CHAPITRE XIX
COMMENT LE TRÈS-MlSÉRlCORDlEUX JÉSUS CONSOLA LA CHÈRE SAINTE ELISABETH DANS SA MISÈRE ET SON ABANDON, ET COMMENT LA TRÈS--DOUCE ET TRÈS-CLÉMENTE VIERGE MARIE VINT l'instruire ET LA FORTIFIER.
£go, ego ipse coDsolabor yo?...
Is. LI, 12.
Et absterget Deus omneui lacrymam ab oeulis eorum.
Apocal. VIII, 17.
Au milieu de tant de tribulations, Elisabeth n'oublia pas un seul instant que c'était la main de Dieu qui les lui envoyait ; et jamais son cœur ne s'ouvrit au murmure ni à la plainte ' . Tout au contraire, uniquement livrée à la prière et à toutes les pieuses pratiques que l'Église offre avec une si maternelle générosité aux âmes affligées, elle y cherchait sans cesse le Seigneur, et ne tarda pas à le trouver. Il vint à elle avec toute la tendresse d'un père, prêt à transformer les épreuves qu'elle avait si noblement acceptées en ineffables consolations '. Celui qui a promis à ses élus qu'il essuierait chacune de leurs larmes^, ne pouvait oublier son humble servante, prosternée
^ Hsc omoia venerunt super eam ; nec oblita est Dei, et inique non egit... Theod. 1. c.
* Quanto magis abundabant tribulaliones, tanto abuodabant consolationes. Ibid.
• Apoc. VIII, 7.
ŒuTret. VII. — Sainte élitabeth. I. 35
deTanl lui sous le poids de toutes les douleurs qui peuifent accabler une âme mortelle. Non-seulement il essuya ses larmes, mais il lui ouvrit les yeux, et lui permit de plonger d'avance ses regards dans les régions de lumière étemelle où sa place était déjà marquée.
Pendant qu'elle priait nuit et jour au pied des autels, des visions bienheureuses, de fréquentes révélations de la globe et de la miséricorde céleste, vinrent récréer et rafraîchir son âme *. Ysentrude, la plus chérie de ses filles d'honneur ', qui ne la quittait jamais, et qui avait voulu partager sa misère après avoir partagé sa splendeur, a raconté aux juges ecclésiastiques tous les souvenirs qu'elle avait conservés de ces merveilleuses consolations. Souvent elle remarquait que sa maîtresse entrait dans une sorte d'extase dont elle ne savait pas d'abord se rendre compte. Un jour surtout^ pendant le carême, la duchesse étant allée assister à la messe, et s*étant agenouillée dans l'église, se renversa tout à coup contre le mur ', et resta longtemps comme absorbée et élevée audessus de la vie temporelle, dans une contemplation profonde, les yeux immobiles et fixés sur l'autel jusqu'après la communion ^. Lorsqu'elle revint à elle, sa figure portait l'empreinte d'un bonheur extrême. Ysentrude, qui avait suivi de l'œil tous ses mouvements, profita de la première occasion ^ pour la supplier de lui révéler la vision que sans doute elle avait eue. Elisabeth, toute joyeuse, lui répondit :
> MultaB divinas reveUtione« quibui fl*equenter Tisitalwtur horit diurnii «1 nocturnitf in orationibus instituta. Theod. 1. c.
* Nobilis illa et devota Ysentrudis, beaUe Elisabelhs prs aliis spedallMlma. U>id. c. 9.
* Genibus flexis acclinata est parieti. Oict. vr ÀQdlI. p. ?020.
^ Fervore devotissimo Ignita et super semetipum mente et spiritu defota. contemplando diutissime deflxos oculoi habuit in altare. Theod. I. c.
* Post opportunitnte nacta, etc. Ibid.
« Je n'ai pas le droit de raconter aux hommes ce que Dieu a <x daigné me révéler ; mais je ne veux pas te cacher que mon « esprit a été abreuvé de la plus douce joie, et que le Sei- « gneur m'a permis de voir par les yeux de Tâme d'admi- « râbles secrets ' . »
Après la dernière bénédiction, rentrée dans son chétif domicile, elle prit une légère collation, et, se sentant accablée de faiblesse et de lassitude, elle se coucha sur un banc en face de sa fenêtre , et appuya sa tète sur le sein de sa chère et fidèle Ysentrude. Celle-ci crut que la duchesse était malade et qu'elle voulait dormir; mais en restant ainsi couchée, elle tenait les yeux ouverts, et regardait fixement le ciel à travers les fenêtres ouvertes de son réduit ^. Bientôt Ysentrude vit son visage s'animer ; une sérénité céleste, une joie profonde et extrême s'y peignaient ; un doux et tendre sourire animait ses lèvres'. Mais peu après ses yeux se fermèrent, et il en coula des ruisseaux de larmes * ; puis ils se rouvrirent; la joie et le sourire reparurent ^ pour faire de nou-
* Gui felix Elisabeth, etc... Hoc tamen Iat«re noio quod anima mea 8ua?iagimo perfiua fait gandio et admiranda Dei sécréta interiori conspeii mentis ocolo. U>id. Dict. IV AdcIU.
* Gum ad illad saum humile de ecclesia rediisset itospitium , permodicum valde sumsit cibum. Post cibum debilis yalde erat, erumpente sudore, in sinam Ysentrudis , tanquam ad quiescendum , se répit. Ibid. — Oculos defixos habebat versus fenestras apertas. Dict. iv Ane. I. c.
