‹ Histoire de TunisChapitre 57 sur 79 · OV1D · texte numérisé non relu

OV1D

(2) Les Musulmans furent entièrement expulsés de la Sicile l’an 484 de l’hégire (1091 de Père chrétienne). Voyez ci-dessus, la note 2 de la page 162.

mourutdans le mois de Redjeb de l’an 501 de l’hégire ( 1108 de l’ère chrétienne), laissant le trône de Tunis à son fils Ya hyâ, qui mourut l’an 509 de l’hégire (1115 de notre ère), et dont le court règne n’offre d’autre événement important que l’arrivée de Tripoli au territoire tunisien, de Mohammed-ben- Tomrout, surnommé Él-Ma.hady , qui dans la suite devait être le fondateur de la dynastie des Almohades.

Yayhâ eut pour successeur son fils Aly ; ce prince commença son règne en envoyant une flotte contre les habitants de l’île de Djerby, qui s’étaient révoltés et infestaient les côtes d’Afrique par leurs pirateries; puis, l’an 511 de l’hégire (1117 de l’ère chrétienne ), il alla assiéger la ville de Qabès , toujours portée à la rébellion, et dans laquelle Rafy-ben-Makân, secouru parles troupes de Roger (3) , roi de Sicile, s’était déclaré en révolte; Aly éprouva plusieurs échecs, qui le contraignirent de lever le siège , et Rafy, profitant de ses avantages , vint à son tour mettre le siège devant Mahadyéh; mais il fut défait par Aly, et se réfugia à Qayrouân, d’où il retourna à Qabès.

Aly n’avait régné qu’environ cinq années lorsqu’il mourut (4), l’an 515 de l’hégire (1121 de l’ère chrétienne).

(3) Roger II, fils du prince dont il a été question ci-dessus, dans la note 2 de la page 162, était né l’an 1097 de notre ère, et à la mort de son père, l’an 1101, il fut proclamé comte de Sicile et de Calabre , sous la régence de sa mère Adélaïde. Il prit le titre de roi de Sicile en n3o ; l’an 1147 il avait envoyé une flotte attaquer Tripoli, dont les pirateries dévastaient les côtes de ses États ; l’armée sicilienne prit la ville, et ramena en Sicile un grand nombre de prisonniers. L’an 1152 , profitant des querelles qui s’étaient élevées entre les princes musulmans de l’Afrique, le roi Roger II porta la guerre sur leurs côtes, et y fit plusieurs conquêtes. Aussi avait-il pris pour devise ce vers latin :

Appuluset Calaber, Siculus mihi servit et Jfer.

Enfin l’an 1 154 ce prince mourut, à l’âge de cinquante-huit ans. Il avait favorisé les sciences, et avait appelé à sa cour les plus savants des Musulmans, parmi lesquels ou remarque surtout le célèbre géographe Êl-Edryssy, qui composa pour lui plusieurs savants ouvrages,

(4) Dans le mois de Raby-él-d/cher,

L’UNIVERS

Le règne de son fils Hassan, auquel il laissa le trône, ne fut qu’une suite de désastres. L’an 519 de l’hégire (1125 de l’ère chrétienne) les Normands de Sicile s’étaient emparés del’île d e Djerby sur la côte d’Afrique. A cette époque une famine cruelle ravagea les provinces africaines , et un grand nombre de familles de ces pays vint chercher en Sicile un abri contre ce fléau. Le roi Roger, instruit de l’état misérable des populations de l’Afrique, voulut profiter de cette circonstance; il armauneflotte, qu’il réunit, auprès de l’île de Pantelerie, débarqua sur la côte harbaresque, et l’an 541 de l’hégire (1146 de notre ère) s’empara de Tripoli, puis l’an 543 de l’hégire (1148 de notre ere) de Mahadyêh , de Sfax et de Soussah ; de manière que les Francs se virent ainsi maîtres de toute la contrée qui s’étend depuis Tripoli jusques à Tunis.

