CONDUITE DU RECEVEUR DU DISTRICT
comité, l'armée révolutionnaire, la taxe et l'emploi qui en avait été fait. Lalobe, Bourgeois, Bourgoin, Leblocteur, Ponsard, Bouquot, Truelle-Lemaire, Truelle-Sourdat, Truelle-Navarre firent entendre les inculpations les plus graves et les discours les plus vifs (1).
L'emploi de la taxe révolutionnaire fut Tobjet de réclamations nombreuses. Plusieurs sections envoyèrent demander au receveur du district, Romain, s'il en avait versé le montant au Trésor, et' si Rousselin et Gâchez avaient remplacé les mandats non signés par des mandats signés. La septième proposa de réunir les taxés pour connaître, par leurs quittances, le chiffre des sommes perçues (2). Le receveur du district, fort de l'appui des sections, refusa de payer les mandats qui lui furent présentés les jours suivants par le commissaire national (3).
Celui-ci comptait encore sur le détachement de l'armée révolutionnaire, qui avait été mis à sa disposition, et qui était revenu naguère des districts voisins, où il avait procédé aux réquisitions légales et aux confiscations arbitraires. Ce détachement était arrivé avec des armes en mauvais état ; on les avait fait réparer, et des pierres neuves avaient été mises aux fusils. L'attitude des soldats était menaçante; leur langage ne Tétait pas moins. Quelques-uns disaient hautement que d'autres troupes
(1) Arch. de TÂube, L. 1467 et 159L.
(2) Reg. de la 8' section. Arch. de Troyes.
(3) fl Le lâche, dit le Rapport de Rousselin, ose répondre que telle est la volonté du peuple souverain. » p. 42.
186 PLAINTES CONTRE GACHEZ.
allaient arriver, qu'elles bloqueraient la ville et la traiteraient comme Lyon. Comme le commandant les avait consignés dans la journée du 22, le conseil général de la commune lui fit demander en vertu de quel ordre il avait agi. Le commandant répondit qu'il avait obéi à la discipline, en empêchant ses hommes de se mêler aux luttes politiques qui divisaient la ville. Il promit de ne leur faire prendre les armes que sur la réquisition des autorités constituées. On n'en demanda pas moins le départ ou la dissolution de ce détachement , qui, aux termes de la loi du 1 4 frimaire, ne pouvait subsister comme corps d'armée révolutionnaire. On voulut l'éloigner, en l'envoyant requérir des grains dans le canton de Lusigny ; il refusa d'y aller. Sa présence excitait à juste titre les défiances des sections, et elles ne cessèrent de la signaler comme injurieuse pour la garde nationale et pour la ville (1).
Ce fut surtout contre Gâchez que les sections se déchaînèrent, quand elles se réunirent le 22 décembre. Rien n'égalait la haine qu'inspirait le maire, si ce n'est le mépris qu'il méritait. Les plus modérées d'entre elles déclarent qu'il a perdu leur confiance ; la septième veut que les scellés soient apposés sur ses papiers ; la sixième demande son incarcération. La huitième signale sa dureté, son intempérance, son incapacité, son incurie (2). Les
(1) Rapport de Rousselirif p. 43. Dép. de la cit. Haillot. Arch. de l'Aube, L. 1523. Dél. mun. du 2 nivôse. Arch. de Troyes. Lettre du 7 nivôse. Arch. de TAube, L. 1467. Séance du 4 niv. de la 8C sect. La 8* sect. avait cependant refusé, le 2, de s*associer à la demande d'expulsion de l'armée révolutionnaire, formulée par la deuxième.
(2) Registres des sections. Dél. mun. du 2 nivôse. Arch. de Troyes.
DEMISSION DE GACHEZ. 187
réclamations sont si vives, si nombreuses, si prèssantés, que Gâchez est forcé d'y céder. En consentant à sa retraite, Rousselin espère encore une fois apaiser le mécontentement général. Le 23 décembre. Gâchez envoie sa démission aux huit sections. « Ce républicain, aussi pur que l'or passé au creuset, » dit-il en parlant de lui-même, « attend de vous avec sécurité et tranquillité d'âme le résultat de vos sages délibérations. )> Il demande une enquête sur ses actes. Le lendemain, il réitère sa démission, en la motivant sur « la paralysie dont la moitié de son corps est affectée, » et sur « une extension de nerfs, produite par ses travaux administratifs, qui lui a ôté le reste de ses facultés. » Le conseil de la commune hésite cependant à l'accepter; il désire qu'elle soit revêtue du consentement de Rousselin. Le peuple s'attroupe devant la maison de Gâchez ; s'il veut sortir, il est assailli dans les rues. Le 25, une multitude de femmes et d'enfants le suivent, le harcèlent et le couvrent de huées. Le corps municipal décide, à la majorité de neuf voix contre trois, qu'il sera consigné chez lui, et qu'un piquet de garde nationale sera placé dans sa maison pour le protéger contre la manifestation des sentiments populaires (1).
Ils s'étaient déclarés non moins vivement le 23 décembre. Un membre du district, nommé Baucheron, marchand de fil, avait fait peindre par Glédu une enseigne qu'il suspendit devant la fa-
(1) Lettres des 3 et 4 nivôse. Dél. mun. des 4 et 5. Autre document du même jour. Arch. de Troyes. Comité de la 4' sect. Arch. de l'Aube, L. 1591.