‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 51 sur 108 · PREMIÈRE TOURNÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE TOURNÉE

CAGL1ARI.

Situation de C agit art. — La rade et le port. — Le» fortification». — Le» édifices et monuments. — La cathédrale. — Établissement» publics. — Privilèges des habitants. — Moyens de subsistance. — Population.

La ville de Cagliari est située à l’extrémité de la partie méridionale de la Sardaigne , au fond du golfe qui porte son nom , par 5g. 12' degrésde latitude nord, et R. 48', de longitude, au méridien de* Paris 1 .

L’aspect de la ville , en venant de la mer et à l’entrée du golfe , est imposant ; quoique , vue de près , elle soit généralement mal bâtie. Elle s’élève en amphithéâtre depuis le quartier de la Marine . qui borde le port , jusqu’au sommet d’une haute

' On a beaucoup varié autrefois »ur le» degrés de latitude et de longitude do la ville de Cagliari. Les dernières observation» faites avec plus d’exactitude par des officiers distingués de la marine française, espagnole et sarde, ont obtenu des résultats tellement pareils, qu’on peut regarder comme certain et parfaitement juste le terme moyen , qui est indiqué ci-dessus , et que Zannoni et Napoli ont pris pour base de leur travail , en faisant la carte de la Sardaiguc.

colline , où est placé le quartier dit du Château ( Castello ) , couronné par des ouvrages de fortification et des tours.

Cagliari a deux autres quartiers , qui sont regardés comme ses faubourgs, qu’on appelle Villanova et Slanipace , et à l’extrémité de ce dernier un autre petit faubourg nommé Santa- Vénéra } ou S an tu- Teneru, ou SanC Avendrace , qui en est comme la prolongation.

La ville ne prit l’emplacement et la forme presque ovale qu’elle a aujourd’hui , que depuis qu’elle fut tombée en la possession des Aragonais. Dans l’antiquité , elle s’étendait en longueur sur le rivage, comme on l’a vu plus haut par un vers de Claudien, et surtout à l’ouest, du côté de Stampace, où il paraît que se trouvait encore le plus fort de sa population , du temps des Pisans, qui finirent par y joindre le château, le faubôurg de VilLinova, et peut-être une partie de celui de la Marine ‘. Lorsque les Aragonais vinrent , en 1020 , à la suite du roi Alfonse } n’ayant pu obtenir, par le traité qu’ils firent, le château de Cagliari, ils élevèrent une seconde ville sur la colline de Bonn ria , à l’est de la première; mais le nouveau

* Les Pisans jetèrent les fondements du château en 1217. Il était on l irrem eut achevé en 1266, quand le juge C/tiano le livra aux Génois, rommme gage de sa trahison et de son amitié. Tronc i. Anual i di Pisa.

traité de i3î6 les ayant rendu maîtres de tout, Alfonse s’attacha, dès ce moment, à peupler le château , et il y réussit promptement , aux dépens de cet établissement provisoire, par la concession de toutes sortes d’avantages et de privilèges. -

Les faubourgs sont à découvert ; le seul quartier de la Marine est environné de murs et de bastions, qui ne furent achevés qu’en i665, et qu’on a liés aux fortifications du château.

Les princes de la maison de Savoie ont fait continuer et compléter les fortifications du château de Cagliari , . particulièrement depuis l’expédition française de 1793. On y a formé une citadelle, bien fournie d’artillerie de calibre, qui, avec une bonne garnison et des approvisionnements suffisants , serait susceptible de soutenir un long siège, ce qui en fait une des places les plus fortes de la Méditerranée.

Le gouvernement a fait augmenter, dans ces derniers temps , les travaux et les moyens de défense de la darse, qui a un espace suffisant et assez de fond pour recevoir un grand nombre de bâtiments complètement chargés. Il s’y trouve un vaste magasin , où l’on admet les marchandises que les capitaines veulent décharger pour cause d’avarie. On a disposé un autre magasin, où l’on reçoit en dépôt les poudres des bâtiments qui entrent en darse , et des cuisines où les équipages prépa-

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rent leurs aliments , attendu qu’on a eu la sage précaution de défendre de conserver de la poudre et de faire du feu à bord.

