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Etre jugé par le Tribunal des requêtes de l'Hôtel

2. Vers le milieu du xvi® siècle, un arrêt avait interdit le cumul de l'enseignement et de la profession d'avocat. Alors que le corps enseignant décline, au xvii« siècle, le Parlement accroît son autorité politique et tient tête au roi.

tassent la quittance du bedeau pour le payement des droits. » Les grades s'obtenaient sans qu'on eût accompli le nombre réglementaire des années d'études ou même sans rien savoir; il suffisait d'une attestation de deux écoliers certifiant que le candidat avait été vu aux cours; on fabriquait ou on vendait de faux certificats de bachelier et de licencié. I^es bedeaux qui délivraient les parchemins exigeaient des gratifications personnelles. Aussi, le nombre des professeurs et des élèves avait-il bien diminué. Il n'y avait plus que dixhuit professeurs dans les quatre Facultés, au lieu de vingthuit au moyen âge dans les seules Facultés de théologie, de droit civil et canon et des arts. Dans cette dernière, le nombre était tombé de huit à deux, dans celle de droit de douze à six; quant aux étudiants, le rapport de Bourlemont témoigne que les cours de droit les plus suivis l'étaient par cinquante étudiants, ceux de médecine par trente. Les leçons de théologie, seules, avaient un auditoire de trois cents écoliers. Nous sommes loin des dix mille du xvi® siècle, bien loin aussi du florissant état des études juridiques au xvi^ siècle.

Les étudiants. Si les études sont en décadence, les écoliers n'en sont que plus bruyants et indisciplinés. C'est par dizaines que l'on compte, jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, les ordonnances capitulaires ou les arrêts du Parlement interdisant le port des armes, les attroupements, la circulation après 9 heures du soir, l'extorsion de bienvenues aux étrangers équivalant à des vols, les assemblées de nations et l'élection de prieurs, les bals et mascarades qui se muaient en désordres souvent sanglants. Rixes, meurtres, constituaient le passetemps de cette jeunesse ingouvernable; en 1604, un écolier tue le capitoul qui prétendait faire respecter les arrêts du Consistoire; on en fustige jusqu'au sang, on en envoie aux galères, on en exécute même sans que l'exemple décourage les récidives. Les écoliers ne sont guère plus intolérables que les clercs des deux basoches (^), Palais et Sénéchal, confré-

I. Deux basoches existaient, en effet, à Toulouse : la basoche du Palais et la basoche du Sénéchal. Celle du Palais était placée sous le vocable de la « Sanctissime Trinité », l'autre sous le patronage de saint Jean l'Evangéliste. L'institution de la basoche toulousaine paraît avoir suivi de près l'établissement fixe du Parlement en Languedoc, d'après Vaïsse Cibiel {Acad. des Sciences, sér. VI, 1868, p. 221). Elle fut abolie, en 1790, comme toutes les autres institutions. (Voir abbé Cau- Durban, Me'm. Soc Arch., 1903, p. 166.)

ries aux cérémonies grotesques, dont les fêtes ou triomphes donnaient lieu à des cortèges de carnaval; on les supprima, en 1621, à cause des désordres qu'elles causaient; six fois, sous lyouis XIV, ces organisations furent dissoutes et rétablies. En somme, ce qui jadis n'était qu'un des aspects d'une vie ardente est, au xvii^ siècle, le fruit de la paresse et de la débauche. La discipline, déplorable sous Louis XIII, s'améliore légèrement sous Louis XIV. Les étudiants n'en demeurent pas moins les bêtes noires du capitoulat et de la population.

