V. NUMISMATIQUE
Il existe dans les collections de numismatique, en Allemagne, des monnaies d'argent dites deniers d! Elisabeth y qui, selon la tradition, furent frappées par son ordre, lorsque son confesseur lui eut défendu de donner aux pauvres plus d'un denier à la fois. Quelques-unes de ces pièces, très-minces, étaient portées par ceux qui l'avaient choisie pour leur patronne spéciale. — D'après le traité du landgrave Guillaume le Clément avec les quatre électeurs du Rhin, en 1502, on devait représenter la ligure de la Sainte sur la monnaie officielle des États de ces princes. Aussi rencontre-t-on souvent des pièces d'argent qui portent la figure d'Elisabeth en pied, tenant son église à la main, avec cette légende : Sancta Elisabeth gloria reipublicœ, 4502; sur le revers se trouvent les armes, le nom et les titres du souverain '.
^ On peut voir la représeutaUon fidèle de ces pièces dans Koch, Hist. Erxœhlung von WarU)urg, flg. xi.
Au cabinet des médailles de Gotha , on en montre or, dont la face porte le buste de la Sainte, arec cette l Elisabeth filia Andreœ régis Bungariœ obiii JUarimn }fCC\.\X/; sur ce revers il y a une église avec deu et pour légende : Di$persii , dedù pauperibus , jiut manet in seculwn ' . On prétendait que cette médaille î frappée lors de ses obsèques; mais on a découvert qu'elle avait été fabriquée par un juif au commence] seizième siècle.
' Cette mécUUIe est égilemenl gnTée dans Koch, ainsi que danf
l APPENDICE. 336
et
Nous croyons devoir ajouter aux notes qui précèdent ^ uz notice qu'on a bien voulu nous fournir sur un édifice remarquable consacré à la gloire de notre Sainte , dans sa patrie même.
NOTICE SUR l'Église de sainte -Elisabeth a kaschau (cassoyib) en
HONGRIE , PAR LE DOCTEUR ÉMÉRIC HENSZLMANN ; EXTRAITE d'uNE monographie de CETTE ÉGLISE QUI A PARU EN LANGUE HONGROISE. A PESTH, EN 1846, AVEC GRAVURES IN-FOLIO.
Le plus ancien document qui concerne cette église est une bulle du pape Martin IV, qui fait mention d'un certain Aik uold comme rector ecclesiœ de Cassa , et qui est conservée aux archives de la ville. Cette bulle est de Tannée 1 283. Etienne V, plus tard roi de Hongrie, fut, en sa qualité de prince hérécjU^ taire, chargé par son père Bêla IV de l'administration d'un tiers du royaume, et résida à Kaschau depuis 1250 jusqu'c;^ 1270. Il était neveu de sainte Elisabeth, et put bien, par la seule raison de cette parenté, être porté à construire, dans U ville où il habitait, une église en l'honneur de sa tante caACHnisée ; il dut le faire d'autant plus volontiers que Kaschau , ravagée comme le reste de la Hongrie par les Tartares en 124i, se repeuplait par des colonies venues de la Thuringe. Il était d'ailleurs plein de bienveillance pour les habitants de ce lieu, qu'il éleva au rang de ville libre ou royale.
Une crypte ou église souterraine qui se trouve, non pas
SOUS le chœur, mais sous l'extrémit nord , indique par son existence , el des arceaux de la voûte, qu'elle a zième siècle. Dans des temps plus r cette crypte en caveau sépulcral ; el brée de cercueils murés dans les connaître exactement ni son étendi Toute la disposition de la partie i tient plutôt à l'école française qu' quelque construction gothique en de la présence de maître Villars d Taillé en Hongrie vers le milieu i évidemment notre église, dont la production Imparfaite du chœur de Hais le projet primitif ne fut pas que Etienne V, devenu roi en 127*, et comme il mourut l'année suivan travaux demeurèrent suspendus, crypte, et tout au plus les fondai pourtour.
La tradition et le style de l'églisi les travaux ont dû être repris ent furent continués au quinzième siëc zième. Le portail méridional , lee haute, ainsi que le pignon du tran lustrades, sont de cette dernière é ce fut Elisabeth , femme du roi Cl roi Louis le Grand, qui a continué '.
en l'honneur de sa patronne, saintf
bablement déterminée par les fréquentes visites qu'elle fit à la ville de Kaschau dans le cours de ses voyages en Pologne, sa patrie. Malgré leur état de dégradation , on veut reconnaître dans trois statues placées sous le pignon du transept nord , celles des rois Charles et Louis , et celle de la reine Elisabeth.
