Registre de la Faculté de médecine , n° 3 , p
Voici ce qui dous le donne à penser.
En 1 509 un professeur de Sainte-Barbe, publiant un livre de classe, fit hommage de ce livre « au maître consommé en rhétorique et en poésie, Jean Sallrion (ou Sautrion), l'honneur du Nivernais. » Ces expressions ne sauraient désigner un simple régent de collège, à cause de ce qui se lit dans le reste delà dédicace. Le personnage était pourvu de ses grades en théologie, et * avait déjà accompli une carrière brillante dans renseignement. On s'indigne que la cour de Rome l'oublie dans la distribution de ses grâces, qu'elle prodigue cependant à des malappris et à des ânes ; on parle de la considération dont il jouit jusque dans les possessions étrangères de la France, comme si l'on voulait rappeler des relations universitaires qu'il aurait eues avec la Lombardie, cédée à Louis XI l depuis quelques années ; enfin on dépeint la joie que le jeune troupeau qu'il gouverne éprouve à le voir revenir après une absence 1 . A ces enseignes ne serait-on pas tenté de reconnaître un monarque de la dynastie des Lenormant? Si la critique exige qu'avant de figurer comme tel dans nos fastes, Jean Saltrion se présente avec des titres plus solides, elle ne doit pas non plus négliger un indice qui a de la valeur, vu le dénùment de preuves où l'on est que le sceptre ait passé directement des mains de Pierre de Fontenay en celles d'Antoine Pelin.
Celui-ci n'était qu'un plébéien, qui s'était élevé par
1 . Épître et décastique de Gui de Fontenay, en tète de l'ouvrage intitulé : Conducibilium opprime srnonrmorum et ad cornmunem sermonem accommodatissimorum liber.
. DE SAINTE -BARRE. ^ 6î>
son mérite au gouvernement de la communauté des Cholets. Pour avoir fait creuser dans ce collège un puits dont il concéda l'usage aux habitants des maisons voisines, il fut célébré comme l'un des bienfaiteurs de la montagne. Le versificateur Valeran de Vaurains, qui était le Virgile de l'Université du temps de Louis XII, a fait là-dessus le dithyrambe que voici :
« Ce qu'il y a de fumeux dans la coupe bachique, l'eau des Cholets le dissipe par son mélange. Tandis que le soleil accomplit sa course pour se rendre des régions de l'aurore chez les Ibériens, une foule babillarde tourne la poulie pour faire monter le précieux liquide. 11 fait les délices des tables frugales par le tempérament qu'il apporte aux ardeurs du vin. La troupe des nymphes s'incline devant celje qui la fournit, et la tient pour une divinité supérieure*. >r
Aujourd'hui ce puits si fameux, dont le diamètre et la profondeur justifiaient la reconnaissance du quartier, se cache ignoré* sous le jardin du lycée Louis-le- Grand; mais il y a quarante ans, il apparaissait encore dans toute sa gloire, surmonté d'un baldaquin en fer, qui était un chef-d'œuvre de serrurerie.
Lorsque Antoine Pelin eut quitté les Cholets pour Sainte-Barbe, il eut la satisfaction de voir les insignes du rectorat apportés de nouveau dans l'enceinte du collège par maître Foursy de Cambrai, l'un de ses régents de philosophie*; mais en même temps que celte bénédiction tombait sur la maison, il arriva d'un au-
1 . De laudatissima collcgii Choletxi aqua cul Ant. Peligneum , domus priorenij carmen y à la suite du Carmen de expugnatione genuensiy Paris, 1507.