‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 111 sur 351 · NOUVELLE DE LA PRISE DE TOULON · texte numérisé non relu

NOUVELLE DE LA PRISE DE TOULON

s*empressa, à l'unanimité, d'obtempérer à ce désir; il révoqua en même temps, à la majorité de 14 voix contre 7, Tordre qui avait été donné aux portes de ne pas laisser sortir de la ville Gâchez, Hadot et Pecquereau.

La nouvelle de la prise de Toulon arriva à Troyes dans la soirée. Elle fut accueillie avec enthousiasme. Dans la huitième section, qui se réunissait au palais, un membre proposa de se « retirer dans la salle des Pas-Perdus et d'y danser. » D'autres chantèrent des couplets qu'ils venaient d'improviser, et dont le refrain fut répété par tout l'auditoire. La nouvelle de ce succès augmenta l'agitation dans la ville; les partisans de Rousselin étaient disposés à en faire le prétexte de manifestations bruyantes. Aussi, dans l'intérêt de la tranquillité, le conseil général de la commune interdit toute fête pendant la nuit, et ordonna que les postes seraient doublés (1).

Cette précaution était utile. Les soldats de l'armée révolutionnaire esconip talent déjà le triomphe de Rousselin, qui leur fit distribuer du vin. Beaucoup d'entre eux s'enivrèrent, se répandirent dans les rues, insultèrent les passants, et attaquèrent une patrouille de la garde nationale devant le perron de la maison commune. Les membres de la permanence intervinrent, et prièrent leur adjudant de les faire rentrer dans leur caserne. L'adjudant, tout en leur donnant cet ordre,

n'ayant dû être donnée que pour sa sûreté, et le G. Gâchez désirant avoir aujourd'hui sa liberté, je prie les citoyens membres du G. G. de la commune de lever la consigne. Autographe. Archives de Troyes. (1) Dél. mun. du 6 nivôse. Arch. de Troyes.

194 ATTITUDE DE l'aDJUDANT FLEURY.

répondit grossièrement aux officiers municipaux, en se vantant d'être allé à Paris chercher des troupes. Ailleurs, ces mêmes soldats se prirent de querelle avec des hussards, qui fêtaient la prise de Toulon dans un bal public situé près de Saint- Pierre, et qui les battirent à coups de sabres et de bâtons (1).

Le conseil général s'émut de ces désordres. Le matin, l'adjudant Fleury, comme pour braver la municipalité, fit planter un arbre de la Liberté auprès de sa caserne. Les spectateurs furent rares, et se tinrent à distance. L'adjudant fut mandé à la maison commune dans la journée pour rendre compte des faits qui s'étaient passés pendant la nuit. Il répondit avec arrogance, et quittant bientôt l'apologie pour l'accusation, il déclara qu'on n'était pas à Troyes à la hauteur de la Révolution, que vingt citoyens à peine assistaient à la plantation de l'arbre de la Liberté qui avait eu lieu le matin, et que presque aucun d'eux n'avait eu « le courage de crier vive la République. » Il parla ensuite de son voyage à Paris et de la conduite des sections avec tant de violence que de vives protestations s'élevèrent; la discussion s'échauffa, et le président invita l'adjudant à se retirer. Celui-ci fut si emporté qu'un assistant le traita d'insolent. Fleury demanda son arrestation; mais le conseil général, ayant entendu les explications de l'assistant, le maintint en liberté.

Les désordres de la nuit furent déférés aux tri-

Ci) Registre de la permanence, da 7 nivôse. Hist. du Terrorisme, p. 56.

ARBIVÉE DE BÔ. 195

bunaux. Quant au détachement de Tarmée révolutionnaire, qui prenait désormais le nom de bataillon de la Montagne, son indiscipline et sa violence étaient une menace perpétuelle pour la tranquillité; aussi le conseil décida-t-il, après une longue discussion, que sa dissolution aurait dû avoir lieu aux termes de la loi, et que Texécution en serait confiée à l'accusateur public (1).

Ce fut le dernier acte d'énergie du conseil général. Tous les esprits étaient dans l'attente du représentant envoyé par la Convention. On avait arrêté, dès le 23, que quatre membres de la municipalité resteraient en permanence* avec huit canonniers pour le recevoir. Une garde d'honneur devait le conduire à la mairie, et le canon annoncer son arrivée (2). Le 28 décembre, vers midi, le signal retentit, et le canon, en faisant connaître aux habitants l'entrée de BÔ dans la ville de Troyes, inspira à quelques-uns Tespoir, au plus grand nombre la terreur.

(1) Dél. mun. du 7 nivdse. Arch. de Troyes.

(2) Dél. du 3. Id.

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