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Launoy, Régit Navarrx gymnasii historia , p

compagnies, nommées nations, parce qu'on y était distribué d'après le pays auquel on appartenait. Il y avait la nation de Normandie pour les Normands et Manceaux, la nation de Picardie pour les. Picards, Artésiens et Wallons, la nation d'Allemagne pour tous les étrangers de langue germanique, y compris les Anglais et Écossais, enfin la nation de France pour les Parisiens, pour les Français de toutes les provinces à l'est, à l'ouest et au sud de Paris, et encore pour les étrangers des divers États méridionaux. Un doyen était à la tête de chacune des trois grandes facultés", un procureur à la tête de chaque nation.

Le recteur gouvernait la Faculté des arts tout entière, et en même temps l'Université. Les affaires courantes de l'une et de l'autre se traitaient à son tribunal, où il siégeait chez lui, trois fois par semaine, assisté des chefs des nations et de ceux des Facultés. Les questions importantes étaient réservées pour les assemblées générales, qu'il allait présider aux Mathurins 1 une fois par mois, ou davantage,- s'il le fallait. Ses fonctions n'étaient pas de longue durée : il devait être changé tous les trois mois, sans qu'aucune considération de mérite ni prétexte d'intérêt public pût le faire réélire, car, comme on voulait avoir en lui un chef et non un maître, on jugeait prudent de ne pas le continuer au pouvoir, de peur qu'il n'en prît le goût. La loi qui prescrivait cela fut religieusement observée tant que l'Université conserva le sentiment vrai de l'association, tant qu'elle

4. L'église de ces religieux, où l'Université tenait ses assemblées, formait l'encoignure des rues Saint-Jacques et des Mathurins.

ne fut ni entamée ni déformée par l'arbitraire des rois; et Ton ne peut pas dire qu'elle en ait jamais ressenti d'inconvénient sérieux. L'unité de gouvernement était maintenue par l'esprit de corps ; d'ailleurs un fonctionnaire perpétuel et sans apparence, le scribe (plus tard greffier), toujours présent au tribunal du recteur et à l'assemblée, servait de guide pour les détails de pratique.

La Faculté des arts contribuait seule à l'élection du recteur, qui était une élection à deux degrés. Les maîtres, réunis dans l'église de Saint-Julien le Pauvre ! , choisissaient parmi eux quatre électeurs, un de chaque nation, qu'on appelait les intrants, parce qu'aussitôt qu'ils étaient nommés, ils entraient en conclave. 11 fallait qu'avant la fin du jour ils eussent désigné le nouveau-recteur. Leur choix s'arrêtait d'ordinaire sur un professeur recommandé par son enseignement et par sa bonne conduite, mais en qui l'âge n'eût pas mis trop de circonspection. Pour tenir une magistrature où il n'y avait qu'à régler l'impulsion, sans pouvoir rien faire par soi-même, une main hardie était réputée la meilleure.

Dès que les intrants avaient proclamé leur élu, celui* ci était inauguré au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit par son prédécesseur, qui lui mettait le béret sur la tête, la mante fourrée d'hermine sur les épaules, et en écharpe un sachet de velours où était le sceau de l'Université avec les clefs de la caisse commune.

1 . Église inconnue aux Parisiens, quoiqu'elle existe encore. Elle se trouve dans la rue Saint-Julien le Pauvre, et est affectée au service de l'Hôtel-Dieu.

Alors un jeune homme, dont Tunique fortune était souvent les habits qu' il avait sur le corps, devenait non -seulement l'arbitre de ses consorts, mais encore un personnage important dans TÉtaf. S'il était appelé au parlement, il siégeait à côté des barons; s'il mourait dans l'exercice de ses fonctions, il était enterré à Saint-Denis avec les rois; si les privilèges du corps avaient été violés, il pouvait suspendre à la fois les exercices scolaires et la prédication, c'est-à-dire jeter l'émeute dans la ville et le trouble dans les consciences 1 .

Telle était la dignité à laquelle Étienne Bonet fut appelé le 23 juin 1 483, par l'élection la plus régulière et la mieux accueillie. 11 n'eut pas l'ennui d'entendre les huées de la foule ni de voir des coups se distribuer à son occasion, comme cela arrivait quelquefois; les nations au contraire lui donnèrent à l'envi le témoignage de leur satisfaction. Au dire des Picards, la sagesse et l'éloquence mêmes avaient été couronnées en sa personne. Les Allemands furent d'avis que l'Université ne pouvait pas avoir pour chef un plus grand homme, et ils votèrent des remerciments aux intrants qui l'avaient choisi. Étienne Bonet, voyant l'assistance si bien disposée en sa faveur, la pria, comme d'une grâce qui mettrait le comble à sa reconnaissance, de vouloir bien l'accompagner jusqu'à son collège. On se rendit à sa requête avec d'autant plus d'empressement qu'on savait ce qu'il y avait au bout. Le meilleur vin de Sainte-Barbe avait été tiré, et des tables couvertes

4. Thurot, D,e l* organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris au moyen âge, p. 19; Robert Goulet, Compendium de multiplici parisiensis Universitatis magnificentia ; Duboulay, Historia Univ., t. V, p. 550.

de pots et de gobelets attendaient ceux qui feraient l'ascension de la montagne*.

Le rectorat de notre principal tombait sur la fin de Tannée scolaire. Il fut paisible. Le seul événement d'importance qui le signala, la mort de Louis XI, n'était pas de nature à jeter la perturbation dans l'Université. On n'eut qu'à poursuivre auprès du nouveau gouvernement la confirmation des privilèges, et on se félicita de le trouver sur ce point de meilleure composition que celui du feu roi*.

Les registres de la Faculté de médecine nous apprennent qu'Etienne Bonet fut reçu licencié en 1484, et qu'il devint, l'année suivante, l'un des quatorze docteurs-régents qui enseignaient Vart de guérir à Paris. Sans l'excessive rigueur avec laquelle la Faculté maintenait l'observation de ses statuts, il serait arrivé là deux ans plus tôt, car il s'était présenté à la licence dès 1 482 ; mais, pour n'avoir pas accompli divers actes surabondants de l'examen, il fut refusé. Ni ses larmes, ni la bonne amitié avec laquelle ses concurrents proposèrent d'attendre qu'il se fût mis en règle, ne purent attendrir les juges. Il fut remis à la promotion suivante, c'est-à-dire à deux ans, parce que les licences en médecine ne se conféraient que les années paires*.

Ce ne fut pas le seul désagrément qu^l eut avec les examens. Pour ceux de ses élèves, il fut obligé de se mêler, en 1487, à l'un des procès incessants que ces épreuves engendraient dans la Faculté des arts.

1. Archives de l'Université, registres n° 10, fol. 82, et n° 11, fol. 227

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