Les collèges maintenus par l'édit d'Henii II, Maguelone, Décadence Narbonne, Saint-Raimon, vSecondat, Saint-Martial, Foix, ^^^ collèges. Périgord, Sainte- Catherine et Mirepoix, apparaissent en pleine décadence. Une partie des locaux de Maguelone menace ruine; ceux de Narbonne consistent en bâtiments de "torchis et de bois, comme ceux de Secondât et de Saint- Nicolas ou Mirepoix. Presque tous ont des revenus insuffisants; les seuls qui puissent subsister avec leur dotation sont Saint-Martial, Foix, Périgord et Sainte- Catherine. Leur administration, assurée par les coUégiats, est souvent déplorable et nécessite de fréquentes interventions du Parlement; les trois quarts de la magnifique bibliothèque du collège de Foix ont disparu, perdus ou volés par la faute de prieurs négligents. Les pensionnaires des collèges déficitaires, ne pouvant y vivre et travaillant pour gagner leur subsistance, s'absentent cinq ou six mois de l'année, au grand préjudice des études. Dans les collèges bien rentes, et même dans les autres, les places sont devenues vénales (les collégiats proposent leurs candidats aux chambres vacantes) ; les prêtres qui 3^ demeurent en disposent comme d'un vrai bénéfice; elles sont souvent occupées par des riches, des enfants ou des illettrés, qui s' 3^ introduisent pour être logés et nourris à bon compte. La discipline et les mœurs laissent beaucoup à désirer. Les prieurs étaient élus par les collégiats eux-mêmes; ceux-ci portent l'épée, battent le pavé, introduisent des femmes dans leurs chambres; les études cèdent le pas à la danse et à l'escrime. En tout, neuf établissements, dont certains, Saint- Martial, Foix, Périgord et Sainte-Catherine, consistent en

vastes corps de bâtiments et beaux jardins, de belle apparence et de belle construction, abritent vingt-trois prêtres et cent trente-cinq collégiats, boursiers nourris par diverses fondations remontant au moyen âge. On ne peut imaginer organisation moins rationnelle et plus dispendieuse pour de si médiocres résultats.

Ives collèges. Deux collèges occupent une place à part; à vrai dire, ce

L'Esquile sont, à Toulouse, les deux seuls établissements d'enseignement e es j esui es. secondaire accueillant des pensionnaires et des externes. Le collège de l'Esquile, où s'enseignaient les arts, les lettres et la grammaire, fut tenu par des séculiers jusqu'en 1654; dans une salle attenant à ses locaux se trouvait la Faculté des arts, avec ses deux régents de philosophie, à laquelle prépaiait l'enseignement du collège. Le relâchement des études fit confier, en 1654, ^^ gestion de l'établissement aux pères Doctrinaires, av^ec un bail assez court et renouvelable. L'instabilité de leur situation empêcha les Doctrinaires d'entretenir les locaux, ce dont les capitouls (^) ne se soucient pas davantage; il n'y avait pas de chapelle, une classe en tenant lieu. Huit régents, un recteur, un procureur-s^'ndic, un préfet des classes, un principal, six frères répétiteurs, deux prêtres régents suppléants, trois frères lais assuraient l'enseignement, la direction et l'administration dans une maison qui comptait, en 1667, 967 élèves. Le collège des Jésuites en comptait 1.200, avec treize professeurs, un recteur et deux préfets, et, en tout, soixante-quinze religieux, dans un établissement vaste, bien bâti et bien entretenu, composé de l'ancien hôtel Bernuy, auquel les Pères adjoignirent les bâtiments et la porte de la rue du lycée actuel. Mais le rapport de Bourlemont, en rendant hommage à l'organisation, fait des réserves sur l'enseignement assuré, dit-il, par des professeurs trop jeunes, qui auraient eux-mêmes besoin d'être instruits. La ville fait quelques maigres sacrifices pour ces deux collèges : elle donne 4.000 livres par an à l'Esquile et 1.200 aux Jésuites pour les boursiers; elle offre à l'Esquile des prix (livres, argent, toques, épées). Mais elle ne fait aucune dépense pour l'instruction primaire, abandonnée aux initiatives privées surveillées par l'Eglise.

