‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 24 sur 174 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Mesures à l'aide desquelles Siile-Quint procure de l'argent au Trésor puntj> fical.— Création d'offices; augmentation de la finance de ceux existant. — Fondation de nouveaux Luogi di Monte. -^ Inip6t sur les boissons. — Pe* cunia Sistina, trésor déposé au Château Saint-Ange. ^ Liquidation des dettes des communes.

En prenant possession du Saint-Siège, Sixte s'était plaint de trouver le trésor public vide. La faiblesse de son prédécesseur avait laissé introduire, dans la perception des impôts et dans Tadministration des finances, les plus criants abus. Trompé par son entourage, Grégoire XIII s'en rapportait à des déclarations mensongères, et môme, quelquefois, à des états de recettes et dépenses fabriqués à dessein et entachés de faux. Gomme il n'avait ni la volonté ni le temps de vérifier par lui-môme, chaque année de son long règne augmentait les embarras du Trésor apostolique, et entravait les services publics. Le nouveau pontife savait depuis longtemps que le mal provenait de l'infidélité , des malversations dos employés des finances. Sans hésiter, il résolut, quelques jours après son élection, de remplacer les coupables, et de confier la gestion des deniers publics à des agents choisis par lui avec le plus grand soin, et sur l'intégrité desquels il croyait pouvoir compter.

En outre, il jugea nécessaire de modifier l'assiette

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de certains impôts, pour augmenter les revenus de TÉtat, tandis qu'il établissait Tordre le plus rigoureux dans les différentes branches des dépenses publiques. Grégoire XIII avait laissé arriérer la rentrée des impôts : il y en avait qui étaient dus depuis plusieurs années. Son successeur fit poursuivre les retardataires avec une extrême rigueur, ce qui, tout d'abord, le fit accuser d'avarice et de dureté. Lorsque ces différentes mesures eurent été mises à exécution, et que les recettes commencèrent à affluer au Trésor pontifical, Sixte eut la pensée de créer un fonds de réserve, auquel on ne pourrait toucher que dans des cas de nécessité absolue, et sous les conditions déterminées par ses bulles et acceptées par les cardinaux. 11 commença ces importantes réformes par la révision des anciens offices, et par la création de charges nouvelles.

On sait que, pendant un grand nombre de siècles, depuis uiïe époque reculée, les principaux emplois lucratifs, dans presque toutes les Cours de l'Europe, furent érigés en charges ou offices, soit héréditaires, soit personnels, les uns transmissibles au gré des titulaires, les autres réversibles par la volonté du prince. Ces olHces, concédés dans Torigine comme récompenses de services rendus au souverain ou au pays, ne tardèrent pas, pour la plupart, à être transformés en charges vénales, dont les princes augmentaient le nombre et Vimportance, selon que Texigeaient les circonstances et la pénurie de leur Trésor. La Cour de Rome, presque toujours gênée, en dépit des sommes immenses qu'elle tirait de tous les pays catholiques, n'avait pas échappé au triste expédient de la création d'offices moyennant finances. Bien avant Télection de

Sixlc-Quint, on en comptait un ^rand nombre à Rome et dans les États de l'Église. Parmi ces offices, les uns comprenaient des dignités et des fonctions imporlanlos, dont les revenus compensaient, et au delà, les intérêts du capital ou finance engagée pour les acquérir. Les autres, au contraire, pouvaient être considérés plutôt comme une satisfaction d'amour-propre et de vanité, que comme une spéculation. Tels étaient notamment les titres de chevaliers de Lorette, de Saint-Pierre et de Saint-Paul, qui avaient droit à certaines prérogatives plus glorieuses que lucratives ^ Sixlo, qui connaissait bien le cœur humain, augmenta le nombre des titulaires de ces derniers offices, en même temps qu il obligea les possesseurs des charges productives de revenus, pour les conserver ou en être investis, à verser de fortes sommes à la Chambre apostolique. Par exemple , son prédécesseur avait aliéné la charge de trésorier général pour quinze mille écus d'or en or à monsignor Ridolfo Buonfigliuoli, lequel, pour en tirer parti avec bénéfice, avait sous-traité avec des parents et à des amis du droit de percevoir les impôts et les taxes, tant à Rome que dans les provinces. Ces traitants, de leur côté, pour ne pas perdre à ce marché, pressuraient les contribuables avec la dernière rigueur, imposant môme des taxes arbitraires, et exerçant des poursuites qui avaient excité des plaintes générales, quelquefois même des troubles. Neuf jours après son élection. Sixte obligea Buonfigliuoli à résigner son office, et il le remit à Benedctto Giustiniani, Génois, prélat intègre, qui

Voy. dans Tcmpc.sti la liste de tous gli uffizi vacabili enon vacabili, à réiîoqiic de Sixte-Quint, 1. 1, lib. XVI, p. 254 et suivantes.

