‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 2)Chapitre 68 sur 97 · REGNE MINÉRAL · texte numérisé non relu

REGNE MINÉRAL

Tra.vaux des anciens et des modernes pourj’exploitation des métaux. — Minéralogie sarde. — L’or. — L'argent. — Le fer. — Le cuivre. — Le plomb • — Diverses substances minéralogiques. — Les marbres. — I.e5 pierres dures.

La réputation de l’opKilence métallique de la Sardaigne remonte à la plus haute antiquité. Les poètes , et même les géographes , l’appellent la mère des métaux , comme ils l’ont nommée la mère des troupeaux et des moissons. Là Providence y avait, suivant eux, répandu ses trésors sur la surlace et dans les entrailles de la terre.

Les Romains avaient établi en Sardaigne une grande exploitation. On trouve dans plusieurs parties de l’ile des traces de leurs travaux. Ils en tiraient particulièrement du fer , du plomb et de l’argent. Ce dernier métal y était de leur temps , à ce qu’il parait’, très abondant ’. Plusieurs contrées de cette île avaient reçu d’eux des noms qui indiquaient la nature de leurs produits. On trouve dans leurs itinéraires : metalla, feroniu , ferraria, pbimbea .

' lu niclallù argculariis pluriinacsl , nam solum illud argenli divcs Solini. Polvhislor.

LA SARDAIGKE

Tout le minerai delà Sardaigne n’a pas été fondu , ni tous les filons épuisés par les Romains. Long<lem ps après eux, leurs successeurs y trouvaient encore de grandes ressources ; les Génois enlevèrent , en 1385, à leurs rivaux, les Pisans, un trésor considérable , entièrement composé d’argent sarde. L’armée PLsane était chargée d’argent sarde en i3o3 , au rapport de l’historien Zurita.

Les Espagnols, qui avaient aussi ex'ploité les mines de Plie de Sardaigne, les abandonnèrent, comme celles de leur propre pays , après la découverte du Nouveau-Monde.

La maison de Savoie ne s’esl occupée que fort tard des moyens de mettre à profit les richesses minéralogiques de cette île. Le chevalier Bellj, commandant d’artillerie et directeur des mines de la Sardaigne, fut chargé par le gouvernement de rechercher et de reconnaître tout ce qu’elle possédait en ce genre. Ce travail, fait avec beaucoup de soin et d’exactitude , a été l’objet d’un grand nombre de mémoires , qui embrassent un espace de vingt années d’exercice et d’observations', et dont M. le comte ProsperBalbidi publié des extraits.

Les savantes explorations du chevalier Beüj, continuées par ses successeurs , avaient pendant quelque temps éveillé chez les Sardes le goût de ces entreprises auxquelles .s’étaient livrés leurs ancêtres , et le noble désir d’augmenter leur fortune

ANCIENNE ET MODERNE. SzS

en contribuant à celle de l’état. Le gouvernement avait fait des concessions importantes pour encourager de si utiles travaux ; il avait permis que , suivant la coutume des anciens temps, on employât à ceux des mines les malfaiteurs condamnés à perpétuité, qui, après avoir troublé l’ordre de la société , pouvaient devenir ainsi des producteurs ; mais plusieurs causes morales , plus puissantes encore que les obstacles physiques , firent échouer tous les projets formés pour faire prospérer cette branche de revenu et d’industrie. Il faut convenir d’ailleurs que ceux qui se livraient à ces spéculations ne trouvaient pas assez de ressources dans les connaissances que leur offraient, en fait de n]étal4 lurgie et de géométrie souterraine, les établissements scientifiques du pays , où ces études , fort négligées , sont toujours restées en arrière.

On recommença néanmoins à s’occuper des mines de la Sardaigne, lorsquela cour vinty fixer sa ré.sidence. C’est dans ces derniers temps que M. le" chevalier de Saint-Réal, homme plein d’instruction, de talents et de vertus, et son copiste, lecomte de Vargas, qui avait imaginé une opération en grand , que de mauvais calculs firent manquer, on t fixé l’état de la minéralogie sarde.

l’or.