La rade et le port de Cagliari sont mis au nombre des plus spacieux et des plus sûrs qui soient en Europe. C’était l’opinion qu’en avait l’empereur Charles- Quint , qui , lors de sa fameuse expédition contre les Barbaresques , fit de cette rade le rendez-vous général des vai$s?aux de toutes les puissances coalisées. On vit en effet une flotte im* mense y séjourner long- temps, sans aucun accident fâcheux , et s’approvisionner pour six mois des productions du pays.

C’est à tort , du reste , que l’on attribue assez généralement la sûreté du port de Cagliari à l’existence , dans l’entrée du golfe, d’un ou deux bancs de sable , qui , dit-on , opposent comme une digue à la fureur de la mer : c’est une idée erronée. Avec de pareils bancs, les bâtiments de guerre ne pourraient entrer en rade , et il est prouvé par l’expérience que des frégates et même des vaisseaux de ligne peuvent jeter l’ancre à une distance assez rapprochée du rivage. La sûreté du golfe de Cagliari vient de ce qu’il est environné de trois côtés par des terres élevées , qui le mettent à l’abri de tous les vents , à l’exception de ceux de sud et sud-est , et qu’il a un bon fond de sable, en pente douce et presque insensible , jusques à

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la distance de plus de vingt milles ; ce qui est pour les bâtiments de toute portée un excellent mouillage.

A un quart de liêue du port et de la maison de santé, est un lazaret pour la quarantaine des bâtiments arrivant des pays suspects. Cet établissement , amélioré , autant que les localités l’ont permis , sous l’administration du vice -roi Charles Félix , et dont néanmoins les passagers font peu d’usage , est dirigé par un magistrat suprême de santé.

Cagliari est remarquable par quelques-uns de ses édifices publics. Ses tours , qui dominent la ville entière , et se découvrent à une assez grande distance, lui donnent un aspect particulier. Elles sont au nombre de trois , celle de Saint-Pancrazio , de \' Eléphant, et de 1 ’ Aigle, autrefois du Lion. Ce sont les Pisans qui les ont fait élever à la fin du treizième siècle. Elles sont bâties avec un soin très recherché , et d’une pierre dure et compacte , de la nature du marbre , qui les a fait résister jusqu’à présent, sans aucun dommage apparent , à la pluie, aux orages, et aux coups de vent les plus furieux. Le ton rougeâtre de ces vieilles tours leur donne quelque chose de pittoresque. Charles - Quint ne se lassait pas d’admirer leur structure et leur solidité. Deux inscriptions placées sur les deux principales , rappellent, en vers latins rimésy

l’époque de leur construction , et le nom de leurs architectes. 1 ■ .

Plusieurs des églises de Cagliari , dont la fondation remonte à des temps fort reculés, se font distinguer , moins par la beauté de leur architecture, qui est en général fort médiocre, que par l’époque de leur origine et par la richesse de leurs ornements. Les anciennes églises de cette ville , dont la principale avait été bâtie sous Constantin , ayant été détruites ou ruinées pendant l’occupation des Vandales et des Sarrasins , on commença, du temps des premiers juges, à les rétablir et à les réparer , vers la fin du onzième siècle. Ce n’est que plus de deux cents ans après , en i5i2 , que les Pisans , avec les débris de la basilique élevée sous Constantin, et ceux de l’église de Sainte- Cécile , martyre sarde , construisirent , dans le quartier du château , et sous l’invocation de cet^e dernière , la cathédrale de Cagliari.

' La tour de Suint-Pancrazio , qui e»t placée au sommet le plus élevé de la colline où est le quartier du château , sert maintenant de prison. On jouit , sur sa plate forme , d’un des plus beaux spectacles qui soient au moude. On découvre, autour de la ville, autant que la vue peut s'étendre . la mer, la plaine, les étangs, les lacs, les montagnes, et les pointes de Corno di Bue , qui en sont à plus de cinquante milles. On y placerait un très bel observatoire. La tour de l’Aigle, qui avait originairement la même hauteur que les autres, est maintenant moins élevée. Pendant le siège que les Espagnols mirent devant la place, en 1717 , les bombes en abattirent la |»ilie supérieure.

