CHAPITRE XVII
L’éducation dans la ville de Sorel. — Les premières écoles. — Les Frères des Écoles Chrétiennes. — M. le curé Kelly. — L’ancien presbytère passe à la Commission scolaire. — La première Académie. — Démarches en faveur d’un collège classique. — Départ des Frères. — Les premiers souscripteurs du collège. — Le nouveau collège. — Sa bénédiction. — Sermon de Mgr Laflèche. — Embarras financiers. — Le collège est vendu aux Anglicans. — Il devient le collège Lincoln. — Il ferme ses portes. — Le Mont-St- Bernard et les Frères de la Charité. — L’Académie du Sacré- Cœur. — Départ des Frères de Sainte-Croix.
En 1824, les Fabriques furent autorisées par l’évêque à acquérir des biens meubles et immeubles et à employer le quart de leurs revenus au soutien des écoles confessionnelles. Il en fut ainsi à Sorel jusqu’à l’établissement de la Commission scolaire qui remonte à l’année 1846, s’il faut en croire le plus ancien rapport du secrétaire-trésorier de cette époque. Il y avait alors deux écoles, l’une pour les catholiques, l’autre pour les protestants, administrées toutes deux par le même secrétaire. Dans son rapport des années 1846 et 1847, il paraît avoir déboursé pour cet exercice la somme de 1,777 piastres. Le gouvernement, pour sa part, avait versé la somme de 161 louis, 13 chelins, 10 deniers.
L’école catholique était bâtie du côté nord de la rue Georges, sur le terrain de la Fabrique, en face du presbytère actuel. C’était une maison en bois où MM. Caissey, Augustin Defoy, Jean-Baptiste Bernardin, Hippolyte Guillebault, enseignèrent.
En 1848, M. le curé Kelly fit des instances pour confier cette école de garçons aux Frères des Écoles Chrétiennes. Ses démarches furent couronnées de succès. Les Frères firent leur entrée dans la ville et s’installèrent dans le presbytère en pierre, à deux étages. La Fabrique le vendit aux Commissaires pour la somme de 800 piastres, ainsi que le terrain de 290 pieds de front sur 180 de profondeur, borné d’un côté par la rue Georges, de l’autre par la rue Ramezay, appelée autrefois rue Léopold. Le Révérend Frère Rephaire en fut le directeur. M. le curé Kelly se fit construire une autre maison curiale attenante à l’église. En peu de temps, les Frères obtinrent de si consolants succès que le nombre des élèves augmenta. Les Commissaires bâtirent une maison plus spacieuse, en brique. Le 6 septembre 1851, M. le curé Limoges, les Commissaires, et plusieurs paroissiens demandèrent aux religieux d’ouvrir un pensionnat pour y recevoir les élèves de la campagne. Les Frères consentent à faire les frais de cette double tâche, et d’autres religieux viennent se joindre aux premiers.
En 1856, M. l’Inspecteur Archambault visite l’Académie et n’a que des louanges à adresser: “Dans cette ville, dit-il, les choses ont bien changé. Il y a peu d’années, à peine y avait-il deux pauvres écoles, l’une anglaise, l’autre française. Il y a maintenant une Académie de garçons et une Académie de filles sous l’administration des Commissaires, une Académie de garçons et une école élémentaire sous la direction des syndics protestants. Toutes ces écoles sont très bien tenues ; l’Académie des garçons est confiée aux Frères des Écoles chrétiennes qui instruisent plus de 250 enfants dont 50 sont pensionnaires. Les élèves de la classe supérieure apprennent avec succès le dessin linéaire, l'arpentage, la tenue des livres, la géométrie.... Les deux
DE SES ORIGINES À NOS JOURS
maisons où se tiennent les classes et où sont logés les Frères sont solidement bâties en pierre et en brique.... L’Académie est sous les soins de sept religieux. Cinq s’occupent de l’enseignement et deux du matériel.”