Le nouvel architecte , qui était probablement Allemand , changea Tancien plan français , mais en conservant la partie déjà exécutée; c'est ce qui explique le mélange de styles divers qui se fait remarquer dans toute l'église, et surtout dans la partie orientale. Celle-ci se compose de cinq chapelles, dont celle du milieu est, d'après Tusage ancien, plus longue que les quatre autres. Ces cinq chapelles étaient placées de manière à rayonner autour d'un chœur intérieur.
L'architecte du quatorzième siècle s'écarta de ce plan primitif en ne conservant, pour servir de chœur, que la chapelle centrale, et fit ouvrir les quatre autres directement sur les bas-côtés de la nef. Le chœur se trouve ainsi sacrifié à une prolongation anormale de la nef; le transept ne dépassa pas cette nef en largeur, et le plan cruciforme de l'église ne fut plus visible que par l'élévation plus grande des voûtes de la nef centrale et de deux travées des bas côtés.
Cette église se distingue des autres constructions contemporaines par le style particulier de ses contre-forts et de ses portails , et par son admirable tabernacle.
Chaque contre-fort du chœur se compose de cinq clochetons superposés , disposés de façon à ne former du haut en bas qu'une seule ligne diagonale non interrompue, qui répond à la poussée des voûtes intérieures. Ces clochetons ou pinacles
Œuvres. Vlil. — SûnU ÉliMbeth. il. 29
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sont garoii de crochets on bouq fouillés. Les contre-forts des auti sur le même principe, mais n'ont posés, au lieu de cinq.
Je ne connais pas d'autre monu cutée d'une manière aussi intel] contre-forts les plus riches des sont inférieurs sous ce rapport à i Les cinq portails de notre égli.
Le plus ancien et le plus beau d Dans le tympan ogival qui surmoi glise, on voit, sculpté en haut-relie posés, le Jugement dernier, sujet q au tympan du portail de la façade dessus de cette sculpture on en tro étage et richemeut encadrées. Quati divers traits de la vie de la Sainte diée. Dans les deux du bas, on la v des malades , et distribuant des al celle du milieu, elle parait eu pr Tantes, tandis que dans la quatrièr le landgrave Louis, se rendant à l'i quiéme sculpture représente le S deux larrons ; un ange reçoit l'ftoi diable arrache celle du mauvais lai sionnée.
Le portail du midi appartient à thique, comme l'annonce, du reste, ^avée. Un porche y fut ajouté un [
^ tenir le mur du transept, qui a des lézardes considérables. ^ La clef de la voûte de ce porche est remarquable par sa har- ^ diesse; il n*y a point de sculptures de ce côté. La façade occidentale a trois portails. Les deux portails latéraux sont plus petits et plus simples que celui du milieu ; ils n'offrent pour décoration, dans leurs tympans, que des guirlandes de feuilles et de fleurs : ils ont en outre des pignons fort élevés, flanqués de pinacles. Le portail central contient dans son tympan trois bas-reliefs superposés : en bas, le Baiser de Judas et la Prise de Jésus ; au milieu, le Corps du Sauveur sur les genoux de Marie, entourée des saintes femmes en pleurs; enfin, tout au haut, la sainte Face de Notre-Seigneur, empreinte sur le voile de sainte Véronique, et portée par deux anges.