ANCIENNE ET MODERNE. \l 7

Cette église , qui n’est nullement remarquable par son architecture, l’est extrêmement par la profusion de ses richesses , qu’elle doit aux libéralités des anciens souverains aragonais , des rois d’Espagne , et des princes de la maison de Savoie. Le chœur , les chapelles , le pavé , la façade extérieure sont en marbre; au-dessous du chœur est uu sanctuaire, bien éclairé , quoique souterrain , et composé de trois chapelles, où l’on a placé, dans des niches décorées de marbres et de bas-reliefs , des reliquaires en matières précieuses, contenant les restes d’un grand nombre de martvrs , découverts en 16 15 , sous les ruines des églises primitives , par l’archevêque d 'Esquivel, qui en a publié la relation historique

On admire surtout, dans la cathédrale, la balustrade et les quatre lions de marbre qui ornent le chœur, le tabernacle en argent massif, très bien •

* Rclacion de la invencion de los cucrpos sanctos. 1617.

On a compris , sans beaucoup de discernement , dans cette translation solennelle les restés de tous ceux sur les tombeaux desquels on avait lu ces lettres BM , qu’on interprétait par les mots Beatus Martyr, Le savant Muratoriy qui prétend que la véritable traduction des lettres BM est dans les mots Bonœ Memoriet , écrits sur les tombeaux des païens comme sur ceux des chrétiens , s’est un peu moqué de la crédulité du vénérable d' Esquivel et de ses contemporains. Ou lui a répondu , pour preuve qu’on ne s’était pas trompé, que beaucoup de miracles s’étaient opérés lors de la translation, et qu’entre autres choses merveilleuses , toutes les cloches de la ville avaient en même tenjps sonné d’elles-mémcs.

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LA SARDAIGKB

sculpté, présent de la ville de CagUari, et le mausolée élevé aux frais de cette ville à la mémoire du roi don Martin de Sicile, mort en « 4og. Ce dernier monument, commencé dans le quinzième siècle, et continué par plusieurs vice-rois, n’a été entièrement achevé qu’en 1675. 11 est décoré de deux statues représentant la foi et la justice.

La cathédrale de Cagliari est desservie par vingtdeux chanoines, pourvus de riches prébendes, et jouissant de hautes prérogatives , comme celle de porter des vêtements pontificaux, et de n’être jugés et punis que par le tribunal de leurs pairs. Ils avaient autrefois le droit, qu’on leur a ôté depuis , d’élire leur archevêque. Ce dernier avait lui-même alors le privilège d’ordonner et de sacrer les évêques de la Sardaigne, et il eut, jusqu’au douzième siècle, celui de prononcer des actes de canonisation.

Le palais archiépiscopal , et le palais du roi , qu’avaient exclusivement occupé les vice-rois, avant les événements de la fin du siècle dernier, sont les deux édifices les plus remarquables dans le quartier du Château. Le dernier , quoique embelli et réparé pendant le séjour de la cour, n’en est pas moins une habitation peu digne d’un souverain.

Les bâtiments de l’Université, qui datent de l’époque où Charles Emmanuel réorganisa ce corps enseignant, sont aussi bien entendus que commo-

dément distribués pour leur destination , et présentent au dehors un assez bel aspect. Ils renferment une bibliothèque publique, et un cabinet d’histoire naturelle et d’antiquités.

On a élevé, il y a quelques années, sur les dessins du chevalier Belgrano, un théâtre, qui n'a ni beaucoup d’étendue, ni une grande magnificence, mais dont la coupe est heureuse et agréable. On y joue la comédie et l’opéra.

Caglian possède plusieurs établissements de charité, convenablement dotés, pour lés malades, pour les aliénés, pour les enfants abandonnés, et pour les pauvres filles orphelines.

Les autres établissements, qui ont pour but le service public, sont les archives de l’état, le dépôt général des actes de notaires, l’imprimerie royale, à laquelle on a dù quelques ouvrages dont l’exécution honorait ses directeurs , et enfin la fabrique de poudre et celle de tabac, fondées l’une et l’autre par le roi Charles Emmanuel.

