‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 73 sur 108 · RÈGNE MINÉRAL · texte numérisé non relu

RÈGNE MINÉRAL

Travaux des anciens et des modernes pour l'exploitation des métaux. — Minéralogie sarde. — L’or. — L'argent. — Le fer. — Le cuivre. — Le plomb* — Diverses substances minéralogiques. — Les marbres. — Les pierres dures.

La réputation de l’opulence métallique de la Sardaigne remonte à la plus haute antiquité. Les poètes , et même les géographes , l’appellent la mère des métaux , comme ils l’on t nommée la mère des troupeaux et des moissons. La Providence y avait , suivant eux , répandu ses trésors sur la surfoce et dans les entrailles de la terre.

Les Romains avaient établi en Sardaigne une grande exploitation. On trouve dans plusieurs parties de l’île des traces de leurs travaux. Ils en tiraient particulièrement du fer , du plomb et de l’argent. Ce dernier métal y était de leur temps, à ce qu’il parait , très abondant ’. Plusieurs contrées de cette île avaient reçu d’eux des noms qui indiquaient la nature de leurs produits. On trouve dans leurs itinéraires : métallo, feronia , ferraria, plant bea .

’ lu meUllis argentan» [îluriina est , liant solura illud argenti dires est. Salini. Polyhirtor.

LA SARI) AICS E

Tout le minerai delà Sardaigne n’a pas été fondu , ni tous les filons épuisés par les Romains. Long-temps après eux, leurs successeurs y trouvaient encore de grandes ressources ; les Génois enlevèrent, en 1280, à leurs rivaux, les Pisans, un trésor considérable , entièrement composé d’argent sarde. L’armée Pisane était chargée d’argent sarde en i3o5, au rapport de l’historien Zurita.

Les Espagnols, qui avaient aussi exploité les mines de l’île de Sardaigne, les abandonnèrent, comme celles de leur propre pays, après la découverte du Nouveau-Monde.

La maison de Savoie ne s’est occupée que fort tard des moyens de mettre à profit les richesses minéralogiques de cette île. Le chevalier Belly, commandant d’artillerie et directeur des mines de la Sardaigne, fut chargé par le gouvernement de rechercher et de reconnaître tout ce qu’elle possédait en ce genre. Ce travail, fait avec beaucoup de soin et d’exactitude , a été lfobjet d’un grand nombre de mémoires , qui embrassent un espace de vingt années d’exercice et d’observations, et dont M. le comte Prosper Balbi a publié des extraits.

Les savantes explorations du chevalier Belly , continuées par ses successeurs , avaient pendant quelque temps éveillé chez, les Sardes le goût de ces entreprises auxquelles s’étaient livrés leurs ancêtres , et le noble désir d’augmenter leur fortune

en contribuant à celle de l'état. Le gouvernement avait fait des concessions importantes pour encourager de si utiles travaux; il avait permis que, suivant la coutume des anciens temps, on employât à ceux des mines les malfaiteurs condamnés à perpétuité, qui, après avoir troublé l’ordre de la société , pouvaient devenir ainsi des producteurs; mais plusieurs causes morales, plus puissantes encore que les obstacles physiques , firent échouer tous les projets formés pour faire prospérer celte branche de revenu et d’industrie. Il faut convenir d’ailleurs que ceux qui se livraient à ces spéculations ne trouvaient pas assez de ressources dans les connaissances que leur offraient, en fait de métallurgie et de géométrie souterraine, les établissements scientifiques du pays , où ces études , fort négligées , sont toujours restées en arrière.

On recommença néanmoins à s’occuper des mines de la Sardaigne, lorsque la cour vinty fixer sa résidence. C’est dans ces derniers temps que M. le chevalier de Saint-Réal, homme plein d’instruction, de talents et de vertus, et son copiste, le comte de Varias, qui avait imaginé une opération en grand, que de mauvais calculs firent manquer, ont fixé l’état de la minéralogie sarde.

l’or.