Vor moediflMit legte sy ikh akder Und ruegte auf einer banclL 1r mayt forchte lieh sy word knnk Sy lag tmd s«ch lu deme fenster aus.
ViU Rhyt. § m».
' Serenata facie , magnaque hilaritate circumfùsa dulcis in cjns ore riiui apparuit et jucundus. Theod. I. c.
^ Glanait oeulos, fluebanique, tanquam rivi, ex ipsis lacrynue infinitse. Ibid.
* Interveniente monila apertis oculis Istus appaniit Tultns ut prius et in ore risus. Ibid.
388 HISTOIHE
veau place aux pleurs ; et elle resta ainsi jusqu'à l'heure des complies, toujours la tête appuyée sur le cœur de son amie, et plongée dans ces alternatives de joie et de tristesse, où œpendant la joie semblait remporter de beaucoup ^ Vers la fin de cette extase silencieuse, elle s'écria, avec un accent d'ineflfoble tendresse ^ : « Oui, certes , Seigneur, si tu veux être avec « moi, je veux être avec toi et n*étre jamais séparée de toi. i> Un instant après elle revint à elle, et Ysentrude la conjura de lui dire pourquoi elle avait ainsi ri et pleuré tour à tour, et ce que signiGaient les paroles qu'elle avait prononcées. Elisabeth, toujours pleine d'humilité, chercha encore à taire les grâces qu'elle avait reçues de Dieu. Enfin, cédant aux prières de celle qui l'aimait avec un si fidèle dévouement, et qui lui était depuis longtemps si chère : a J'ai vu, » dit-elle, a le ciel (( entr'ouvert, et mon Seigneur, le très-miséricordieux Jésus, « a daigné s'abaisser vers moi et me consoler des tribula- « tiens dont je suis accablée '. Il m'a parlé avec une extrême « douceur ; il m'a appelée sa sœur et son amie. Il m'a fait « voir sa très-chère mère Marie, et aussi son bien-aimé ic apôtre saint Jean, qu'il avait avec lui ^ A la vue de mon « divin Sauveur, j'ai dû montrer ma joie et mon sourire : c( quelquefois il détournait son visage de moi comme pour (( se retirer, et alors je pleurais de ce que mes mérites étaient
< Fletuoi clauslB oculis et risum ipsis apertis altemando usqne ad horain c'ouipletorii. Ibid. Sed multo plus immorans jocunditaU. Dict. it AnciU. 1. r.
* In hffc afTectuosa yerba pronipit... Theod. I. c. — Ita, Domine, si tu vis ctfse mecum, et ego volo esse tccum, et nunquam yoIo a te separari. Dict. it Aiicill. 1. c.
* Dilectœ dilectricis precibus respondit : « Vidi cœlom apertum, et Domiiium meum Jesum dolcissimum inclinantem se ad me, et consolantem me de variis angustiis meis et tribulationibus. . . » Theod.
* Er hiess mlch sweater und ft-eundinn...' seinen lieben iwceUboten Johanneui. etc. Passionnai, Cl.
a trop faibles pour me permettre de le voir longtemps '. tf Mais lui, ayant eu pitié de moi , tourna encore une fois « ses regards célestes sur moi, et me dit : Elisabeth^ si tu a veux être à moi^ je veux bien être à toi et n'être ja^ « mais séparé de toi. Et aussitôt je lui ai répondu : Oui, a oui. Seigneur, je veux être à toi et n*ètre jamais séparée a de toi, ni en heur ni en malheur^, d Et dès lors ces paroles divines se gravèrent dans son cœur en traits de flamme, et réclairèrent d'une splendeur céleste '. Dans ce pacte sacré, dans cette intime et affectueuse union avec Jésus, le Dieu de la paix, le père des pauvres et des malheureux ^, elle put voir comme la fin de son veuvage, et comme de nouvelles et indissolubles fiançailles avec un époux immortel ^.
Ce ne fut pas du reste la seule fois que ce divin époux lui manifesta d'une manière sensible sa tendre et vigilante sollicitude. Un jour qu'elle avait été en butte de la part de ses persécuteurs à un affront dont la nature nous est restée in-
^ Cum vero vullum Unquam recetfunis averteret, fleri. Tiieod. — Das meine Tugend seynd aile leit kleine... V. Rhyt. § ixxix, « J'ay vu le cliiel ouyen, et Jhesu Christ qui s'inclinoit dél>onnairemeDt : sy estoie Joyeuae de sa Tision, et plorois de sa déparlie; et me dist : Si tu veulx estre avoccques moy, se seray avoec toy. — Et je respondis si comme vous oystcs. » Ann. de Haynaut, liv. xlvi, ch. 26.
' Qui misertus mei iterum vultum suum serenissimnm ad me convertit, dicens : Elisabeth, si tu vis esse mecum... Ita Domine... et ego volo esse tecum... Tlieod. 1. c. — In liebe noch in leide. Cod. Argent. — Cornélius à Lapide cite cette vision de sainte Elisabeth dans son Commentaire sur les Actes des Apôtres, c. vu, p. 151, éd. 1648.
^ Sich gruben in ir berze
Mit Btetter minne imerie In vol lucbtenden gltste...
Cod. Argent.
^ Jésus, Deuspacis... pater pauperum... Litanies.
