‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 65 sur 97 · A N C I F. N ?«■ E E T SI O D F R E . 5 1 I · texte numérisé non relu

A N C I F. N ?«■ E E T SI O D F R E . 5 1 I

Terranova , el les îles intermédiaires ( Isole intermedie). Les autres , au nombre de dix, sont de vastes solitudes el des déserts. On peut , à coup sur , donner ce nom à l’immense espace de terrain , nommé les Marines de Tempio , qui ii’a pas moins de ooo milles carrés de superficie , sans autre habitation que les cabanes isolées où demeurent, une grande partie de l’année, les riches pâtres de'7e/«pio et ^Aggius. Un autre canton, également désert , et contigu à Terranova , est celui qu’on appelle Oifidis , qui a été très peuplé du temps des Pisans et des juges , et où les anciens , qui lui donnaient le nom ü'Equaria , avaient de beaux haras , et des chevaux renommés.

1. La principale commune de l’arrondissement <le Geminis est Tempio' , qui en est le chef-lieu , ainsi que de toute la Gallura, Tempio , quoique résidence d’un évêque , du gouverneur , et d’un délégué ou préfet , n’est pourtant pas considéré comme une ville j mais ce village , puisque c’en est un , est habité par un grand nombre de familles nobles ou aisées , et compte , avec ses hameaux et ses pâtres, plus dç 10,000 âmes. Il a une célèbre collégiale desservie par des chanoines.

Situé au nord , sur le revers des monts Lim~ bara , Tempio éprouve toutes les rigueurs d’un climat froid , ce qui empêche le raisin des vignes dont il est entouré de parvenir à une parfaite rna-

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turité. On fait pourtant beaucoup de vins à Ternpio , mais on est obligé , pour lui donner de la force , du corps et de la durée , de le mélanger avec un vin cuit , qu’on appelle Saba.

Les habitants de Tentpio sont propriétaires d’une grande partie des nombreux troupeaux qui paissent dans les cantons déserts. On y fait des salaisons r qui ont de la réputation en Sardaigne , et même dans l’étranger. Les arbres à fruits sont cultivés avec succès dans les terrains bas et dans les vallées.

On regarde les habitants de Tempio , et ceux de la Gallura f comme les plus beaux hommes de toute la Sardaigne , et la fraîcheur des femmes de ce pays est renommée. Ils passent pour être pleins de feu , d’activité , d’amour de l’étude , excellents militaires , mais malheureusement trop enclins à la vengeance personnelle , et trop pénétrés de ce principe subversif de l’ordre social , que chacun , au défaut des tribunaux , a le droit de se faire justice par lui-même.

A Tempio il n’arrive guère de jours que l’on n’apprenne des environs la nouvelle de quelque meurtre. Les habitants de cette région de l’île participent beaucoup plus des coutumes et /des moeurs des Corses , leurs voisins , que de celles de leurs compatriotes méridionaux. Ces malheureux se font la guerre , non-seulement de famille à fa-

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mille, mais de peuplade à peuplade, comme les sauvages. Quelquefois à TempiOj on voit, au point du jour , les habitants de deux hameaux couchés aux deux côtés opposés de la place publique, en attendant le moment de signer une trêve.

Les pâtres à'yéggius sont les plus fameux de tous, par leur esprit inquiet et remuant, par leur farouche courage, et par leur intrépidité. Tout près de ce village, qui est le second du Geminis, est un mont escarpé, d’un difficile accès, nommé Cucuru, qui est le lieu de refuge ordinaire et l’impénétrable asile des malfaiteurs , des bandits , et de ceux qui ont échappé aux poursuites de la justice.

L’arrondissement de Geminis est arrosé par une grande quantité de ruisseaux et de sources d’une eau pure et limpide , qui prennent naissance au versant septentrional des monts Limbam. Quelques fontaines des parties les plus élevées ont la froideur de la glace ou de la neige fondue. Celle de Fauzoni est célèbre dans le pays à cause d’une particularité remarquable. Lorsqu’on y plonge une bouteille de vin , quelque bien bouchée qu’elle soit, il perd, au bout d’assez peu de temffô, une partie de sa couleur et de son goût , sans rien perdre de sa force.

Le Geminis a 180 milles carrés de superficie , et dans cinq villages une population d’environ 8,000 habitants, outre celle de Tempio et de ses bail. 33

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ineaux , qui en forment une de plus de 10,000.

2. Tçrranova , qui est le second arrondissement de la Gallura septentrionale ou proprement dite , se réduit à ce seul village, bâti sur les ruines , ou du moins près de remplacement de l’antique ville ^Olbia, et auquel on a donné ce nom, parce que celte construction nouvelle succédait à la ville détruite de Fausania ou Fausina, qui elle-même s’était élevée sur les débris dé la cité romaine. Le désert d’ OçÆf/Âî ^ dont les pâturages nourrissent une grande quantité de bestiaux , a pris la place de cette population si active et si nombreuse des siècles passés. .

Le village maritime de Termnova est situé à l’entrée de la vaste plaine de Padrogianu , dans le fond du golfe de son nom , formant un port , qui a été autrefois un des meilleurs de l’îie entière, mais qui , presque comblé , soit par la main des hommes pendant la guerre, soit par les courants et lés ensablements , n’est plus praticable que pour de petites embarcations.

La population de l’arrondissement de Terranova ne s’élève pas à plus d’un millier d’habitants.

3. On considère les îles intermédiaires (isole intermedie), c’est-à-dire celles qui sont jetées dans le détroit de Bonifacio , sur la cote de la Sardaigne, entre cette île et la Corse , comme le troisième arrondissement de la Gallura septentrionale.