La ville a obtenu de la munificence ou de la gratitude de ses divers souverains, pendant l’espace de plusieurs siècles , des privilèges considérables , et elle a des institutions qui les lui assurent. Elle a en effet, outre son conseil municipal, constitué suivant les anciennes lois et coutumes, un magistrat du consulat , composé de deux juges civils et de deux négociants, présidés parle régent,

pour les causes de commerce , un tribunal spécial pour prononcer, sans bruit et sans frais, sur les différends en matière d’impôts, un officier public qui porte le beau titre de père des orphelins , et une cour d’arbitrage des familles , chargée de mettre un terme à leur désunion , et dont les arrêts s’appellent des compromis.

La nature du climat de Cagliari, et la différence de site de ses deux quartiers principaux, le Château et la Marine, ont déterminé les lois de police qu’on y a faites , et influent sur la manière dont elles y sont exécutées. Le Château, élevé, bien exposé , bien aéré, peut plus facilement être inain tenu dans cet état de propreté , nécessaire à la" santé publique dans un pays où la chaleur a une si grande intensité. Il ne peut en être de même , malgré tous les efforts et toute la bonne volonté possibles , dans le quartier de la Marine , qui est placé très bas sur le bord de la mer, et où l’air ne se renouvelle point assez. Aussi est-il dans les mois d’hiver sale et boueux , et pendant l’été , qui est fort long, couvert d’une poussière épaisse, qu’accompagnent tous les effets et tous les inconvénients de la malpropreté et de la paresse , défauts naturels du petit peuple de cette ville.

Après les soins, malheureusement jusqu’ici sans succès , qu’a pris l’autorité pour éloigner des principaux lieux d’habitation les états nuisibles

à la pureté de l’air, ce qui devait le plus attirer son attention , dans l’intérêt de la salubrité , c’était la distribution et l’usage de l’eau. Elle est si précieuse, qu’on a, de temps immémorial, accordé à la ville le droit de la tirer de partout où on la trouve de bonne qualité; et, outre les citernes destinées à recueillir les eaux de pluie, et dont chaque maison est pourvue dans toutes les parties de la ville , on a creusé au château huit puits d’une extrême profondeur, pour assurer l’approvisionnement d’eau , en cas de siège ou de disette.

En vertu de ses anciens privilèges , la ville se fournit gratuitement du bois de charpente ou à brûler, dont elle a besoin, dans les domaines du roi, et du sel nécessaire à la consommation de chaque chef de famille, à la porte duquel il est apporté sans frais. Un des plus précieux de ces privilèges est celui qui l’autorise à prélever, sur les récoltes des grands fiefs situés dans un rayon de 4o milles , une quantité de grains déterminée , qui est répartie pour la consommation du public.

Le pain que mangent les habitants de Caglùm, même dans les dernières classes du peuple, est remarquable par sa blancheur et sa bonté. On y fabrique des pâtes très renommées.

Les autres moyens de subsistance sont assez régulièrement assurés, et généralement avec abondance , aux habitants de Cagliari, par le commerce

LA SA H DAIGNE

de détail , les pourvoyeurs ambulants, et les marchés publics. On peut se procurer avec plus ou moins de facilité, et à plus ou moins bon marché 1 , suivant les circonstances et la saison , de la volaille, du gibier, du sanglier, des agneaux, des chevreaux, des cochons de lait, et presque toutes les especes de poissons, tant de la mer que des étangs.

On boit à Cagliari diverses sortes de vins des qualités les plus parfaites, produit du territoire. Ses vergers et ses jardins, surtout ceux de Quarto et Qiuirtuccio , donnent des raisins de table exquis, des fruits délicieux, et des légumes pleins de saveur.

Cagliari , étant le principal lieu d’exportation et d’importation du commerce de la Sardaigne , a un certain mouvement d’activité qui a influé sur les mœurs et les goûts de ses habitants. La civilisation, aidée par le séjour de la cour et par la fréquentation des étrangers , y a fait plus de progrès que dans toutes les autres parties de l’ile; et on voit s’introduire successivement dans les habitudes de la vie, ainsique dans la distribution intérieure et dans l’ameublement des maisons, où la réforme est en effet bien nécessaire, le désir du bien-être et les recherches de l’aisance.

