‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 63 sur 108 · LA PROVINCE OU JUDICAT DE TORRÈS OU LOGUDORO · texte numérisé non relu

LA PROVINCE OU JUDICAT DE TORRÈS OU LOGUDORO

Sauari. — Ses établissements. — Ses édifices. — Beauté du site. — Amphi théâtre de verdure et de coteaux eultivés. — Vignes, oliviers et orangers. — Territoire arrosé par plus de 400 sources et ruisseaux. —Fontaine monumentale du Kostllo. — Ruines de Torri s. — Dosa. — Alghcro. — Cratères de volcans éteints. • — Troupe de brigands inoffensifs , dont le chef est un homme de bonne compagnie. — Troupe de brigands féroces qui égorgent et dépouillent leurs victimes. — Grotte de Nepuatt. — Productions naturelles. — Population. — Commerce. — Industrie.

La superficie de la province de Torrès ou Lo~ gucîoro , attendu le grand nombre de montagnes dont elle est couverte, n’est pas évaluée à moins de 2,800 milles carrés.

Les rivières et ruisseaux qui l’arrosent, la fertilité de ses collines , de ses vallées et de ses plaines, le grand nombre de ses troupeaux, l’avantage de renfermer trois villes importantes , et plusieurs villages qui pourraient passer pour des villes, en font, sous tous les rapports, une des plus belles parties de la Sardaigne. C’est aussi celle qui a le pl us souffert des maux de la guerre , et de tous les genres de calamités. Les auteurs 'sardes, avec

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lesquels du reste il faut s’accoutumer à de l'exagération en tout, veulent qu’il y ait eu autrefois dans le Logudom dix-sept villes , et cent vingt villages de plus qu 'aujourd’hui.

La province de Torrès se divise en vingt arrondissements , savoir : i. Fluminaria; a. Nurra j 5. Romandiaj 4- Osilo ; 5. Ampurias j 6. Anglona ; 7. Monte Aculo ; 8. Goceano ; g. Marghine ;

1 o. Dons; 1 1 . Monteferro; 1 2 . Planargia ; i3. Bosa; i4- Cabu Abbas; i5. Costavalj 16. Oppia; 17. Meilogu; 18. Figulina ; 19. Coros; 20. Alghero.

i. Le nom de Fluminaria a été donné à l’arrondissement dont Sassari, la seconde ville du royaume, est le 'chef- lieu , à cause de la grande quantité de rivières et de ruisseaux qui l’arrosenl. Il a en superficie 90 milles carrés. Outre la ville de Torrès, dont il ne reste plus que des ruines, on y compte seize villages détruits.

La ville de Sassari, capitale du LoguAoro , est située sur la pente douce d’une petite montagne qui porte son nom. Le mont isolé, au«bas duquel la ville est placée, donne naissance à un grand nombre de sources et de ruisseaux qui entretiennent sur leur passage une riche végétation, et vont, à l’extrémité de leur cours , se joindre au Rio d’Ol~ tara, avant qu’il se jette lui-même dans le Turritano, ou fleuve de San. Gavinode Torrès. Les coteaux qui l’entourent, et qui sont parfaitement

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cultives, forment comine un vaste amphithéâtre , dont le coup d’œil est ravissant. Ces coteaux, et les jolis vallons qui les séparent, sont couverts d’oliviers, de vignes, d’orangers, de cédrats, de citronniers et de toutes les espèces d’arbres à fruits , que l’abondance des eaux et la douceur d’un climat égal et tempéré y font réussir aussi bien que dans les contrées de l’Italie les plus favorisées de la nature , ce qui leur a valu , de la part de quelques écrivains sardes , la qualification un peu emphatique de Paradis terrestre. La vérité est , sans aller toul-à-fait si loin , que Sassari est dans un site et dans un cantou charmants , où rien ne manque aux plaisirs des yeux et aux agréments de la vie.

Des boulevards bien plantés et de longues avenues de grands arbres forment de belles promenades autour de la ville.

On compte dans les vergers, les jardins, les plantations diverses des environs de Sassari, dont l’étendue se prolonge à plus de deux heures de chemin, environ quatre cents sources ou fontaines , qui fournissent une eau excellente , à laquelle le pays doit sa fraîcheur et sa fertilité. La plus parfaite de ces eaux est celle de la fontaine d 'Acqua Chiara, située à quelque distance de la ville , et d’où les Romains la tiraient, par le moyen d’un aqueduc dont on voit encore les ruines , pour l’usage de leur colonie de Turris Lybisonis.