* 0 felix et (Irma pactio et ûda desponsatio ! Theod. 1. c. — C'était ainsi que Dieu l'initiait à cet état de Tàme que les mystiques appellent la vie d'union.
connue, mais tellement cruel que son àme^ ordinairement & patiente, en fut bouleversée ', elle chercha un refuge dans Toraison : elle se mit à pleurer avec instance, et en pleurant beaucoup, pour tous ceux qui Tavaient insultée, en suppliant le Seigneur de leur conférer un bienfait pour chacune des injures qu'elle en avait reçues '. Comme elle se fatiguait à force de prier ainsi ', elle entendit une voix qui lui disait : (c Jamais tu n'as fait de prières qui me fussent aussi agréa- « blés que celles-ci ; elles ont pénétré jusqu'au fond de mon «c cœur. C'est pourquoi je pardonne à tous les péchés que « lu as jamais commis de ta vie. » Et la voix lui fit alors rénumération de tous ses péchés, en lui disant : « Je te parce donne tel et tel péché *. » Elisabeth, étonnée, s'écria : a Qui étes-vous qui me parlez ainsi? » A quoi la même voix répondit : « Je suis celui aux pieds de qui Marie-Madeleine « est venue s'agenouiller dans la maison de Simon le léa preux ^. » Plus tard, comme elle se désolait de ce qu'elle n'avait pas auprès d'elle son confesseur habituel, le Seigneur lui désigna pour confesseur le saint qu'elle avait spécialement préféré dans son enfance, et qu'elle avait toujours si vivement chéri, saint Jean l'Évangéliste. L'apôtre de l'amour lui apparut : elle se confessa à lui avec une mémoire plus fidèle, disait-elle, et une confusion plus grande de ses fautes,
' Die quadam fUerat Tacla sibi magna verecundia de qua maltum turbata ivit ad orationem. Mss. Bollandist. Bruxell.
* Instantissime cum lacrymis rogare cœpit... Ut pro qualibet iujaria aauoi gaudium rependere Deus dignaretur. Ibid.
' Cumque sic fatigata oraret...
^ Nunquam uUas oraliones fecisti sic mlhf gratas sicut istœ (ùenint... Pêne- IraTerunt istœ ad intima cordis mei. Quapropter ego parco omnibus peecatis luis quœ dixisti Tel fecisti toto tempore Titœ tuœ. Et dinomerana omnia peecata sua, dicebat : Ego parco tali peccato tuo, etc. U>id.
* Ego sum ad ci^us pedes venit Maria Magdalena in domo Simonls leprosi. Ibid.
qu*elle n'en avait jamais éprouvée aux pieds d'un prêtre : il lui imposa une pénitence, et lui adressa des exhortations si tendres et si efficaces, que ses maux physiques lui en parurent soulagés, aussi bien que les plaies de son âme \
n lui fut encore permis de pénétrer par de vives et fréquentes contemplations jusque dans les moindres détails de la passion douloureuse du Sauveur. Une fois, par exemple, qu'elle priait avec ferveur, elle vit intérieurement s'ouvrir devant elle une main resplendissante de blancheur et de lumière, mais extrêmement amaigrie, ayant les doigts trèslongs et déliés, et au milieu de la paume une cicatrice profonde *^ : elle reconnut à ce dernier signe que c'était la main du Christ, et s'étonna de ce qu'elle était si maigre et si décharnée. La voix qu'elle connaissait lui répondit aussitôt : a C'est parce que j'étais épuisé la nuit par les veilles et les « prières, et le jour par mes courses à travers les villes et les « campagnes pour prêcher le royaume de Dieu *. » Elle vit encore le sang épais et trouble qui était sorti du flanc transpercé de Jésus crucifié ^, et s'étonna de ce qu'il n'était pas plus liquide ni plus pur : la même voix lui répliqua que c'était là l'effet du brisement de tous les membres divins, et des affreuses douleurs que le Fils de Dieu avait endurées par la suspension de son corps sur la croix.
* Gum esset deaolata eo maximo quod confessoris copiam non haberet, summuspater dédit sibi beatum Johannem Evangelistam in confessorem... Miro modo omnium peccatonim suonim recordabatur et coram ipso magis verecundabatur quam coram aliquo de mundo... Ibid.
' Vidlt mentalibus oculis ante ge manum candidissimam et splendidisaimani, sed macilentam: habel)atque digitoa longos et in palma magni lateris Tulneris cicatricem. Ibid.
' Quia nocte vigiliis et orationibus, Tatigabar et in die discurrebam, etc. Ibid.
* Vidit de Christi latere sanguinem largiter exire spissum et turbidum iupra modum ; de quo cum plarimum miraretur audivit, etc. Ibid.
Toutes ces merveilleuses visions excitaient dans le tendre cœur d'Elisabeth une douleur excessive de ses péchés, dont Texpiation avait coûté tant de supplices à la victime souveraine. Comme elle versait un jour à ce sujet d'abondantes larmes, son divin consolateur lui apparut, et lui dit : « Me « te tourmente plus, très-chère QUe, car tous tes péchés te tt sont remis ; moi j'en ai été puni dans tous les membres et « dans toutes les parties de l'être par où tu as pu offenser iaa « Créateur. Sache que tu es pure de tout péché ^ » « Si je a suis ainsi sanctifiée, » répondit Elisabeth, « pourquoi ne <c puis-je cesser de vous ofTenscr? » a Je ne t'ai pas sanc- « tiûée, » lui fut-il répondu, « au point de ne pouvoir plus « pécher; mais je t'ai donné la grâce de m'aimer tellement « que tu aimes mieux mourir que de pécher ^. d
Cependant l'âme si délicate et si humble d'Elisabeth, loin de puiser dans ces insignes faveurs de son Dieu une confiance excessive, semble au contraire n'y avoir vu qu'un motif de plus pour se mépriser elle-même, pour se défier de ses forces, pour exagérer à ses propres yeux son indignité. Pendant qu'elle foulait aux pieds les épreuves extérieures et les persécutions si cruelles dont elle venait d'être l'objet, elle trouvait en elle-même, dans les scrupules et les terreurs de son humilité, une source abondante d'amertume. Mais le Dieu à qui elle avait fait don exclusif de sa vie et de son cœur, veillait toujours sur ce trésor; et comme s'il avait voulu lui fahre goûter successivement toutes les consolations
^ Die quadani dum peccata sua amariesime fleret, appaniit ei conaoUtor Jésus... Noli, carissima lllia, amplius angustiari, quia omnia peccata suot tibi dimissa. Ego enim in omnibus membris et locis et parlibus ftd afflictua Id quibus ofTendisti Creatorem tuum. Ibid.
