LA PROVINCE OU LE JÜDICAT DE CAGLIARI
Productiom naturdles, en grains, vins, huile, sel, fruits, poissons et gibier. — Pêche du thon. — Industrie. — Mines d’argent et de plomb. — Sites pittoresques. ■ — Cascade de sa Spendula. — Roches et colonnes volcaniques. — Grotte A'Acqua Rutta. — Procession fameuse. — Promenades champêtres.
La province de Cagliari , considérée dans les limites de l’ancien judicat de ce nom , comprend dix-sept arrondissements , qu’on appelle en langue sarde Curadorias ou Incontradas , savoir : i . l’arrondissement particulier ou Campidano de Cagliari, en sarde Campidanu de Casteddu j 2. Decinio ; 3. Nom; 4- Parle Ippis ; 5. Nuraminis ; 6. Trexenia ; 7. Parle OUa; 8. Siurgus; g. Gerreij xo . Barbargia Seulo ; 11. Ogliaslra; 12. Chirra; x'b.Sarmbus; \[\. Sidcis ; i5. Cixerro ; i6. Sainl~ Anlioche ; 17. Saint-Pierre.
Cette province a deux mille neuf cents milles géographiques carrés d’étendue en superficie
’ Le mille géographique est un cs|>acc en longueur d’environ mille jras géométriques , ce qui fait uu peu plus du tiers de la lieue commune.
1. L’arsondissement ou Campidano de CagÜaH se composait autrefois de trente-sept communes , dont douze seulement existent aujourd’hui , et forment comme un demi-cercle autour de la capitale. Elles se nomment Assemini , Burcei , Maracalagonis ^ Masu y PauU, Pirri, Quarto, Çuartuccio jSelargius y Sestu y Setlimu , Sinia.
La plus grande partie du territoire consiste en plaines cultivées. Les monts de Burcei, de Sinia , de Mara et de Carbonara en couvrent la partie orientale. Il récolte en général peu de grains, à cause de la sécheresse de la terre , et de la rareté de la pluie ; mais il en est amplement dédommagé par l’abondance et la qualité des vins qu’il produit. Le Muscat, Xc'Giro, le Nasco, le Cannonao , la Monaca , la Guarnaccia , et la Malvoisie du Campidano, ÿont ou supiérieurs , ou du moins égaux à tous les autres vins analogues du reste de la Sardaigne, et pourraient le disputer aux vins fins les plus renommés en Europe. Le* vin rouge qu’on récolte dans les villages aux portes de CagUari , bien qu’un peu spiritueux, est d’une qualité parfaite. On y fait encore plus de vins blancs que de rouges; et, malgré la grande consommation du jîays, on fait des exportations assez considérables , et susceptibles de s'augmenter , pour le continent d’Italie '.
Quelques perso uaes regaislsiul couuuc la principale cause de la Ixmuc
Le produit le plus , important de cet arrondissement , après ses vins , est le sel qu’on 'extrait des salines artificielles , voisines de Cagliari, dont les unes appartiennent au roi , les autres à des particuliers , ainsi que^des étangs de Quarto.
On y récolte aussi de la soude. Cette branche d’industrie avait même pris une telle extension , il y a vingt-cinq à trente ans , qu’on avait consacré à la culture de la plante qui la produit des terrains autrefois ensemencés de céréales ; mais l’invention et l’usage , devenu presque général , de la soude artificielle , a fait tomber cette culture , et rendu les terres à leur ancienne destination.
On récolte dans le Campidano des. raisins de table , et des fruits de tou*tfe espèce et d’un goût exquis, en abondance. Les orangers, et les citronniers surtout , qu’on y plante .depuis quelque temps , y réussissent mieux qu’on n’aurait dû l’attendre de l’aridité du sol et de la mauvaise qualité de l’eau. Les jardins, très multipliés aux environs de la ville , et séparés les uns des autres par des figuiers d’Inde (cactus opuntia) , qui forment des haies impénétrables, couvertes, au commencement de l’automne , de fruits grossiers , dont les paysans et les gens du peuple font leurs délices * ,
qualité dej vins de Cagliari , apiés la chaleur du climat , le voisinage des salines.
' Cet arbuste , qui est armé d’épines très pénétrantes , et dont la végé-
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AKCIEITIÎB ET MODERNE.
produisent une quantité prodigieuse de légumes et d’herbes potagères , qui fournissent à la consommation de la capitale , et à l’approvisionnement des bâtiments étrangers.
On fait dans la partie montueuse du Campidano une grande quantité de fromages de lait de brebis , qui sont en réputation.
On élève à Quarto des juments et des poulains , qu’on emploie au battage du grain avec leurs pieds, suivant une coutume nationale delà plus haute antiquité.
La grotte de San Mialis , ou Saint-Michel, est yne curiosité des environs de Quarto.
On compte dans l’arrondissement de Cagliari six lacs ou étangs. Le premier, qui est à l’ouest de la ville , et le plus grand de tous , a une superficie de plus de vingt milles carrés. Il fournit une immense quantité de petites anguilles, et de muges, dont on fait d’excellentes boutargues On y pêche, dans certains mois de l’année, un poisson fort délicat, que les Sardes appellent canina ; et pendant l’automne , on prend un nombre infini d’écrevisses , qu’on fait cuire sur place dans l’eau de la mer, et qu’on vend à la ville à très bas prix , à cause de
tation est d’une force incroyable, se nomme en sarde Figumoritca. On croit dans le paysqu’U a été apporté par les Maures.
’ I.CS boutargues sont des oeufs de poissons salés et séchés.