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Une de ces fontaines, que l’on nomme 1 eRose/Jo, et qui est hors des portes de la ville, est un monument remarquable et dont les habitants de Sassari ont quelque raison d’èlre glorieux. Cette fontaine , entourée d’arbres, et revêtue de marbre blanc depuis sa base jusqu’à la dernière corniche , a cinquante pieds d’élévation , sous la forme d’un parallélipipède d’une longueur de vingt pieds, sur douze de large. De chaque grand côté s’élancent trois jets d’eau , et un de chacun des autres côtés. Aux quatre angles sont quatre statues de marbre , de la hauteur de sept pieds, représentant les quatre saisons. Sur le premier parallélipipède , un autre plus étroit soutient cinq tours dont quatre sont décorées des armoiries de la ville, et la cinquième de celles d’Aragon. L’édifice est couronné par deux arcs de marbre massif, croisés entre eux, qui portent au point de contact la statue équestre, aussi en marbre, de saint Gavino. Ces deux arcs reposent sur le second parallélipipède; vers le centre est une statue représentant un fleuve couché, du côté de la ville, et entouré de quatre tours qui s’élèvent du point d’union des arcs.

Parmi les autres édifices publics de Sassari, on admire la façade de la cathédrale, qui, par la beauté de son architecture et de ses ornements , serait digne d’un temple encore plus magnifique, quoique celui-ci ne soit pas sans mérite , et le pa-

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lais du gouverneur, qu'on a restauré et embelli, dans les premières années de ce siècle , pour servir d’habitation au duc de Montfevrat , frère du roi. On distingue encore le palais archiépiscopal , celui du duc de 1 ' Asinara, et le ci-devant collège des jésuites, où sont établies l’université et la bibliothèque publique.

Sassari a cinq paroisses, vingt- quatre églises, dix couvents de religieux , trois de religieuses , un séminaire , un collège pour l’éducation des nobles , et un hôpital.

Sa fabrique de tabacs jouit d’une grande réputation en Sardaigne , et l’on prétend que , quand les feuilles sont bien choisies, et après quelques années de fermentation , il égale en qualité celui de la Havane et de Séville, quoiqu’il en diffère par le goût et par la couleur.

Le tabac est une branche de commerce importante pour la ville de Sassari } qui en a plusieurs autres encore, dont elle tirerait plus de parti, si elle avait pour ses débouchés un port plus commode et plus rapproché d’elle '.

Sassari est situé à 4« degrés 43 minutes de la-

1 Le port de Sassari est Porto Torre , qui , construit de main d'homme , étant mal exposé, peu sùr, et n'ayant {tas de fond , ne saurait être considéré que comme une grande darse. I) y a un proverbe sarde qui dit que si Cagliari avoit le climat et l'eau de Sassari , et Sassari le golfe de Cagiïari , l'une où l'autre de ces deux villes serait une des premières du monde.

tilude septentrionale, et à 6 degrés 10 minutes de longitude. La beauté du climat et la pureté de l’air donnent à ses habitante une vigueur et un air de santé remarquables. On y cite plusieurs exemples de longévité. Ils sont pleins d’activité, de gaîté, d’aptitude pour les sciences , d’ardeur pour l’état militaire, et d’amour des beaux-arts. Sassari a été la patrie de plusieurs auteurs et officiers distingués. Les autres Sardes leur reprochent d’être trop engoués de leur pays ; mais ils répondent que la comparaison leur en donne le droit.

Une de leurs prétentions mal fondées est celle de l’antiquité de leur ville, dont quelques-uns d’entre eux , qui l’appellent Tatari, font remonter la fondation aux Tarlares , ou anciens Scythes , qu’ils supposent avoir débarqué dans le nord de la Sardaigne. Sassari ne figura comme ville qu’à lafin du treizième siècle, époque ou son enceinte fut formée de murailles entremêlées de tours , suivant l’usage du temps. Son vieux château , environné de remparts avec cinq bastions , a pu , daos un âge qui n’est plus , passer pour une place forte.

La population de Sassari n’est pas de 5o,ooo habitants , comme l’ont imprimé quelques auteurs Sardes, mais bien seulement de 20,000.

La ville antique de Turris Lybisonis , dont il a été plusieurs fois question dans cet ouvrage, était le plus important établissement des Romains dans

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