I. l,es locatix appartenaient à la ville. (Voir lyamouzèle. Budget des Beaux-Arts et de l'Instruction publique à la fin du XVII^ siècle [Revue des Pyrénées, igii, P- 113]-)

L'état de l'Université de Toulouse ayant attiré l'attention Réforme

du roi, une commission d'enquête fut constituée (arrêt du de 1 Lniversite. Conseil, 24 octobre 1667), composée de l'archevêque de Toulouse, de l'évêque de Montpellier, des intendants de Bezons et Tubeuf {^). En attendant la réforme, on défendit de délivrer les grades, ainsi que de pourvoir, par voie de concours, aux chaires vacantes; à cette simple annonce, les étudiants se précipitèrent en foule dans les Universités voisines pour faire procéder à leur examen. Il fallut étendre l'interdiction et la renouveler. Le rapport du recteur et des régents indiquait les réformes désirables : un règlement commun à toutes les Universités du royaume; l'immatriculation des étudiants, la fixation d'un temps minimum d'études, des examens sévères, les us et coutumes de la Sorbonne appliqués partout; la création d'un nouvel examen « d'agrégation » à l'Université pour les gradués et docteurs; le rétablissement de la liberté des élections magistrales et du droit d'inspection du recteur et du chancelier, l'un et l'autre compromis par les empiétements du Parlement; enlin l'augmentation des gages des professeurs.

Ce sont, à peu près, les réformes que réalisèrent les arrêts du Conseil du 7 septembre 1679, ^^'^ 23 mars 1680, du 16 juillet 1681 et du 10 août 1690. Ces ordonnances rétablissaient les vieilles règles pour l'obtention des grades en réduisant cependant la scolarité, établissaient l'immatriculation des écoliers, fixaient les droits d'examen; elles s'appliquaient seulement à la Faculté de droit civil et canon, qui était, pour tous, l'essentiel de l'Université. Elles établissaient, pour cette Faculté, un mode fixe de nomination des professeurs par le corps universitaire et confirmaient son privilège de fournir le recteur. Elles créaient, enfin, l'agrégation ouvrant l'accès à la carrière magistrale, d'abord comme auxiliaire du titulaire d'une chaire, puis comme titulaire; on créa douze agrégés, réduits peu après à huit. Enfin, elles innovaient sur un point important en ajoutant à l'enseignement du droit romain celui du droit coutumier ou français; le premier professeur de droit français fut de Martres. Ces

I. 1,'enquête s'est appliquée aux deux Universités de Toulouse et de Montpellier.

deux innovations ne furent pas accueillies sans résistance; agrégés et maîtres-régents, professeur de droit français et ' professeurs de droit écrit ne vécurent pas, au début, en parfaite intelligence. On n'abandonna pas sans regret les douces habitudes; le Parlement dut menacer de suspendre un professeur qui prenait trop de vacances et le sommer d'achever son cours dans les délais (1696). On dut morigéner des bedeaux qui percevaient plus que le droit réglementaire; mais, en somme, l'énergique quoique tardive intervention du gouvernement porta ses fruits. Les élections aux chaires se firent avec régularité, les examens reprirent de la valeur, si bien que le nombre des étudiants augmenta considérablement. La situation matérielle des maîtres s'améliora; en 1689, un professeur de droit touchait 2.453 livres, un professeur de médecine 580, un théologien 610. Ajoutons que le collège des Jésuites et le collège de l'Esquile furent incorporés dans l'Université, l'un en avril 1681 et .l'autre en août 1717.

Les arts. L'activité artistique a de quoi consoler de la décadence

des études et de la médiocrité de la littérature. La société cultivée continue à goûter le beau sous toutes ses formes; il existe à Toulouse de nombreux amateurs, collectionneurs de tableaux, de médailles et d'émaux, propriétaires de «cabinets « garnis avec discernement : les conseillers de Puimisson, Paul}^ de Frézals; des prêtres : François Filhol, hebdomadier de Saint-Etienne; Clamens et de Bourgade, chanoines; Dorât, sacristain. Mais, déjà, on ne rencontre parmi eux presque pas de marchands. La dépression économique qui atteint les fortunes atteint l'art indirectement, en interdisant les dépenses somptuaires. Il faut la richesse des Bertier, du président de Clary, surtout des Crozat, pour soutenir un mécénat qu'exerçaient, au siècle précédent, tant de familles de robe et de négoce. Si Clary nous à laissé le témoignage de son opulence et de ses goûts fastueux, Antoine Crozat, marchand et banquier (^), capitoul (1674 et 1684), n'a pas imité Bernuy ; ses deux fils, Antoine et Pierre, tous deux richissimes, sont allés vivre à Paris. La plupart des artistes sont réduits à travailler pour les églises et les confréries ou à solliciter les commandes officielles.

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