Duboulay, Bist. Univ., t. VI, p
2. De Bcauvillé, Histoire de la ville de Montdidier, t. III, l>. 209.
pour refaire entièrement une instruction très-défectueuse qu'il avait reçue à Clermont en Beauvoisis par la volonté de sa mère. Cette mère était de celles qui ne veulent, pour aucune considération, se séparer de leurs enfants. Lui, cependant, qui se sentait appelé à devenir quelque chose, soupirait après des mai* très plus habiles que les siens. Par ses instances il mit son père de son parti, et obtint d'être envoyé à Paris 1 .
11 avait alors dix-sept ou dix-huit ans ; il en aurait eu vingt-huit s'il fallait en croire son biographe Guillaume de Plancy, qui le fait mourir à l'âge de soixante- .deux ans, son décès ayant eu lieu en 1 558 , et son entrée à Sainte-Barbe en 1523. Mais il est plus sûr de se régler sur Tépitaphe qu'on avait gravée au-dessus de sa sépulture, dans l'église de Saint-Jacques la Boucherie. On y lisait qu'il vécut cinquante-deux ans, vixit annos HP. Cela met le commencement de sa vie universitaire à un âge où l'on s'explique mieux l'opposition qu'il eut à surmonter de la part de sa famille , car ce n'est pas un homme approchant la trentaine qu'une mère retient à la maison lorsqu'il en veut sortir.
Fernel, en s'éloignant de Clermont, avait juré à ses parents qu'il saurait bien, par sa diligence, réparer le temps qu'il avait perdu. 11 tiut parole. Au bout de deux ans il passa ses examens de licence de manière à se
1. Fita Fernelii, scriptoreG. Plantio, Cenomanno, D. med. y en tète de VUniversa medicina Joannis Fernelii. C'est de cel te source qu'ont été tirés la plupart des renseignements qui suivent.
2. Vilain, Essai d'une histoire de la paroisse de Saint-Jacques la Boucherie, p. 180.
faire remarquer de plusieurs priucipaux, qui le sollicitèrent de venir enseigner chez eux. Mais ce petit succès ne répondait pas à son ambition. Atteint de l'influence qui semble avoir couru dans l'air en ce temps-là, et décidé à en savoir plus long que n'exigeait là faculté des arts, il ajourna ses débuts dans l'enseignement jusqu'à ce qu'il eût acquis la connaissance des auteurs. Alors on le vit se mettre comme en réclusion dans la chambre qu'il occupait à Sainte-Barbe. Renonçant à tout plaisir, à toute fréquentation, il partagea son temps entre les mathématiques, la philosophie et la lecture de Cicéron. Il commençait sa journée par des exercices de calcul; ensuite il s'escri-, niait sur le texte d'Arislote, mais sur le texte dépouillé de tout commentaire, parce qu'il avait reconnu le toit causé à la doctrine par la fantaisie des glossateurs. Après qu'il était parvenu à fixer de lui-même un sens qui satisfit son jugement, il travaillait à développer l'idée du maître , en cherchant dans le style des Académiques la forme dont il convenait de la revêtir. Il aborda aussi l'étude de Platon, mais avec le désavantage de ne posséder de cet auteur que la traduction de Marsile Ficin.
Telles furent ses occupations lorsqu'il eut cessé d'être écolier. Son génie méditatif et taciturne y trouvait tant de charmes, qu'il n'en aurait jamais cherché d'autres, si deux circonstances indépendantes de sa volonté ne l'eussent arraché à sa vie solitaire. D'abord, l'excès d'assiduité lui donna une fièvre intermittente, dont il ne put se guérir que par plusieurs mois de campagne ; ensuite son père lui retrancha les vivres, en lui signifiant de se pourvoir immédiatement d'une
profession. Il lui indiquait le barreau comme la plus fructueuse ; Fernel , qui ne se sentait pas propre à parler saus préparation et qui avait le goût des expériences, préféra la médecine. Il accepta de Jacques de Gouvéa une chaire de philosophie, qui fut son gagne -pain pendant mie partie de ses nouvelles études.
Son enseignement fit du bruit dans l'Université. On n'avait pas encore assisté à une exposition de la dialectique aussi sobre, aussi lumineuse, et, pour nous servir de l'expression de Thevet, aussi dégagée des vieilles rapsodies. « Ce qui le faict sur toutes autres choses recommander, dit le même auteur, est la méthode qu'il tenoità ouvrir le sens et intelligence d' Aristote, avec telle facilité qu'il n'y avoit esprit si grossier dans lequel il n'engravât les vrais secrets de philosophie; » et il ajoute: « De ce peuvent faire foi les très élégantes et doctes leçons qu'il a faict par l'espace de deux ans, au collège de Saincte-Barbe, où il a leu le cours de philosophie publiquement. De ramentevoir avec quel industrie il s'en est acquité, seroit perdre son temps, puisqu'il y a encores plusieurs pour le jour d'uy vivans qui, si besoing faict, pourront rendre tesmoignage de sa suffisance et capacité non assez merveillable 1 . »
Thevet appelle le cours de Fernel un cours public, à cause du grand nombre d'auditeurs qui y venaient du dehors. La tradition conservée à Sainte-Barbe est qu'il n'y avait pas de classe assez grande pour contenir l'assistance, et qu'au moment de la leçon on était