelle à Mariazeli, en Styrie, qui a été jusqu'à nos jours un pèlerinage si célèbre et si populaire eu Allemagne. L'Ave Maria ne devint d'un usage géuéral que vers 1210.