On a de tout temps , et de nos jours aussi, cher-

LA SAnnAlUMK

ché des mines d’or dans l’ile de Sardaigne. Il s’esl vu des circonslances oii une découverte de ce «renre aurait eu tout le mérite de^l’à-propos ; mais on n’en a trouvé d’indice nulje part, pas même dans le Logudoro, sur lequel une étymologie imaginaire avait fait fonder de vaines espérances'.

l’argemt.

Si la Sardaigne ne peut revendiquer l’honneur d’avoir donné de l’or, il n’en est pas de même de l’argent , qu’elle a autrefois produit en abondance , et dont elle n’est pas encore entièrement déshéritée

0 Les Romains exploitaient les mines d’argent de la Nurra, au cap supérieur. On voit d’immenses amas de décombres et de scories près de la pointe de X At'gentara, ainsi nommée à cause de ses produits. L’exportation des métaux manufacturés de ces mines

' L’interprétation de ce nom, dans son sens materiel, qui représenterait comme le payt de Tor une province d’oii l’on n’en a jamais tiré une once , à aucune époque, n’est pas plus déraisonnable que celle qui, dans un sens métaphorique , prétendrait exprimer l’idée de sa fécondité. Voici l’étymologie la plus vraisemblable de la dénomination de iMguduro. La puissaiile famille génoise des Doria, qu’on nommait eu latin Auria ou Aurea , a élé pendant plusieurs siècles , la maîtresse absolue de presque toute la provinre de rorrès , (ju’oii appela , imur cette raison , Logn Poria, Logudorof^y^ des Porta , nom qui a sursécu à son existence politique en .Sardaigne.

' Ce fait est contraireàla théorie des minéralogistes, qui prétendent que l'or abonde dans les |>ays chauds, et que l’argent [«irait aimer les réglons froides.

se faisait par un port qui était dans le voisinage , et que les anciens appelaient Njmphœi^ portas. Le filon y est très bien décidé sur une étendue de terçain de près d’un mille, et dans plusieurs endroits il a été exploité au jour. Il aboutit à la mer, au milieu des bois.

On voit encore les ruines de deux anciennes fonderies près de Santa Lussurgiu, et de Laconi, l’antique y^alentia.

Le département de Sarmbus renferme cinq mines , dont une de plomb sulfuré , est très riche en argent. Elle contient de l’argent corné, et même quelques veines d’argent natif*. On y a, dit-on , travaillé beaucoup autrefois ; mais elle est aujourd’hui abandonnée.

Il en est de même d’une mine située «ur le territoire de Talana , dans VOgliastra, dont on a perdu la trace. On raconte dans le pays qu’elle a donné un produit net de 76 pour 100 d’argent pur , et qu’elle a fait a'utrefois la fortune de plusieurs familles.

Les mines du canton de Flumini Maïor sorti plus réelles. On y trouve partout . et en grande

' On appelle argent corné celui dont la mine se détache en petits copeaux demi-transparents , qui ont une apparence de comc. L’argent étant ordinairement combiné avec d’autres substances minérales, celui qu’on ap|>cllc natif est fort rare. On le trouve alors sous une forme irrégulière , en masse, en lames , en filets , en rameaux. Quelquefois il se présente sous celle d’utte végétation de plantes , imitant des feuilles de fougère.

LA SAHDAIOKE

quantité, de la mine d’argent corné , et d’argent arsenical.

La montagne A'Acqua Cotta , près de VilUf cidro J offre une ancienne excavation , où est ug filon de plomb , contenant une demi*once d’argent par quintal. Celui des montagnes de Guspini et à'Arbus est plus riche , et donne une once et demie pour cent. Les travaux sont toujours en activité , grâce à l’exploitation du plomb , qui marche de pair. La galène y est argenlilere , à un plus ou moins haut degré , suivant l’endroit où l’on travaille. On en tirera peut-être un jour de plus grands avantages qu’aujourd’hui ; car quoique ce filon ait été ouvert il y a plus d’un siècle, et qu’il ait constammentetexclusivement alimenté les fonderies de* Viüacidro , il n’est encore , pour ainsi dire , qu’au commencement de son exploitation. Heureusement d’ailleurs , Y intempérie , qui a détruit beaucoup d’établissements de ce genre dans les différentes parties de l’île , n’exerce point assez ses ravages dans cette région métallique , pour la rendre , comme tant d’autres , inhabitable pendant une partie de l’année.

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