Un tabernacle de 53 pieds de haut se trouve à l'entrée du chœur ; il est construit dans la forme d'un hexagone régulier, dont on ne voit que quatre côtés entiers et deux demicôtés, à cause de la saillie du pilier contre lequel s'appuie le tabernacle. Aux six côtés de la base répondent six étages ou divisions en hauteur, sans compter la flèche avec son bouquet, qui termine ce monument. L'étage inférieur se compose d'un étroit massif central flanqué de quatre piliers dégagés , qui donnent une grande légèreté à l'ensemble : ils supportent le second étage, où se trouve la chambre ou le tabernacle proprement dit, destiné à contenir l'ostensoir, et fermé par un grillage en fer contemporain de l'œuvre architecturale. .Tout le reste de l'édifice repose sur la voûte de cette chambrette. En effet, sur la clef de cette voûte s'élève une grosse colonne isolée, laquelle supporte les quatrième, cinquième et
sixième étages. Autour d'elle se développent des coDtresurmontés de clochetons avec statuettes , pinacles et ai ornements, formant le troisième étage de la construci Cette colonne est si artistement cachée par- les contre-for les clochetons latéraux , qu'on ne peut voir d'aucun poii forme simple et cylindrique, laquelle n*est pas en barm avec le reste de Tédifice ; on ne peut la découvrir qu'en n tant sur une échelle appuyée contre le tabernacle mémi en arrivant ainsi à la hauteur du troisième étage.
On a imaginé celte colonne isolée en cet endroit, afii diminuer les poids de la masse des pierres des étages si rieurs, qui reposent tous sur la voûte du deuxième étage, ce moyen , l'architecte a su donner à cette construct malgré sa réelle légèreté, un aspect solide et majestueus sorte que l'on croit avoir devant soi une véritable tour ne saurait assez admirer l'habileté du parti qu'on a tiré < pierre employée dans cette œuvre, en même temps que 1 gance des formes, surtout dans les contre-forts, qui onl pinacles tout à fait différents de ceux qu'on voit partout leurs au quinzième siècle. Au lieu des formes contournée cette époque, on ne trouve ici que de simples lignes dn et obliques, se dirigeant vers le haut de l'édifice. C'est p^ que ce tabernacle peut dignement se placer à côté des anc contre-forts de l'église. Des statuettes qui l'ornaient au fois , trois seulement existent encore , et parmi elles celh sainte Elisabeth , qui relève un drap , afin de montrer à mari les roses cachées dans sa corbeille.
L'érection de ce tabernacle, le plus admirable peut-être tous ceux que le moyen âge nous a légués» date de l'année 1 1
APPENDICE. 3i1
époque à laquelle le roi Mathias Corvinus dispensa pour dix ans la ville de Kaschau des étrennes qu'elle devait lui donner chaque année, mais à la condition de les employer à la continuation de la construction de l'église. Vers ce temps, le nom de l'architecte Etienne Crom se trouve mentionné dans d'anciens comptes, ce qui permet, selon toute probabilité, d'attribuer le plan du tabernacle à cet architecte. Je trouve aussi un maçon nommé Crom dans les comptes de la cathédrale de Vienne, et deux autres, Nicolas et Gaspard Crom, avec le suinom de « Kaschau, » vers 1430, et un peu plus tard. On voit clairement par là où Crom avait acquis son talent, puisqu'on travaillait justement, à l'époque de son séjour à Vienne, aux deux tours de la cathédrale ; on comprend aussi comment ce séjour et les travaux postérieurs de cet architecte ont pu donner naissance parmi le peuple de Kaschau à la tradition que l'on y conserve encore aujourd'hui , et d'après laquelle la tour de Saint-Étienne de Vienne n'est que la reproduction du tabernacle de l'église de Sainte-Elisabeth à Kaschau. Enfin on s'explique, par le don du roi Mathias, le nom de colonne de Mathias j que porte tantôt le tabernacle, tantôt une colonne en hélice placée à l'entrée du portail méridional.
On ne trouve la mention d'aucun architecte plus ancien que ce Crom pour l'église de Kaschau , à moins que l'on ne rattache, comme nous l'avons dit plus haut, sa fondation au séjour de Villars de Honnecourt en Hongrie.
Sur le maltre-autel de cette belle église , on voit un grand rétable contenant quarante-huit tableaux à Thuile, du célèbre maître allemand Michel Wohlgemûth ou de ses élèves : douze
d'entre ces tableaux représentent divers traits de la sainte Elisabeth, et sont réputés parmi les meilleures ] tions du maître.
Nous terminerons cette énumération par une ind détaillée de la Collection des Monuments de Vhistoire à Elisabeth, recueillis par nous, et publiée par M. Bo 4837, in-folio. En voici la table des matières, d'après prescrit par Thistoire de l'art.
FROKirSPICE.
Introduction. De Vétat actuel de Vart religieux.
{^ icOLE CATHOLIQUE ITAUniNE.