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La plus considérable de ces îles adjacentes est la Maddalena, qui a i6 milles carrés de superlîcie. Près d’elle sont les petites îles de Caprem , qui en a huit , et de San Stefano , qui en a cinq. Plus loin , au nord et à l’ouest , sont les îlots de Santa Maria, de Rizzoli , de Biidelli , de Spargi , de Spargiotti, et de Paganetto. Tous ces îlots sont inhabités. Il n’y a que quelques cabanes pour les l)ergers , qui vont y faire paître les troupeaux appartenant aux habitants ^e la Maddalena.

On a établi dans cette dernière île, au lieu dit Calagavela, qui forme un port commode et sûr , il y a soixante-quinze ans, une petite commune, composée presque entièrement d’originaires delaCorse, dont le nombre , maintenant arrivé à plus de i ,boo âmes, et la prospérité commerciale ne font qu<; s’accroître tous les jours.

Les habitants de la Maddalena sont renommés pour leur industrie, leur vivacité, et leur "aîté. Ils passent pour de bons marins. Ce sont eux qui fournissent en général les équipages des galères sardes.

Outre les îles intermédiaires , qui bordent la cé*tc septentrionale de la Gallura , et auprès desquelles se trouve une espèce d’archipel d’îlols el d’écueils, restés comme des. jalons el des té/noins de l’ancienne union de la Sardaigne et de la Cor>.(‘ , avant la catastrophe de leur séparatioit , plnsienrs

autresîles adjacentes, qui n’ont aucune importance, ni pour leurs produits ni pour leur étendue, se présentent à la vue, en sortant de la Maddalena , pour descendre la côte de l’est.

La plus grande est l’île de Tavolara, l’ancienne Hemiæa. Le sol de la Tavolara est tellement élevé, que, vue à une certaine distance en mer, on la prend pour une montagne escarpée. Couverte de broussailles et de bois, sans aucune espèce d’habitation, elle est peuplée ^d’unè prodigieuse quantité de chèvres sauvages , ce qui attire assez souvent les amateurs de cette chasse difficile et périlleuse, quand il ne croient pas avoir à craindre un danger plus grand encore, celui de tomber entre les mains des Barbaresques et des pirates , accoutumés à se retirer ou à se mettre en embuscade dans les anses de cette île déserte.

La moins petite de ces îles inhabitées et inhabitables, après celle de Tavolara , est la Molara , dans les eaux de laquelle s’est donnée la fameuse bataille navale qui a fait perdre aux Pisans l’empire de la Sardaigne.

La côte de la Gallura, au moyen de tous ces îlots adjacents, et de la multiplicité des pointes et des caps , est pour ainsi dire découpée en un grand nombre de golfes et de rades. Entre le cap de la Testa et celui de Longosardo, s’ouvre le golfe de Santa Reparata , défendu par le fort élevé à ce

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dernier cap , et où s’est formée une commune autour d’un petit port, qui ne peut recevoir que des bâtiments marchands. Il n’en est pas de même du golfe appelé Liscia Grande dans le fond duquel est Porto Poglio, renfermé' entre la Sardaigne, l’île de la Mnddalena, et l’archipel des îlots. 11 est aussi vaste que sûr, et l’amiral Nelson, qui vint le reconnaître , et relever toutes ses positions , trouva que c’était une excellente station pour quelque flotte que ce fût.

La réputation du golfe ^Jrsaquena est faite depuis long-temps. C’est aussi une station militaire fort estimée.

Le golfe de Terranova n’est pws moins profond et moins spacieux ; mais le port du village maritime de ce nom , qui fut autrefois la célèbre Ol~ hia y a été détruit pendant les guerres si longues et si acharnées des Pisans et des Génois ; il n’y a plus que deux passages étroits pour des felouques et des barques de pécheurs.

On ne trouve plus guère , sur le reste de la côte appartenant à la septentrionale, que

des anses et des cales, qui ne sont ni commodes, ni sûres.

Ce département, baigné par une foule de ruisseaux et de petites rivières qui descendent des monts Limhara, et vont se jeter dans ses trois grands golfes , est le mieux disposé peut-être de

loule la Sardaigne pour recevoir un grand nombre d’élablisseinenls et de villes. Aussi les anciens, qui appréciaient l’avantage de la position maritime et de l’abondance des eaux, avaient bâti, dans ses seules- limites , dix ou douze villes, dont ou lit le nom dans les auteurs de l’antiquité, et dont les ravages du temps et la fureur des hommes ont dévoré jusqu’aux ruines. On compte plus de soixantedix communesdélruitesdans ce magnifique désert.

La seconde partie de la province, ou ancien judicat de GaUiira, c’est-à-dire la GaZ/ura orientale, ou département de JSuom , autrefois GtdteUi., se compose de quatre arrondissements , savoir : Bitti, Nuoix) g Posada et Orosei,

La Gallura orientale est un pays montueux , fort bien arrosé, et abondant en bestiaux et en grand gibier. •

1 . Le chef-lieu de l’arrondissement de Bitti est un gros village, de plus de 2, 5oo habitants , situé dans une vaste et fertile plaine qui produit des grains, du vin , du fromage et des fruits.

Les habitants de l’arrondissement de Bitti , qui, sur une superficie de terrain de loo milles carrés, ne passent guère le nombre de 5,ooo , paraissent appartenir , par la rudesse de leurs mœurs , aux peuplades intérieures qu’on- appelait Barhnricini.

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