' Si, iuquit, ita sanctiflcata sum, quare nod possum ceasare vos offiendcreY... Non te sanctiflcavi quod peccare non posses, sed ralione gratis quam tibi dedi, qua me tani diligis ut mori magis eligas quam peccare.
qui sont Tapanage de ses enfants de prédilection, comme sil avait voulu Tamener et Tunir à lui par les liens les plus doux et les plus puissants à la fois, il chargea celle que nous nommons chaque jour la santé des malades, le refuge des pécheurs, la consolatrice des affligés, de guérir cette jeune âme toute languissante, malade et désolée d'un excès d'amour^ et que cet excès même entraînait dans des fautes contre Tespérance et la foi. La reine du ciel devint désormais l'intermédiaire de toutes les grâces et de toutes les lumières que son divin Fils voulut répandre sur Tépouse quïl s*était réservée depuis le berceau. Marie eut pour notre Elisabeth la même condescendance que pour sainte Brigitte et plusieurs autres saintes illustres dans la mémoire des chrétiens ; elle lui apparut mainte fois pour Vinstruire, Tédairer et la fortifier dans les voies où Dieu l'appelait à marcher. Celle que rÉglise nonune toujoiurs mère^ souveraine^ guide et maîtresse de tous les hommes \ ne dédaignait pas de guider chaque pas de cette jeune et humble amie de son Fils. La tradition détaillée de ces entreliens sacrés, recueillie d'après les récits d'Elisabeth elle-même, a été conservée à la postérité catholique dans les annales de Tordre de Saint-François ^, et surtout dans les inappréciables documents rassemblés par les savants jésuites de Belgique, à l'effet d'achever leur collection des Actes des Saints '. Grâce à ces précieux monu-
1 Patrocinio Virginis sanctissimœ implorato, quœ omnium mater est , domina, dux et magistra... Bref de Grégoire XVI à M. Tévêque de Rennee, du S octobre 1833.
' Luc Wadding, Ann. Mioor., t. ii, p. 169, diaprés Bfarianus Florentinus. Il en eêi aussi question dans saint Bonaventure, Med. vit» Christi, c. 3 ; saiut Antonin, lit. 29, c. 19 ; Durand, 1. 7 de Div. oiT. c. 4.
' Les travaux imprimés des Bollandistes s'arrêtent, comme on sait, au 15 octobre; mais ils avaient préparé et coordonné une foule d'extraits et de documenU sur l'histoire des saints de tous les autres Jours, Jusqu'à la fin de
raents, il nous est permis d*adinirer de loin la douce fiuniliarité et la sollicitude maternelle avec laquelle Marie s'associait à toutes les émotions, à toutes les crises qui agitaient le cœur trop tendre et trop scrupuleux d'Elisabeth, et comment elle lui serrait d'auxiliaire dans ces luttes intérieures, si fréquentes chez toutes les âmes prédestinées. Aussi ne craindrons-nous pas de reproduire, tout en les abrégeant, ces récits touchants, ayec la confiance et la pieuse admiration qu'ils doivent exciter dans tout cœur Traiment catholique.
Rien ne saurait surpasser la douce condescendance qiù présida à Torigine de ces célestes communications. Un jour que la veuve affligée cherchait intérieurement son bien-aimé avec ferveur et anxiété, sans pouvoir le trouver, sa pensée vint s'arrêter sur les causes de la fuite de Jésus en Egypte, et elle conçut un vif désir d'en être instruite par quelque saint moine '. Tout à coup la très- sainte Vierge lui apparut, et lui dit : (( Si tu veux être mon élève, moi je serai ta maîtresse ;
Tannée. Cette collection se trouve aujourd'liui à la bibliothèque de Bourgogne, h Bruxelles. Ceux relatifs à sainte Elisabeth, recueillis par les Pères qui voyageaient ad hoc dans divers couvents d'Allemagne à la fin du dix* septième siècle, occupent les deux tiers d'un volume in-fulio de pièces diverses consacrées aux saints du 1 9 novembre. Les passages que nous alloni citer s*y trouvent sous la rubrique suivante : Revelationes beatœ Marias faciœ Elûabethf Jiliœ régit Hungariœ, Une note, qu'il nous a été impossible de déchifn*cr, indique le nom du couvent où ce manuscrit a été trouvé ; mais U comparaison des écritures nous porte à croire qu*il a été copié et envoyé par le P. Wilman, qui a transmis plusieurs autres pièces du même volume, de Wetziar et des environs, où il se trouvait en 1G96. -— M. Stœdtler, dans sa traduction allemande de notre histoire, a reproduit ces révélations dans toute leur étendue : il croit qu*elles ont été rédigées parMarianus Florentinus, chroniqueur franciscain, mort en 1523, et cité à cette occasion par V^adding. Ann. Minorum.