Hassan avait abandonné sa ville de Mahadyêh , et avait pris avec toute sa famille la route de l’Égypte, dans le dessein de se réfugier auprès du khalyfe Hâfezzde-dyn-lllah (1 ); mais en chemin il changea d’avis , et, retournant sur ses pas, il préféra chercher un asile auprès d’ Ahd-êl-Moumen , qui venait d’établir avec éclat la dynastie des Almohades (2) dans le Moghreb él-Aqsâ (3), dont il espérait obtenir des secours contre les Francs.

(1) Voyez ci-dessus la note 3 de la page i63.

(2) La dynastie qui porte le nom à’ Almohades chez nos historiens, et à'êl-Mouahedyn, c’est-à-dire unitaires, chez les Arabes, commença à paraître en Afrique l’an 5i4 de l’hégire (1x20 de l’ère chrétienne ). El-Mahadyben-Tomrout , dont nous avons parlé ci-dessus, en fut le fondateur. Ayant été chassé de la ville de Marok par Aly, prince des Almora vides , il se retira à Soussah , où il se fit proclamer souverain par les tribus qui l’avaient suivi dans sa retraite. Cette dynastie, qui compte douze souverains , parmi lesquels le plus illustre est Abd-êl-Moumen-ben-Aly, qui succéda à êl-Mahady, régna sur l’Afrique et une pat'tip de l’Espagne pendant cent cinquante quatre-ans, jusqu’à l’année 668 de l’hégire (1269 de l’ère chrétienne), qu’elle fut renversée par la dynastie des Merinites ou Z en êtes.

(3) Les Arabes désignent par ce nom la partie la plus occidentale des côtes barbaresques.

En même temps il envoya trois de ses enfants, Yahyâ , Aly et Temym, vers un prince de la famille des Bény-Hammed (4), nommé Yahyâ (5), comme l’aîné de ses fils.

Abd-él-Moumen se décida facilement à aller expulser les Francs de leurs conquêtes d’Afrique; il connaissait leur esprit entreprenant, et leur établissement sur la côte africaine lui faisait concevoir des inquiétudes pour la sûreté de ses propres États : il fit en conséquence tous les préparatifs nécessaires pour la délivrance des Africains musulmans que la victoire avait soumis au joug des chrétiens de Sicile; il voulut lui-même présider à cette guerre sainte, et partit de Marok, l’an 554 de l’hégire (1159 de l’ère chrétienne ) , à la tête d’une armée de cent mille hommes, dont il confia la conduite sous ses ordres à un général nommé Hassan comme le prince fugitif.

Il se rendit d’abord maître de Tunis , puis il alla assiéger Mahadyêh. Pendant le siège il prit possession des villes de Tripoli, de Sfax, de Qabès , et de tout le territoire qui en dépend : une flotte envoyée de Sicile pour porter des secours à la garnison assiégée fut battue par la flotte musulmane.

Enfin l’an 555 de l’hégire (1160 de notre ère), Abd-él-Moumen entra dans Mahadyêh , où il établit un gouverneur, et qu’il mit en état de se défendre contre les nouvelles attaques que les Francs auraient pu tenter : bientôt après il compléta la conquête des autres places et des autres parties du territoire, et se vit ainsi en possession de toute l’étendue de pays qui avait appartenu aux Zeyrites. Toutefois , aucune partie de ces conquêtes ne fut rendue au prince détrôné, et par cette spoliation fut complétée l’extinction de cette dynastie,

(4) Cette famille était une branche de celle des Zeyrites ; elle descendait d eHammdd, fils de Yousouf et petit-fils de Zéry : elle habitait les montagnes situées au sud de la ville de Bougie.

(5) Ce prince était le fils de Azyz-b-Illah , septième descendant du fondateur de la famille. Celte dynastie, dépouillée par Abd-êl- Moumen , l’an 546 de l’hégire ( ii5i de notre ère ) , avait régné en Afrique sous neuf princes, pendant cent soixante années.

TUNIS

ui avait régné sur l’Afrique pendant eux cents années.

Chacune des provinces conquises eut son gouvernenr particulier, nommé par Abd-él-Moumen , et Tunis n’eut pas un sort différent de celui auquel furent soumises les autres parties du vaste territoire incorporé par la victoire au grand empire des Almohades.