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versa dans le trésor cinquante mille écus, sur lesquels, après avoir remboursé les quinze mille écus d'or en or à son prédécesseur, il resta encore à la caisse pontificale vingt-cinq mille deux cent-cinquante écus, dont le pape put se servir immédiatement pour réprimer le brigandage ^

Plus tard, il fit une opération également avantageuse au Trésor, avec l'office du camerlingat, c'est-àdire celui qui constituait Texercice des fonctions du cardinal camerlingue. Le 23 mars 1588, Sixte Tattribua au cardinal Enrico Gaetano, qui déboursa cinquante mille écus pour l'obtenir. Mais, des revenus attachés à cet office, le pape détacha une rente de six mille écus par an, avec laquelle il créa le Mont du camerlingat^ dont il vendit les actions à raison d'un rapport de neuf pour cent, ce qui lui procura une somme considérable.

Il agit de la même manière à l'égard des autres offices, augmentant, pour les uns, la finance à verser au Trésor, élevant, pour les autres, le nombre des titulaires, également obligés à fournir une finance nouvelle : à l'aide de ces moyens, il parvint, en peu de temps, à remplir les coffres du Trésor.

Mais c'est surtout par la création de Monti, ou par l'extension de ceux qui existaient déjà, qu'il releva les ressources de la Chambre apostolique, et la mit à môme de pourvoir facilement à tous les services publics.

I. Tempestl, t. I, lib. XVI, n»» XII à XVII, p. 259 à 261. — W résulte de ce passage qu'à Rome, du temps de Sixte, Técu d'argent ordinaire, connu encore sous le nom de scudo et qui vaut aujourd'hui 5 Ir. 30, était à Vécu d'or en or comme \ à 1 ,60, environ. Par conséquent, l'écu d'or en or représentait environ 8 fr. 50.

A la différence des ofl9ces ou charges vénales, dont les possesseurs étaient tenus à Texerclce de certaines fondions, les Monii ne consistaient que dans la création d'un certain nombre de rentes perpétuelles ou viagères, dites Luogki di Afonti, servies, comme fruit ou intérêt du capital versé pour les acquérir, sur le produit d'un impôt, ofBce ou domaine spécialement affecté à cet effet, sans que les rentiers ou actionnaires fussent astreints à aucun travail ou obligation quelconque. Les Monti^ qu'il ne faut paâ confondre avec les Monti di pietà^ étaient fort anciens à Rome : ils constituèrent pendant le moyen âge la dette publique de la Chambre apostolique, et môme de certaines corporations et congrégations, et les titulaires ou possesseurs des actions de ces Monts, ne peuvent être mieux comparés qu'aux rentiers actuels des fonds publics des différents États de l'Europe, ou aux actionnaires des chemins de fer et autres entreprises; car le capital de quelques Monts romains servit également a des travaux et à des améliorations publiques. Malheureusement, l'administration des Monti était presque toujours mauvaise : il s'y glissait des abus et des fraudes qui forçaient le gouvernement; d'aboW à diminuer le taUx de la rente servie aux actionnaires, presque toujours, àd bout d'uh certain temps, à manquer complètement aux engagements contractés dans l'origine. Ces Catastrophes devinrent plus fréquentes lorsque la Réforme eut tari, dans beaucoup de contrées autrefois catholiques, la source des revenus de la Cour de Rome. Néanmoins, du temps deSitte, les finances pontificales inspiraient encore une telle confiance, qu'il ne lui fut pas difficile de faire affluer à Rome le versement dé sommes considérables dans les caisses publiques, en an-

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noncant la création de nouveaux Monts et Textension des anciens. Les actions, ainsi émises, pi*ocurèrent au pape un capital très-important.

Il compléta son système financier par tine augmentation de l'impôt sur les boissons, applicable seulement à celles débitées en détail par foglietta^ dans les hôtelleries et autres maisons ouvertes au public, et encore seulement dans les provinces, les villes de Rome et de Bologne demeurant exceptées ^

Ces mesures furent soumises dans plusieurs consistoires à Tapprobation des cardinaux, et leur exécution surveillée avec la sévérité la plus rigoureuse. Les agents du Trésor apostolique, titulaires d'offices, reçurent des instructions détaillées pour la tenue de leurs écritures et de leurs caisses, et pour la justification de leurs recettes et de leurs dépenses. L'ordre et l'économie succédant aux détournements et aux malversations, il en résulta que non-seulement Sixte put facilement assurer tous les services, entreprendre à Rome et dans les provinces des travaux utiles et des embellissements, subventionner à l'étranger des princes catholiques pour faire la guerre aux Réformés, mais en outre, créer un fonds de réserve pour parer aux besoins imprévus de l'Église et des États pontificaux.

Le 21 avril 1586, trois jours moins une année après son avènement, il déposa dans le château Saint-Ange, un million d'écus d'or (environ 8,500,000 fr.) , provenant des ressources qu'il s'était procurées pendant ce court intervalle de temps, et qui restaiëht libres d'emploi.

1. Sorte de bouteUle, contenant selon V Annuaire des longitudes^ environ 40 centililres.

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