' Die quadam... cum dilectum suum mente devota et anxie qusereret et non posset invenire, cœpit cogitare... Desiderans hoc ab aliquo sancto fhitre audire... Mss. Bolland. Brux.
c( si tu veux être ma serrante, moi je serai ta dame \ » Elisabeth, n'osant se croire digne de tant d'honneur, dit : a Mais « qui êtes-vous , qui me demandez pour élève et pour ser- « vante ^ ? » Marie répondit aussitôt : « Je suis la mère du « Dieu vivant, et je te dis qu'il n'y a point de moine qui a puisse mieux t'instruire là-dessus que moi '. » A ces mots, Elisabeth joignit les mains et les étendit vers la mère des miséricordes, qui les prit entre les siennes et lui dit : « Si tu « veux être ma fille, moi je veux être ta mère; et quand tu a seras bien instruite et obéissante comme une bonne élève, « une servante fidèle et une fille dévouée, je te remettrai entre « les mains de mon Fils. Évite toutes les discussions, et ferme « les oreilles à toutes les injures qu'on dit de toi. Souvienscc toi enfin que mon Fils s'est enfui en Egypte pour échapper « aux embûches d'Hérode ^. »
Cependant une si éclatante faveur ne suffit point pour tranquilliser complètement Elisabeth ; sa défiance d'elle-même ne fit qu'augmenter; mais la mère qui l'avait si généreusement adoptée ne devait plus l'abandonner. Le jour de sainte Agathe (5 février^), comme elle pleurait amèrement sa désobéissance aux instructions de sa divine maltresse, cette douce consolatrice se trouva tout à coup à ses côtés, et lui dit : ce 0 ma fille ! pourquoi cette violente atfiiction! je ne t'ai pas
* Si vis esse mea discipula, ego ero tua magistra : 6i vis esse mea ancilla, ego ero tua domina. Ibid.
' Quœ es tu, quœ me petis in discipulam et ancillam? Ibid.
* Ego sum mater Filii Dei vivi, et dico tibi quod nullus fVater est qui de eo te sciât melius informare. Ibid.
* ma manus junxit et perrexit quas inter suas reeepit Beata Virgo... « Si vif esse fliia, ego volo esse tua mater; et quando eris bene instructa... ego te mittam in manus Filii mei. Fuge contentiones... Recordare quod Filius meus, etc. Ibid.
* Probablement de l'année 1228.
tt choisie pour ma Glle aGn de te faire tant de mal. Ne te dé- « sespère pas, parce que tu n*as pas pleinement obeenré mes a préceptes; je savais bien d*aYancc que tu y manquends. Dis a une fois la salutation que TAnge m*a adressée, et cette ofa fense te sera entièrement remise ^ »
Quelques jours plus tard, à la fête de sainte Scholastique (10 février), Elisabeth pleurait encore, en sanglotant avec violence ^; son infatigable consolatrice vint à elle, accompagnée cette fois de saint Jean TÉvangéliste, Tami spécial et le patron d*enfance de notre Elisabeth. « Tu m'as choisie, » lui dit iVIarie, « pour maîtresse et pour mère, et tu t'es donnée a toi-même à moi ; mais je veux que ce choix de ta part soit a publiquement confirmé, et c'est pourquoi j'ai amené avec tt moi mon bien-aimé Jean '. » Elisabeth joignit alors de nouveau les mains, et les mit entre celles de la reine du del, comme une vassale entre celles de sa suzeraine, et lui dit : <c Faites de moi, Madame, tout ce qu'il vous plaira, comme (( votre servante^. » Puis elle confirma cette donation qu'elle avait faite d'elle-même par serment, et saint Jean en dressa l'acte *.
Une nuit, pendant qu'Elisabeth récitait la Salutation An-
' In festo sanclœ Agathœ dum amarissime fleret... adAiit libi vigilanii dulcissima consolatrix, et dixit : « 0 fllia mea, quare te Tehementer aflligif T Non eniui te elegi in filiani, ut te oflcndam ne de^peres... Ego enim tiene sciebaui quod in ipsis olTenderes. Sed die semel meam salutationem, etc. Mm. BoUand. Bruxcll.
> Dum sic fleret quod a clamoribui non se contlnere poiset. Ibld.
> Gœlestis imperatrix advenit... Tu me elegisti in magistram et matrem, et te ipsam tradidisti milii ; sed ego volo quod ista tua electio Instnimento publico conflrmetur, et ideo mecum dileclum meum Johaoncm duxl. IbM.
* De me tanquam de ancilla vestra, sicut vobis placet, faciatls, domina. Ibid.
