‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 42 sur 174 · Ibid. , . n° xxiiii et suiv · texte numérisé non relu

Ibid. , . n° xxiiii et suiv

l'Église, cette ville et la province dont elle est la capitale avaient été constamment agitées par des tentatives de rébellion, excitées par les principales familles de la noblesse. Mais ces familles, qui se réunissaient dans une haine commune contre le gouvernement des légats, étaient profondément divisées entre elles, et se faisaient une guerre acharnée dans les campagnes et jusqu'au milieu des rues de Bologne. On y comptait alors deux factions également hostiles au pape, ayant pour chefs. Tune lesPepoli, l'autre les Malvezzi. Les premiers étaient soutenus par le duc de Ferrare, les seconds par le grand-duc de Toscane. Foulant aux pieds les bulles de Sixte contre les bandits, ces deux familles riches et puissantes entretenaient à leurs gages des bravi^ qu'elles employaient comme des instruments de leurs vengeances et de leurs passions, et elles inspiraient une véritable terreur aux citoyens paisibles. Les Pepoli étaient les maîtres des montagnes qui entourent Bologne; les Malvezzi dominaient dans la plaine : àTaide d'une armée de sicaires, ces deux factions, comme au temps des Guelfes et des Gibelins, se faisaient une guerre acharnée, et, depuis longtemps, elles s'étaient rendues redoutables aux souverains pontifes.

Sixte résolut de mettre un terme à un état de choses qui portait la plus grave atteinte, non-seulement à son autorité, mais à la sécurité de ses sujets. Dans un consistoire du mois de septembre 4586, le pontife avait déclaré : — « qu'il ne craignait que le péché, mais nullement les hommes; et qu'encore que les criminels l'accusassent de cruauté, il était décidé à faire une sévère justice, tant que les scélératesses n'auraient pas cessé, parce que cela était nécessaire

au bien public ^» En conséquence, il avait transmis au cardinal Salviali, son légat à Bologne, les instructions les plus péremptoires pour réprimer les factions qui troublaient cette ville. Mais, en politique prudent, il ne voulut pas engager la lutte contre les deux partis à la fois. Il commença par attaquer les Pepoli, dans la personne le leur chef Jean, personnage possédant d'immenses richesses, doué de la plus grande audace et souillé des crimes les plus abominables. Contrairement aux édits de Sixte, qui avaient ordonné de livrer les bandits à la justice, Jean Pepoli gardait dans un de ses châteaux forts un sicaire inculpé d'un grand nombre de meurtres. Les partisans des Malvezzi avaient dénoncé ce fait au légat, comme une atteinte portée à Tautoritê du pape. Le cardinal fit venir Pepoli et lui ordonna de remettre le bandil. Mais Taudacieux seigneur lui répondit avec insolence : ('. qu'il ne le livrerait pas, parce que tenant le château, dans lequel il le gardait en fief, de TEmpereur, il considérait ce domaine comme exempt de la juridiction de tout autre prince : qu'en conséquence, il appartenait à lui seul , comme feudataire de l'Empereur, de faire du prisonnier ce qu'il lui plairait, soit de lui infliger le dernier supplice, soit de le relâcher. » Le légat répliqaa que, selon la bulle du pape, tous les fiefs, non-seulement situés dans les États de l'Église, mais môme ailleurs, étaient, pour ce qui concernait la répression du brigandage, soumis à l'autorité du souverain pontife et du Saint-Siège apostolique. Mais Pepoli, se laissantemporter par son orgueil,

1. Galesini, cité par Tempesli, t. 1, lib. XVIII, n° xxxvii;, p. 293, et ad notam (It).

répondit tout jrrité:«que, eu égard à son fief, il n'était sujet que de Dieu, et qu'il ne reconnaissait ni pape, ni siège apostolique, ni aucun autre prince. » Indigné de cette arrogance, le légat le fit arrêter surle-champ et conduire en prison. Il envoya ensuite un courrier extraordinaire au pontife, pour lui rendre compte des faits et demander ses instructions. Craignant sans doute rinfluence des partisans des Pepoli à Bologne, Sixte résolut de faire instruire la cause à Rome, en Tabsence du prisonnier. Pendant la procédure, on intercepta des lettres écrites par Pepoli dans lesquelles il réclamait à ses amis, le duc de Ferrare et les Benlivoglio,^ de Bologne, des secours pour résister au pape, dont il parlait dans les termes les plus méprisants. En outre, il avait fait mettre en liberté le sicaire cause première de sa résistance. Ces deux circonstances firent hâter son procès : il fut condamné à mort par les juges de Rome, sans avoir été mis à mêmede se défendre, et Sixte envoya l'ordre au légat de procéder contre Pepoli comme sujet rebelle et coupable de lèse-majesté. Aussitôt cette dépêche reçue, le cardinal, sans tenir aucun compte des réclamations du duc deFerrare, accorda seulement au prisonnier le temps de se confesser, et aussitôt après, il le fit décapiter à Bologne. Son supplice remplit d'effroi tous les nobles ses partisans.

Ils étaient encore sou& 1 impression de la crainte inspirée par cet exemple de Tautorité absolue et de la justice sévère du pontife, lorsque Sixte, débarrassé des Pepoli, commanda à son légat de procéder (prout et de jure) ^ contre les Malvezzi. Ceux-ci, pendant le pontificat de Grégoire XIII , avaient fait incendier, sans être poursuivis, un grand nombre de fermes ap-

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partenant à la famille Bianchetta. Le^ légat Salviati, les ayant fait venir à son audience, leur ordonna, au nom du pape, d'avoir à réparer, dans un délai déterminé, les dommages causés aux Biancheltl, sous peine d'être considérés comme rebelles , s'ils refusaient d*obéir. L'exécution récente de Jean Pepoli leur enleva tout courage de résister à cette injonction; mais, ne voulant pas Texécuter, ils se hâtèrent de quitter Bologne et de se réfugier à Florence. Un seul , Pirro Malvezzi, homme hautain et déterminé, qui était leur chef, osa rester, comme pour déOer l'autorité de Sixte. Mais le cardinal le cita en jugement, sous l'accusation d'avoir fait assassiner Bartholommeo Bolognetti, un des habitants les plus recommandables. Cet ajournement remplit Pirro d'une telle épouvante, que, pour sauver sa vie, il prit précipitamment la fuite; mais Sixte le fit déclarer coupable de lèse-majesté ^

Les deux factions des Pepoli et des Malvezzi ainsi comprimées, Bologne et tout son territoire recouvrèrent leur ancienne tranquillité. Après les avoir pacifiés. Sixte trouva le moment venu d*embellir la ville, et de contribuer à l'avancement des lettres et des sciences dans cette contrée. Par ses bulles Cathedram militaniis et Inter cœteras^ d'octobre 1586 et de décembre < 588, considérant que la noble cité de Bologne s'était toujours distinguée par son amour pour les lettres, les sciences et les arts libéraux, il déclara vouloir y fonder un collège du nom de Montallo. Il prescrivit que cinquante jeunes gens de la province de la Marche seraient reçus et instruits dans cet établissement, dont huit au choix du protecteur, huit de

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