Cependant, à un moment donné, les membres de la Commission Scolaire refusent de payer le traitement de l’un de ces derniers. En apprenant cette nouvelle, le Révérend Frère Facile, Provincial, ordonne au Directeur de lui renvoyer le Frère auquel on refuse un juste salaire. Le Directeur de l’Académie donne avis aux Commissaires qu’il doit se conformer aux ordres de son supérieur et qu’il se verra dans la nécessité de fermer une classe de soixante-quinze enfants. Ces représentations ne produisant pas l’effet attendu, le 7 avril 1858, le Frère Rephaire prend le parti de fermer le pensionnat, de renvoyer les Frères qui en ont la charge, et de vendre les effets appartenant à la communauté. M. Crebassa fait vainement intervenir M. le Curé dans l’affaire. Cinq Frères restent au poste et terminent l’année scolaire.
Le Frère Facile donne avis aux Commissaires qu’il a l’intention de rappeler tous les Frères. Ceux-ci, néanmoins, continuent encore à enseigner aux enfants et à obtenir des succès.
Vers cette époque, un mouvement destiné à doter Sorel d’un collège classique se produit dans la ville. Ce vœu paraît être celui de tous. Pour l’établissement d’une telle maison, il est besoin d’obtenir le consentement de l’évênue de St-Hyacinthe. Au mois de février 1861, les citovens cont circuler une requête à cette fin et prient M. Crebassa de l’adresser à l’évêque. La réponse que fit ce dernier, le 5 mars 1861, montre que les pétitionnaires redoutaient de voir leur requête refusée.
“Monsieur,
“Selon le désir que vous m’exprimez par votre “lettre du 1er février, j’ai soumis à Sa Grandeur Mgr “l’Évêque la copie de la requête à vous adressée par une “portion des habitants de Sorel, concernant le projet d’établir dans cette Ville un Collège ou Lycée. Je suis chargé “de vous transmettre aujourd’hui la réponse que Sa Gran- “deur croit devoir faire, après calme et mûre délibération, “au Document dont le contenu lui a été soumis.
“Monseigneur aurait désiré quelque chose de plus explicite sur la nature de l’Établissement projeté. Le Document ci-dessus parle d'une maison d’Éducation d’un “ordre élevé, d’un Collège ou Lycée où les jeunes garçons, “sortant d’une école médiocre, pourraient perfectionner leur “éducation. Ces expressions désignent-elles un Établisse - “ment de hautes études classiques? Dans cette hypothèse, “Mgr ne pourrait concourir à la réalisation de ce projet, “croyant que notre pays possède déjà surabondamment “des Maisons de ce genre et même qu’elle porterait un coup “mortel au maintien et à la vie de nos grands collèges, et “il estime que sa conviction est aussi celle' des hommes les “plus amis de leur pays et de la cause bien entendue de “l'Éducation.
“L’Établissement d'une maison d’“Éducation d’un “ordre élevé” doit-il entraîner la destruction des écoles primaires, dont le très grand nombre de jeunes gens à Sorel “ont un si indispensable besoin? En ce cas, Mgr, mû par “le désir du plus grand bien du plus grand nombre des en- “fants, verrait avec peine la suppression des écoles en question.
Collège Mont-Saint-Bernard.
DE SES ORIGINES À NOS JOURS
“Enfin, le Document soumis à Mgr l’évêque ne con- “cerne-t-il que l’établissement d’une maison d’un ordre éle- “vé mais qui pourtant n’entrerait pas dans la catégorie d’un “Collège classique? Sa Grandeur déclare qu’Elle n’est pas “en mesure de se décider pour le moment soit affirmative- “ment soit négativement sur le concours qui lui est deman- “dé. Il manque sous ce rapport d’explications suffisantes “de la part des signataires du document qui fait le sujet de “la présente réponse. Tout ce qu’il croit pouvoir dire aujourd’hui, c’est qu’il ne voit guère par quel moyen il pourrait prêter son concours. Du reste, rien ne lui sera plus “agréable que de répondre aux vœux des habitants de Sorel “s’il lui est possible de le faire.
“J’ai l’honneur d’être, Monsieur le Maire,
“Votre tout dévoué serviteur,