3 Donalionem Juramonto ilrmavit, et bealus Jobannes de hoc Instruroentun ferit. Ibid.
gélique, celle à qui elle adressait cette prière bénie lui apparut, et lui dit entre autres choses : « Je tcux Rapprendre (x toutes les prières que je faisais pendant que j'étais dans le <x temple. . . Je demandais surtout à Dieu de Taimer lui-même, a et de haïr mon ennemi. Il n*y a pas de vertu sans cet amour a absolu de Dieu, par lequel la plénitude delà grâce descend c( dans rame ; mais après y être descendue, elle n*y reste pas, c( et s'écoule comme de Teau, à moins que Tâme ne haïsse (( ses ennemis, c'est-à-dire les péchés et les vices. Celui donc c< qui sait bien conserver cette grâce d'en haut doit savoir a coordonner cet amour et cette haine dans son cœur '. Je veux (( que tu fasses tout ce que je faisais. Je me levais au milieu « de chaque nuit, et j'allais me prosterner devant l'autel, où a je demandais à Dieu d'observer tous les préceptes de sa loi, (c et je le suppliais de m'accorder les grâces dont j'avais besoin (( pour lui être agréable. Je lui demandais surtout de voir le a temps où vivrait cette vierge très-sainte qui devait enfanter (c son Fils, afin que je puisse consacrer tout mon être à la « servir et la vénérer *. » Elisabeth l'interrompit pour lui dire : « 0 très-douce Dame, n'étiez-vous donc pas déjà pleine a de grâce et de vertus? » Mais la sainte Vierge lui répondit : <c Sois sûre que je me croyais aussi coupable et aussi misé- (c rable que tu te crois toi-même ; c'est pourquoi je demandais a à Dieu de m'accorder sa grâce '. »
^ Ego Tolo te docere omnes orationes quas ego faciebam dum starem in temple... Ab isto enim amore descendit omnis gratis plenitudo. Postquam autem descendit, non persévérât in anima, sed fluit ut aqua, nisi inimicos SU08, id est, vitia et peccata habuerit odio, etc. Ibid.
* Volo te facere sicut et ego faciebam. Surget>am semper in noctis mecHoj ele... ut faceret me videre tempus in quo nata esset llla sanctisslma virgo qnse DeiFilium pareret... Ibid.
* 0 dukissima Domina, non eratis vos gratia et vlrtutibus plenaf... Pro firmo scias quod ita me reputabam ream et vilissimam, sieut et tu... Ibid.
tt Le Seigneur, » ajouta la lrè»-8ainte Vierge^ « faisait de « moi ce que fait de sa harpe le musicien, qui en ordonne et a en dispose toutes les cordes pour qu'elles rendent un son a agréable et harmonieux , et qui ensuite en joue pendant a qu'il chante. C'est ainsi que Dieu avait mis d'acccxrd avec « son bon plaisir mon âme, mon cœur, mon esprit, et tous a mes sens '. Ainsi réglée par sa sagesse, j'étais souvent em- « portée jusque dans le sein de Dieu par les anges ; et là je (( goûtais tant de joie, de douceur et de consolation, que je ne a me ressouvenais plus d'avoir jamais vu le jour dans œ <& monde. J'étais en outre si familière avec Dieu et les anges, « qu'il me semblait avoir toujours vécu avec cette cour glo- (c rieuse ^. Puis, quand il plaisait à Dieu le Père, les anges c( me reportaient au lieu où je m'étais mise en prière. Lorsqpie (c je me retrouvais sur la terre , et que je me rappelais où « j'avais été, ce souvenir m'enflammait d'un tel amour de (c Dieu, que j'embrassais la terre, les pierres, les arbres et a toutes les choses créées, par affection pour leur créateur. a Je voulais être la servante de toutes les saintes femmes qui a habitaient le temple ; je souhaitais d'être soumise à toutes Ci les créatures , par amour pour le Père suprême, et ceci (( m'arrivait sans cesse '. Tu devrais faire de même. Mais loi
1 De me faciebat Dominus 8icut citharista de cithare multamm eordarum, qui, etc..., etpostea cantat cum ipsa. Sic Deus meam animam. etc... Ad amuu beneplacitum concordaTerat.
* Sic ipsiua sapientia ordinata, ad ainum Dei Patris portabar ab angelia, H ibi recipiebam tantam consolatiooem et gaudiom, etc... Tantam iniuper DunJliaritatem habebam cum Deo et angelia suIb quod videbatur mihi »eB|mstetiflse in illacuria gloriosa.
s Revena in terram... ex bac recordatione divini amoris ignita ioceodlo, terram et lapides, ligna et creaturas ampleiabar et osculabam illius amore qui ipsaa creaverat, et videbatur mihi esse ancilla omnium dominarum qam amnt in templo, et optabam subjici omnibus creaturis propter amorem Mpremi Patris. U>. — Les mêmes expressions à peu près dans Waddiog, J. c.
tt tu discutes toujours, en disant : Poiarquoi m'arrive^t-il de <c telles faveurs^ quand je suis indigne de les recevoir? Et c( puis tu tombes dans une sorte de désespoir, et tu ne crois « pas aux bienfaits de Dieu ' . Aie soin de ne plus pailer ainsi, ic car cela déplaît beaucoup à Dieu ; il peut donner, comme « un bon maître, ses bienfaits à qui il veut, et, comme un a sage père, il sait bien à qui ils conviennent. Enfin, » lui dit en terminant la divine institutrice, a je suis venue à toi par <( une grâoe spéciale; je te suis donnée pour cette nuit; inter- (( roge-moi en toute sécurité, je répondrai à tout ^. » Elisabeth n*osa d*abord pas user de cette faculté; mais Marie l'ayant une seconde fois exhortée à l'interroger, elle hasarda cette question : « Dites-moi donc. Madame, pourquoi vous « aviez un si violent désir de voir la vierge qui devait enfance ter le Fils de Dieu ^ ? )> Alors la sainte Vierge lui raconta comment, en cherchant à se consoler de l'absence des grâces surnaturelles dont elle venait de parler, elle avait été conduite par la lecture des prophètes à cette idée ; comment elle avait résolu de consacrer à Dieu sa virginité, afin d'être plus digne de servir cette vierge prédestinée; comment enfin Dieu lui avait révélé que cette vierge n'était autre qu'elle-même ^. Quelque temps après, comme Elisabeth priait avec ferveur, sa tendre mère lui apparut de nouveau, et lui dit : « Ma fille, « tu crois que j'ai eu toutes ces grâces sans peine, mais il n'en
> Sed tu semper liligas, dicens: QuQre, etc.. et in quadim desperatione cadeni, beneflciaDei non credis. Cave ne ulteriufl sic dicai... Ipte enim sicut bonus et sapiens domiuus, etc... U>id.