LA SARDAI6RB
leur extrême abondance Il est couvert presque en tout temps d’oiseaux aquatiques , auxquels on ne se donne guère la peine de faire la chasse
L’étang du Campidano, qui a le second rang par son étendue et son rapport , est celui de Quarto. 11 produit une grande quantité de sel blanc ^ presqu’égal en qualité à celui qui provient des salines artificielles.
A Mura est on étang d’eau douce, qui ne manque pas de poissons, et qui est fréquenté par les canards sauvages.
L’arrondissement de CagUaii est arrosé dans sa partie montueuse , et particulièrement du côté de Sinia et de Burcei, par des courants d’eaux limpides , qui entretiennent dans ces lieux la fraîcheur et la salubrité. Aussi ces hauteurs sont-elles le séjour ordinaire des convalescents, et de ceux qui veulent jouir d’un air pur et des agréments de la campagne , si rares dans la partie méridionale de la Sardaigne.
' Dans les années où la pèche des écrevisses est abondante , on en a loo, et quelquefois aoo pour un sou.
* Les seuls de ces oiseaux aquatiques qu’on s’occnpe de chasser sont des foulques ou poules d’eau, que les sardes appellent puligas. Comme ces animaux ont l’habitude de se rassembler en troupes pour dormir sur les herbes marines, les ehasseurs leur en font des lits sur le rivage, où ils tendent leurs 61eSs. On les prend vivants , on les tue , et on les vend à la ville , au prix de a ou 3 sous pièce. C’est , du reste , un mets assez grossier, dont les gens du peuple sont fort avides , mais que désignent les personnes aisées.
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Les habitants de la plaine et des bords de la mer ont, sous ce rapport, une condition moins heureuse. Ils sont réduits , par la disette d’eau douce , à l’usage , tant pour eux-mêmes que pour les animaux domestiques , et pour l’arrosement , de l’eau saumâtre qu’ils tirent de leurs 'puits , au moyen d’une roue, armée de pots de terre mobiles , que fait mouvoir ou un cheval , ou le cultivateur liiimême. L’eau de tous ces puits n’est pourtant pas de mauvaise qualité. On a d’ailleurs établi des citernes , pour recueillir l’eau de pluie , chez les propriétaires qui ont quelque aisance.
L’étendue en superficie de l’arrondissement de Cagliari est d’environ cent soixante milles carrés.
La population de ses douze villages ne passe guère vingt mille habitants.
2. On ne compte dans l’arrondissement de Decimo que cinq villages existants, et cinq détruits.
Productions. Beaucoup de grains et légumes, de vins blancs et rouges , de fruits de toute espèce , et d’oranges et citrons , qui réussissent particulièrement dans le joli village de San .Sperato, et à Sinigas, près Silîqua, où sont des habitations agréables et des jardins bien plantés ; du foin et des fourragesy récoltés dans les prairies d’ Uta et à^DecimOy et qui servent pour l’approvisionnement de Cagliari.
Le mai , jour de la fête de Santa Gneca, un
grand nombre d’habitants de cette ville se rend , à dieval ou en tracca à une église rurale, dédiée à cette martyre sarde , près Decimo Mannu, et là s’établit une espèce de foire , qui dure huit jours.
Industrie. On fabrique à Decimo de la poterie commune , pour tous les usages de la vie. Siliqua fournit à la capitale du charbon et du bois à brûler ’
Superficie : Cent milles carrés.
Population : 5,5oo habitants.
3. L’arrondissement de Nora, qui formait autrefois, outre la population de la ville de ce nom, un département de plus de dix-sept communes, est resté pendant plusieurs siècles , et était encore du temps de Para , un véritable désert. On y a formé avec peine ; dans le courant du siècle dernier, cinq petites communes. Cette contrée est cependant d’une admirable fécondité; mais, faute de bras , la plus grande partie des terres est en friche. Celles qu’on cultive dans les lieux habités produisent, avec une abondance prodigieuse, des arbres de la plus belle végétation , des fruits de toute espèce , et toutes les variétés d’herbes et de fleurs. Les bois épais des hauteurs sont un asile
' La traeca est une carriole sarde.
* Près de Sdiqua est une petite montagne isolée , qu'on croit volcanique.
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qu’affectionnent les sangliers , qui s’y trouvent en grande quantité , et dont la chair est avec raison fort estimée ' . En général la chasse y est superbe, et, hors même de la saison qu’on y consacre ordinairement, et qui donne lieu à de brillantes parties, on y tue, toute l’année, des quantités innombrables de palombes, de merles et de grives, dont les chasseurs ont un grand débit dans la capitale.
Près du cap Pula est une petite église élevée sur le lieu même où le patron de la Sardaigne , saint EJfisio J reçut, dit-on , la couronne du martyre. Tous les ans , au i" mai , en exécution d’un vœu fait par la ville de Cagliari , pour remercier le saint dont les prières délivrèrent la Sardaigne du fléau de la peste, qui la ravageait depuis quatre ans, on se rend processionnellement à cette chapelle , en y conduisant , sur un char de triomphe, l’image en pied de saint Ejfisio, escortée des membres du conseil municipal , de toutes les personnes aisées à cheval , et d’un immense concours d(? peuple, pour qui cette solennité est toujours une grande fête.
A. moitié chemin de Cagliari à Pula, sur le bord de la mer , est la villa d'Orri, appartenant à M. le
' Il y avait autrefois , dans les environs du cap S/ioriiirnlo et de Cliiti , ■me si grande quantité de sangliers , qu’on en tuait (kir les fenèlres des maisons d’habitation. Les défrirbenicnts en ont nu peu diminué le nombre.