Tant que la dynastie Almohade, dont Marok était la capitale, conserva sa puissance en Afrique, Tunis fut gouvernée par des délégués envoyés de la résidence royale , et cette ville fut ainsi en proie aux vexations de nombreux oppresseurs, profitantde l’éloignement du cheflieu du gouvernement pour se supplanter et se dépouiller mutuellement, par une série non interrompue de petites catastrophes intérieures sans aucune importance historique, mais dont le peuple payait toujours les frais en avanies et en spoliatiônsdetoute espèce : plus d’une famille musulmane abandonna alors Tunis pour aller chercher asile et protection chez les Chrétiens de la Sicile.

Une autre circonstance contribua encore à accroître cette émigration.

Abd-êl-Moumen , dont la passion favorite était celle de guerroyer en Espagne, pour en chasser les Chrétiens ou les soumettre de nouveau aux Musulmans, avait d’abord espéré pouvoir faire de ses nouveaux sujets autant de soldats pour recruter les armées qu’il voulait envoyer sur le continent européen.

Mais les Arabes refusèrent hautement de quitter leur pays, et se retirèrent dans le désert et dans les parties adjacentes du territoire, où ils excitaient des séditions : il fallut y envoyer des troupes et en venir aux mains avec eux ; ils furent battus l’an 556 de l’hégire ( 1 161 de Père chrétienne), et les tribus qui prirent le parti de se soumettre furent immédiatement envoyées en Andalousie; mais Ja majeure partie de cette population , attachée au sol natal , se maintint opiniâtrement en hostilité avec l’autorité des rois de Marok.

Cet état de choses dura sous Abou- Yaqoub , âl-Mansour-Yaqoub et J\âsser-le-dyn-Illah , successeurs à'Abd-él- Moumen , jusques à l’an 603 de l’hégire (1206 de Père vulgaire).

Pendant cet espace de temps les seuls

événements qui eurent quelque rapport avec Tunis sont les suivants :

Tandis que Abou-Yaqoub , petit-fils et successeur <Y Abou-l-Moumen , était occupé en Espagne à combattre le roi Alphonse, plusieurs troubles avaient agité ses provinces africaines.

L’an 568 de Phégire ( 1172 de notre ère), une troupe de'Turks, qui avaient quitté l’Égypte sous le règne de Salah-éd dyn ( Saladin ) avaient été conduits sur les côtes barbaresques par Taq-y-éddyn-Qara-Qouch ; les populations mécontentes des Arabes indigènes s’étaient jointes à ces étrangers, qui s’étaient rendus maîtres de Tripoli, de Tunis , Mahadyéhy et de quelques -autres places importantes.

Abou-Yaqoub se hâta d’accourir pour repousser les envahisseurs; et il les eut bientôt expulsés de ses domaines. Lorsu’il fut entré à Mahadyéh , il y reçut es ambassadeurs du roi de Sicile, avec lesquels il conclut une paix ou du moins une longue trêve, qui devait lui ôter toute inquiétude sur la sûreté de ses provinces orientales, et lui permit de retourner à son expédition de la péninsule espagnole.

AbourYaqoub faisait le siège de Santarem, en Portugal, lorsqu’il mourut, l’an 580 de Phégire ( 1 184 d-e Père chrétienne), laissant le trône à son fils Al- Mansour-Yaqoub , surnommé Abou- Yousouf.

La mort à! Abou-Yaqoub avait failli donner lieu en Afrique à une révolution générale. A la nouvellede cet événement, Aly-Ben-Ishaq , de la race des Morabe- (Almoravides)(l), qui régnait dans

(i) La dynastie des princes que nos historiens nomment Almoravides ou Marabouts , et que les Arabes nomment êl-Morabettyn ou êl-Molatemin, tirait son origine des tribus Hémyarites que le premier khalyfe des Musulmans, Abou-beker-es-Sadyq, avait autrefois envoyées conquérir la Syrie. Quelques-unes de ces tribus passèrent ensuite en Égypte, et de là dans le Moghreb avec Moussa, fils de Nassyr , sous lequel se fit la conquête de l’Espagne. Ces tribus ne suivirent l’expédition de Tàreq que jusqu’à Tandjah (Tanger ), où elles quittèrent ce général , lorsqu’il entra en Espagne : elles allèrent chercher dans le Sahra quelque point où elles pussent fixer leur habitation, et peu après s’emparèrent de Sedjelmesse. Ce fut

