Fol. 102, vo
VIE DÉ SIXTE-QUINT. 8il
Ecclesiam hanc, intermedio pariete, ruinosoque
Tectorio sublatis, pavimento strato, 'gradibus
Erectis, picturis ad pietatem accommodatis,
Altarique una cum sacris martyrum Alexandri
Papa, Eventii, Theodo^i, Sabinae et Seraphiae
Reliquiis, ob stalionerias pontificiasque missas
Celebrandas translate, in hanc formam
Restituit* Anno Pont. II.
6° Elablissement du Ponte Felice sur le Tibre ^
près de Borgketto.
Un des derniers ouvrages, et des plus utiles, entrepris par ordre de Sixte, fut la reconstruction du pont de Borghetto, ruiné depuis des siècles, et dont il ne subsistait plus que des vestiges, appelés le pile d' Auguste,
Depuis sa destruction, les voyageurs étaient obligés de traverser le Tibre en barque, en payant un péage. La Via Flaminia^ qui conduit à Ancone et dans les Marches, se trouvait souvent interrompue par le grossissement et le débordement des eaux du fleuve, qui, après les pluies ou les orages, présente tous les dangers d'un torrent furieux. Sixte résolut de faire cesser cet inconvénient grave, qui interrompait pendant plusieurs jours les communications régulières entre la capitale et une notable partie des États de rÉglise. Il donna Tordre à Fontana d'étudier le lieu le plus favorable, près delà cité de Magliano, où le nouveau pont devait être placé. Les travaux en furent commencés dans le courant de Tannée 1589, comme Tatteste cette inscription gravée sur une des pierres latérales :
5i*2 VIE DE SIXTE-QUINT.
Sixtus V. Pont. Max.
Ut commeantes trajectionis molestia
Et vectigali sublevaret
Pontem inchoavit
An. MDLXXXIX. Pont, sui V.
Trois piles furent entièrement achevées, la quatrième entreprise, et les arches en partie posées pendant cette année et le commencement de la suivante. Le pont entier devait être livré au mois d'août 1594 ; mais la mort de Sixte, arrivée le 17 août 4590, interrompit les travaux qui ne furent achevés qu'en i603, sous le pontificat de Clément YIII, ainsi que l'atteste la seconde inscription ainsi conçue :
Clemens VIU ^Pont. Max.
Pontem a Sixto V. Pont. Max. incœptum
Opère magnifico absolvit
Alveo excavato Tiberim induxit
A. S. MDCIII. Pont, sui XII K
Après avoir décrit les travaux si nombreux et si variés qu'il avait dirigés jusqu'à la fin de l'année 4389^ c'est-à-dire pendant moins de cinq années depuis Tavénement de Sixte , Domenico Fontana termine ainsi son récit :
«Pendantque je composais ce livre, notre seigneur^ suivant Pinclination de sa grande âme, a commencé beaucoup d'entreprises nouvelles, et il y en a d'autres mémorables, terminées aujourd'hui, que je n'ai pas racontées^ : car notre seigneur fait plus que les autres
t. TempesU, t. II, llb. X, n® xxv, p. 162. 2. Notamment la construction de la coupole de Saint-Pierre^ ainei que nous l*aTons expliqué, par Giacomo délia Porta.
ne peuvent écrire ou composer. C*est pourquoi, j'ai été obligé d'abréger les descriptions qu'il aurait fallu faire, pour démontrer l'importance et l'étendue de tant de magnanimes entreprises. Et qu'aucune langue humaine n'ait la témérité de pouvoir arriver à exprimer la grandeur d'âmè et l'excellence des actions d'un tel prince ! Aussi, bienveillants lecteurs, je prendrai un peu de repos, en vous présentant ce livre comme le commencement des grandes choses que continuera de faire notre seigneur : car, si j'avais voulu les embrasser toutes, je n'aurais jamais fini, puisque chaque jour il en commence de nouvelles. Vous accepterez donc le présent livre, en attendant de voir dans l'avenir des choses plus grandes encore, si, comme tout le monde l'espère de ce saint pontife, il plaît à Dieu de le conserver longtemps. »
Les espérances que Fontana exprimait pour l'avenir, les vœux qu'il formait pour la prolongation des jours de son protecteur ne se réalisèrent point. Sixte mourut au milieu de toute sa gloire, alors qu'il se proposait, comme le dit son architecte, d'entreprendre de nouveaux travaux. Bientôt après, accusé par ses ennemis, jaloux de ses succès et de sa faveur, Fontana tomba en disgrâce, et, pour échapper aux poursuites commencées contre lui, il crut devoir recourir à un exil volontaire. Réfugié à Naples, où il fut accueilli avec distinction par le vice-roi espagnol, et employé à des ouvrages importants, il y publia, en 1604, en deux volumes infolio, une seconde édition de son livre, complété par l'explication des travaux exécuté^ par lui dans sa nouvelle résidence. Cette édition prouve une fois de plus que, tant qu'il vécut, Domenico Fontana resta fidèle au sentiment de reconnaissance profonde qu'il con-
;>i4 VIE DE SIXTE-QUINT*
serva pour Tauteur de sa réputation et de sa fortune !. Aujourd'hui, près de trois siècles se sont écoulés^ depuis la mort de Sixte-Quint, et le temps, qui modifie tout, a apporté, dans les idées comme dans les choses» de profonds changements. La politique du pontife n'est plus que de l'histoire ; son trésor, entouré de tant de sollicitude dans la prévision des futurs besoins du Saint-Siège, a été dissipé par ses successeurs, sans aucun profit pour l'Église ; le brigandage , qu'il avait réprimé avec une énergie tenant de la cruauté , a recommencé après sa mort. Enfin , de tous les actes de son gouvernement , un seul a été respecté , c'est celui qui fixe à soixante-dix le nombre des membres du Sacré-Col lége. Tel est le sort des institutions humaines; elles ne naissent que pour disparaître bientôt, et faire place à des idées nouvelles. Mais, comme pour montrer la supériorité de l'art sur la politique, les monuments que Sixte fit élever dans Rome existent encore aujourd'hui, et ils attestent par leur nombre, leur variété et, leur masse, le glorieux règne du pontife , son activité . prodigieuse et son amour de l'utile, du grand et du beau.
1. Domenico Fonlana mourut à Naples en 1607, à Tâge de Bohante-quiitre ans ; il fut inhumé dans l'église de Sainte-Anne , de là nation lombarde , où. ses iiU lui érigèreot un tombeau dans la* chapelle qu'il avait construite pour lui et les siens.