* Ego veni ad te de spedali gratia ; bac nocte, data sum tibl. Interroga igUur secure, quia de omnibus re^pondebo. Ibid.
' Dicite mihi, Domina, quam ob causam eœpisUs vos tanto deiiderio, etc. Ibid.
^ Nous avons renvoyé à l'Appendice n*' v le texte de ce récit, trop looi» pour être inséré ici.
« est pas ainsi. En yérité, je te dis que je n'ai pas reçu de « Dieu une seule de ces grâces sans beaucoup de peine, sans c( une prière continuelle, un ardent désir, une profonde dé- « Yotion, beaucoup de larmes et d'épreuYes^ Sois certaine c( qu'aucune grâce ne descend dans Tâme que par Toraison et « la mortiGcation du corps. Lorsque nous avons donné à Dieo i< ce que nous pouvons par nous-mêmes, quelque peu que ce « soit, il vient lui-même dans notre âme en portant avec lui « ces dons suprêmes qui font en quelque sorte défaillir Tâme, (( et lui ôtent la mémoire de tout ce qu'elle a pu faire d'ace gréable à Dieu. Elle devient alors plus vile et plus mépri- « sable à ses propres yeux que jamais '. Et que doit faire « rame alors? Rendre dévotement grâces à Dieu de ces h- « veurs. Quand Dieu voit que Tâme s'bumilie et le remerde, c( il lui fait des promesses si hautes qu'elles dépassent infinice ment tous les vœux secrets de l'âme '. C'est ainsi qu'il en ce a agi envers moi quand il m'a envoyé son archange Gac( briel. Qu'ai-je fait alors? je me suis agenouillée, et en joic< gnant les mains j'ai dit : Voici la servante du Seigneur : ce qu^il me soit fait selon sa parole. Alors Dieu me donna ce son Fils et les sept dons du Saint-Esprit : et sais-tu pource quoi? parce que j'avais cru en lui et m'étais humiliée dece vaut lui ^. Je te dis ces choses, ma fille, parce que je veux ce que tu te corriges de ton défaut de foi et d'espérance. Lors-
* Filia, tu credis quod omnem gratiam habuerini sine labore ; sfd non est ita. Imo dico tibi,etc. Mss. BoUand. Bnix.
' Postquam dederimus Deo quod per nos possumus, licel sint panra, Ipte venit In animam secum, ferens illa alUsaima dona, etc. Ibld.
' Et quid débet facere anima? Quando videt Deus quod anima M ipoon humiliât, etc. Tune facit taies et tantas promissiones, ete. Ibid.
^ Ita faciebat mihi... Ego Tero quid feci? genuflexi, et Junclis manllms dixi... Tum donavit mitii, ete... Et scis quare fecit? Quia sibi credidi, et me ipsam humiliairi. U>id.
« que le Seigneur t'aura fait une promesse, dis comme moi : « Voici la servante^ etc., et reste dans la ferme foi et Tattente « de cette promesse, jusqu'à ce qu'elle soit accomplie : et si c< elle ne s'accomplit pas, dis-toi que tu as commis quelque « faute contre Dieu, par où tu as cessé de mériter ce qu'il t'a « promis*. »
Pendant la vigile de Noël, Elisabeth suppliait le Seigneur de lui donner la grâce de l'aimer de tout son cœur : la sainte Vierge lui apparut encore, et lui demanda : « Qui est-ce qui «aime Dieu? Toi, l'aimes-tu?» L'humble Elisabeth n'osa pas l'affirmer, et ne voulait pas le nier. Pendant qu'elle hésitait à répondre, Marie continua : « Veux-tu que je te dise <i qui l'a aimé? le bienheureux Barthélemi l'a aimé, le bien- « heureux Jean et le bienheureux Laurent l'ont aimé; veuxc< tu, comme eux, te laisser écorcher et brûler vive *? »
Elisabeth se taisait encore, et Marie reprit : « En vérité je « te dis, si tu consens à être dépouillée de tout ce qui t'est « cher, précieux ou aimable, et même de ta propre volonté, c< moi, j'obtiendrai pour toi le même mérite qu'eut Barthé- « lemi lorsqu'on le dépouilla de sa peau. Si tu supportes pa- « tiemment les injures, tu auras le même mérite que fjuurent « quand il fut brûlé ; si tu ne réponds rien aux reproches et a aux injures, tu auras le même mérite que Jean lorsqu'on « voulut l'empoisonner : et dans tout cela je serai là pour (1 t aider et te fortifier*. »
Un jour qu'Elisabeth pensait à toutes ces prières que la
> H»c, fllia, ideo tibi dico, quia de modica flde et spe quam Iiabes vulo quod te emendes... dicas : Aliquod contra Dominum feci, etc. Ibid.