L’UNIVERS

File de Mayorque , vint avec une flotte attaquer la ville de Bougie, et s’en rendit maître, ainsi que de Tunis , de Qabès et des autres places principales de ce territoire; il en chassa tous les Al mohades , et fit faire la khotbah (1) au nom du khalyfe de Baghdâd, Nâsserle-dyn-Illah (2), annonçant ainsi solennellement qu’il abjurait toute obéissance envers les khalyfes d’Occident. Al-Mansour accourut aussitôt attaquer les troupes du prince almoravide , les battit, leur reprit Tunis et toutes les autres places dont ils s’étaient emparés , et les força à chercher un asile dans le désert.

Âl-Mansour-Yctqoub était retourné à la guerre contre les Espagnols; mais il se hâta de quitter son armée d’Espagne

alors qu’un de leurs chefs, noram éDjouhar, de la tribu dedjoudalah, appela auprès de lui un docteur, nommé Abd- Allah, pour instruire ses compatriotes, qu’il regrettait de voir plongés dans la plus profonde ignorance. Bientôt d’autres tribus se joignirent à la première pour participer à cette instruction ; et Abd- Allah leur persuada d’élire pour chef suprême un personnage recommandable par sa piété et ses vertus , nommé Abou-beker-ben- Omar, en lui conférant le titre d ’Êmyr-êl- Moumenyn, c’est-à-dire prince des croyants. C’est à cette époque que les tribus qui reconnurent l’autorité de ce nouveau prince adoptèrent le nom d'él-Morabetyn , c’est-à-dire, liés , attachés à la religion, La dynastie des Almoravide s comprend six princes, qui régnèrent pendant quatre-vingt onze ans sur l’Afrique et sur une portion de l’Espagne, depuis l’année 45o de l’hégire ( io58 de 1 ere chrétienne) jusqu’à l’an 54i de l’hégire ( 1146 de notre ère ). Les Almohades détruisirent la dynastie des Almoravides, dont quelques-uns se retirèrent dans les déserts et dont les autres restèrent possesseurs des îles Baléares.

(1) La khotbah est une formule de prière publique qui se fait le vendredi dans toutes les mosquées : l’imam y fait mention du nom du prince régnant, et cette mention est l’acte solennel par lequel on reconnaît sa souveraineté.

(2) Nasser-le- dyn-lllah fut le surnom du khalyfe Ahmed-abou-l- Abbas , trente-sixième prince de la première dynastie des Abbassides ; il était le fils de Mostaddy-bc-amr- Illah, auquel il succéda, l’an 5^5 de l’hégire (1180 de notre ère) ; il régna quarante-six ans et onze mois, et mourut âgé de soixante-dix ans, l’an 622 de l’hégire (1225 de notre ère), laissant le trône du khalyfat à son fils Ddher-b-Illah,

à la fin de l’an 593 de l’hégire (1196 de notre ère), en apprenant qu 'Aly-ben- Ishâq et les Almoravides étaient sortis du désert avec un grand nombre d’Arabes, dont ils avaient su attacher les tribus à leur parti ; mais la maladie le saisit en route, et il fut forcé de s’arrêter à Marok, où il mourut, dans le mois de Raby-ël-âkher de l’an 595 de l’hégire ( 1199 de l’ère chrétienne), après un règne de quinze années.

Abou- Abd- Allah -Mohammed, surnommé Nâsser-le-Hyn-lllah , fils d 'Al- Mansour , qui succéda à son père, se rendit lui-même dans les provinces orientales d’Afrique, l’an 607 de l’hégire (1205 de notre ère). Ce prince vint à bout de pacifier cette contrée et d’y apaiser tous les troubles que Aly-Ben-lshaq et ses Almoravides n’avaient cessé d’y susciter. Il quitta alors l’Afrique pour aller continuer la guerre en Portugal ; mais à peine Abou- Abd- Allah fut-il sorti de l’Afrique, croyant y avoir pleinement rétabli son pouvoir, que cette contrée changeait de nouveau de maîtres, et tombait des mains des Almohades en celles des Bény-Hafs,

Page 1