On a de tout temps , et de nos jours aussi, cher-

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LA SARDAU1NE

ché des mines d’or dans l’île de Sardaigne. 11 s’est vu des circonstances où une découverte de ce genre aurait eu tout le mérite de l’à-propos ; mais on n’en a trouvé d’indice nulle part, pas même dans le Logudoro , sur lequel une étymologie imaginaire avait fait fonder de vaines espérances'.

l’argent.

Si la Sardaigne ne peut revendiquer l’honneur d’avoir donné de l’or, il n’en est pas de même de l’argent , qu’elle a autrefois produit en abondance, et dont elle n’est pas encore entièrement déshéritée *.

Les Romains exploitaient les mines d’argent de la Niirra , au cap supérieur. On voit d’immenses amas de décombres et de scories près de la pointe de X Argentant, ainsi nommée à cause de ses produits. L’exportationdes métaux manu facturés de ces mines

1 L’interprétation de ce nom, dans son sens matériel, qui représenterait comme le pays de Cor une province d'où l'on n’en a jamais tiré une once , a aucune époque , n'est pas plus déraisonnable que celle qui , dans un sens métaphorique , prétendrait exprimer l’idée de sa fécondité. Voici l’étymologie la plus vraisemblable de la dénomination de Logudoro. La puissante famille génoise des Doria , qu’on nommait en latin Auria ou Aurca , a élé^ pendant plusieurs siècles, la maîtresse absolue de presque toute la province de Torrès, qu’on appela , pour eette raison , Logu- Doria , Logudoro , pays des Doria , nom qui a survécu à son existence politique en Sardaigne.

* Ce fait est contraire à la théorie des minéralogistes, qui prétendent que l’or abonde dans les pays chauds, et que l’argent paraît aimer les régions froides.

se faisait par un port qui était dans le voisinage , et que les anciens appelaient Nymphœus portus. Le filon y est très bien décidé sur une étendue de terrain de près d’un mille, et dans plusieurs endroits il a été exploité au jour. Il aboutit à la mer, au milieu des bois.

On voit encore les ruines de deux anciennes fonderies près de Santu Lussurgiu, et de Laconi, l’antique t'alenfia.

Le département de Sarrabus renferme cinq mines , dont une de plomb sulfuré , est très riche en argent. Elle contient de l’argent corné, et même quelques veines d’argent natif'. On y a, dit-on , travaillé beaucoup autrefois ; mais elle est aujourd’hui abandonnée.

Il en est de même d’une mine située sur le territoire de Talatia , dans Y Ogliastra , dont on a perdu la trace. On raconte dans le pays qu’elle a donné un produit net de pour 100 d’argent pur , et qu’elle a fait autrefois la fortune de plusieurs familles.

Les mines du canton de Fluniini Maïor sont plus réelles. On y trouve partout, et en grande

' On appelle argent corné celui dont la mine se détache en petits copeaux demi-transparents , qui ont une apparence de corne. L’argent étant ordinairement combiné avec d’autres substances minérales , celui qu'on appelle natif est fort rare. On le trouve alors sous une forme irrégulière , en masse, en lames, en filets, en rameaux. Quelquefois il se présente sous celle d’une végétation de plantes , imitant des feuilles de fougère.

quantité , de la mine d’argent corné , et d’argent arsenical.

La montagne d ' Acqua Cotta , près de ViUa cidro , offre une ancienne excavation , où est un filon de plomb , contenant une demi-once d’argent par quintal. Celui des montagnes de Guspini et à'Àrbus est plus riche , et donne une once et demie pour cent. Les travaux sont toujours en activité , grâce à l’exploitation du plomb , qui marche de pair. La galène y est argentifère , à un plus ou moins haut degré , suivant l’endroit où l’on travaille. On en tirera peut-être un jour de plus grands avantages qu’aujourd’hui ; car quoique ce filon ait été ouvert il y a plus d’un siècle, et qu’il ait constamment et exclusivement alimenté les fonderies de Villacidro , il n’est encore , pour ainsi dire , qu’au commencement de son exploitation. Heureusement d’ailleurs , Y intempérie , qui a détruit beaucoup d’établissements de ce genre dans les différentes parties de l’ile , n’exerce point assez ses ravages dans cette région métallique , pour la rendre , comme tant d’autres , inhabitable pendant une partie de l’année.

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