* Quis est qui Deum diligit? Diligis tu eum? Vis ut ego dicam tibi qui» eum diligit? Dilexit eum beatus... Visne tu dimittere te decoriari etexuri?
' In veritate dico tibi quod si tu dimiseris tibi conrerri quicquid, etc.. Ego acquiram tibi meritum quod babuit B. Bartholomœus pro decoriationo Hua... Kt ad omnia ista tecum ero adjuvaiis et conrortans te. Ibid.
auvnrt. VII. ^ Sainte Élitabetti. I. 26
sainte Vierge lui disait a\oir faites dans le temple, et qu'elle se demandait pourquoi cette âme immaculée avait soUîdté des grâces qui ne lui manquaient pas, Marie Tint elle-même lui répondre, avec une infinie douceur et une extrême fami* liante ' : « J*ai fait , » dit-elle , « comme Thomme qui veut c( faire une belle fontaine. 11 va au pied d*une montagne, et a il examine soigneusement d*où s*élancent les sources d'eau ; tt il creuse jusqu'à ce qu'il les ait trouvées, et puis il les dîa rige vers le lieu où il veut élever sa fontaine. 11 orne et a puriGe ce lieu pour que l'eau y reste pure et claire; il eo- « toure sa fontaine d'un mur; il y construit une colonne, et a tout autour des canaux par où l'onde puisse s'échapper « à larges flots pour la consolation de tous^. J'en ai agi de n même; j'ai été à la montagne, quand je me suis mise à « étudier la loi. J'ai trouvé la source, quand la lecture et la « prière m'ont révélé que la source de tout bien est d'aimer « Dieu du fond du cœur. J'ai préparé l'emplacement, quand (( j'ai conçu le désir d'aimer tout ce qu'il aimait. J'ai voulu u que Fcau fût claire et pure quand j'ai résolu de fuir et de Cl haïr le [>éché. Je l'ai entourée de murs lorsque j'ai insé- « parablcment uni l'humilité, la ])atience et la mansuétude « par le feu de la charité, et que je les ai conservées ainsi c< unies jusqu'à ma mort. J'ai élevé la colonne et construit (c les canaux d'écoulement, quand je me suis posée conune « le refuge universel : car je suis toujours prête à verser les (( consolations et les grâces d'en haut à grands flots sur tous a ceux qui m'invoquent pour eux-mêmes ou pour d'autres '.
> llcspoudil Domina nostra cum muHa jucunditate «( leUUa et fiunUiaritmte.
' £go feci Bicut fccit homo qui vult facere pulchrum fontein. Vadit ad radiées muiitiâ, etc.. Circulariter coUocal cannellas per quas egrediatur aqua largitisime ad solatium singulonim.
* Sic egu faciebaui. Tune ego ivi ad montem quando atudui dlacere legeuî. Tuni* \enani inveni quando, etc.. Tune muros ercxi undique quando vir^
« Je t'ai révélé, » dit-elle en terminant, « très-chère fille, « toutes les prières qjae je faisais, afin que tu apprennes par « mon exemple à demander à Dieu avec confiance et hu- « milité tout ce qui te manque. Sais-tu pourquoi les vertus « ne sont pas également réparties entre les hommes? Parce « que les uns ne savent pas les demander avec autant d'huit milité, ni les conserver avec autant de soins que d'autres : <( c'est pourquoi Dieu veut que celui qui en est dépourvu soit (( aidé par celui qui les possède. Et moi je veux que tu puisses (t prier avec ferveur et dévotion pour ton salut et pour celui « des autres ^ »
Ces doux entretiens terminés, Elisabeth vit un jour un superbe tombeau couvert de fleurs, d'où sortit sa divine consolatrice pour s'élever au ciel au milieu d'anges innombrables qui la conduisaient entre les bras de son Fils ; un ange vint lui expliquer cette vision de l'Assomption *, qui devait être à la fois une faveur d'en haut pour la soutenir dans ses malheurs actuels, et un doux présage de la gloire que Dieu lui réservait, comme à Marie, si elle restait jusqu'à la fin fidèle et docile à sa volonté.
L'humble servante du Christ, en racontant toutes ces merveilles, disait qu'elle les avait vues et entendues avec une évidence intime et si claire de leur réalité, qu'elle aimerait mieux mourir que de nier leur existence *.
tutem humililatis, patientise, benignilatis et mausuetudinis calore charitaliB iguilas et conjunctas usque ad vitœ exitum inseparabiliter conservavi... Parata sum omnibus pro se vel pro aliis postulantibus subsidium et solatium impertiri gratisflime.
1 Proptcrea, charissima fllia, orationes quas ego raciebam tibi revelavi... Scis quare virtutes non sunt œquanimiter dais? Quia nescit una persona, etc.. Dico tibi quia voie, te pro tua et aliorum salute orare sollicite et dévote.
* Supplément au manuscrit de Tliéodoric, à Cassel.
' Quœ autem ita lucide audivit ancilla Christl et apertissime vidit praedicta, quod dicebat se potius mortem eligere quam negare, vera non esse. Mss. Boll.
C'est ainsi que Dieu commençait déjà à payer de retour sa fidèle servante. 11 se donne lui-même pour époux à la yeuTc solitaire ; à la jeune femme découragée et troublée, il donne pour maîtresse et pour mère celle qui est à la fois la mère des douleurs et des miséricordes ; à Tâme qu'il a dépouillée de tous les biens de la terre, il ouvre dès ici-bas les impérissables trésors du ciel.