1 Les denrées et les objets de consommation ont augmenté de prix à Cagliari comme ailleurs , et cette hausse s’est opérée dans la même proportion que dans tout le reste de l’Europe. Ceux qui en ont fait le sujet de leurs observations prétendent qu’elle est de plus de moitié.

Les mêmes causes, et cette tendance générale des esprits vers les perfectionnements en tout genre, ont donné à la société, dans la classe de la noblesse surtout , qui en apprécie mieux les plaisirs , beaucoup plus d’agrément qu’elle n’en avait autrefois. Les femmes de Cagliari, auxquelles on donne de l’éducation , et le nombre en est aujourd’hui moins borné, se distinguent par des grâces naturelles , et par une piquante vivacité.

L’auteur de la Sardaigne Paranymphe n’a pas été honteuxde donner à Cagliari une population de 60 , ooo habitants. M. Azani s’est permis de son côté une petite exagération , en l’élevant à 35, ooo. Le chevalier Cossu , qui l’avait portée à 27,000 , dans ses notices abrégées, l’a réduite à 25, ooo dans un ouvrage postérieur. La vérité est que la population de Cagliari ne passe pas 21,000 habitants.

Les monuments historiques de cette ville , le rôle qu’elle a joué pendant tant de siècles dans les événements du pays , le droit acquis par une si longue possession à la qualité et au rang de capitale , ne devaient pas faire penser que jamais on songeât à lui en contester le titre. C’est pourtant ce qui lui est arrivé. Le parti du cap supérieur (Sas~ sari. et le nord du royaume) mit en avant un athlète fougueux , qui prétendit que les défauts physiques et matériels de la soi-disant capitale la

LA SAHDAIGNE

rendaient indigne delà suprématie qu’elle affectait, et qu’elle n’avait que le second rang. Le père Vitale, auteur des Annales de la Sardaigne , et défenseur intrépide de Cagliari , réfuta ces arguments , dans deux gros volumes latins , avec autant de politesse et d’atticisme, que son adversaire en avait mis à les développer Sorti triomphant de cette lutte , qui avait occupé tous les couvents sardes, au milieu du dix-septième siècle , et rangé les lettrés et le clergé sous deux bannières opposées , le père Vitale signala sa victoire en publiant, dans son Bouclier d'or* , sous le

* L'adversaire de Cagliari objecte , entr’autres arguments, pour prouver l’indignité, que dans cette ville , où l’on ne connaît ni la pluie, ni le printemps, ni la verdure , on est dévoré par les mouches , les punaises , les puces, et autres petites bêtes du même genre, ejusdem generis bestiolii. Le père ri taie ne se laisse pas démonter par cette boutade. Il s’appuie de l’exemple de plusieurs capitales, qui , sans être déshonorées, sont sujettes à pareilles incommodités , et ajoute que si & présent ( 1641 ), malgré ces légers désagréments, dont il ne disconvient pas, Cagliari est bien évidemment la capitale de la Sardaigne, fait qu’on ne s'avisera pas de contester, il ne voit pas pourquoi on eût été plus difficile dans l’antiquité. Il atteste d’ailleurs qu’il a vu pour son malheur à Sassari beaucoup d'insectes de la même espèce , et d’une plus grosse taille , pulizones , cimiciones , et alios bettiones. Quand enfin la patience lui échappe, il déclare à son adversaire, toujours en latin , qu’il en a menti depuis les pieds jusqu’à la tête, Ment in., a plantis ad verticem.

Voilà les aménités littéraires et le ton de la polémique du temps où écrivaient ces bons religieux. *

• Vitale a délayé le panégyrique de Cagliari dans deux volumes in-4°. dont l’uu a pour litre le floue lier d'or de i excellence de Cagliari (Clypeus

ANCIENNE ET MODEIVNE. 42â

titre de Joyau plus précieux que le diamant , la liste alphabétique de tous les titres donnés en divers temps à la ville de Cagliari par les historiens , les rois , les papes , et les saints. C’est la très noble , la très illustre , la très riche , la très puissante ville ; c’est la tête du royaume ; c’est l’église des églises ; c’est enfin , suivant l’expression de Florus , et dans le sens absolu , la vide des villes.

auretis excellentiæ Caralitanæ ), et l'autre la Forteresse triomphale ( Tropugnaculum triumphalc ).

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