XIII
Les monnaies de Tripoli sont encore plus fréquentes à Tunis que celles d’Alger, et les monnaies d’or surtout y sont souvent plus nombreuses dans les forts payements que celles de la Régence.
Je crois donc devoir ajouter encore ici les deux empreintes suivantes de ces monnaies de Tripoli, qui sont remarquables par l’élégance avec laquelle elles sont frappées :
La face , B, porte dans un double cercle ponctué, et en quatre lignes, l’inscription suivante :
Soultân êl-berréyn, — ouKhâqan êlbaharéyn, — ês-Soultdn, ébn — és-Soultân.
« Souverain des deux continents , — et mo- « narque des deux mers , — le Sultan , fils « — de Sultan. »
Cette inscription de la face est la même que celle des sequins du Kaire.
Le revers, A, offre d’abord , dans le même entourage, 1 etoghrâ, ou chiffre impérial, du Sultan Abd-êl-Hamyd, dont nous avons déjà vu ci-dessus une monnaie ; puis en dessous de ce chiffre, et en quatre lignes, on lit la légende suivante :
Dourib — fy — Tr aboulons- Ghar b —
« Frappé— à— Tripoli d’Occident— 1187 (1). »
Cette monnaie a été frappée l’année de l’avénement du Sultan Abd-êl-Hamyd.
(i) L’année 1x87 de l’hégire a commencé le .jeudi 25 mars de l’an 1773 del’ère chrétienne.
XÏV.
Cette secondeempreinte est celîed’une variété du sequin de Tripoli qui ne diffère de la pièce précédente , du côté de la face, B, que par les traits qui séparent les lignes et par l’insertion du chiffre dix-sept au-dessus du mot êbn (fils ).
La différence du côté du revers , A , est plus grande; elle consiste surtout en ce qu’elle ne porte pas le toghrâ impérial , et qu’elle contient l’inscription suivante, en quatre lignes également séparées par des traits :
ES'Soultân — Selym-Khân ; azz nasr-ho!
— Douribfy Tr aboulons — Gharb, 1203.
« Le Sultan — Selym-Khân; Dieu illustre sa
«victoire! — Frappé à Tripoli — d’Occi-
« dent, 1203 (1). »
Le Sultan dont cette monnaie offre le nom est Selym-ben-Moustafa (IIIe du nom), vingt- septième prince de la dynastie ottomane, qui succéda à son oncle, Abd-êl-Hamyd , l’an 1203 de l’hégire f 1789 de l’ère chrétienne) : c’est lui qui occupait le trône de Constantinople à l’époque de notre mémorable expédition d’Égypte, et il a régné jusqu’à l’an 1222 de l’hégire (2).
Une remarque essentielle à faire ici est que les sequins de Tripoli sont en or du plus bas titre, et que leur alliage est d’argent, ce qui fait paraître très-pâle cet or ainsi allié.
Je terminerai cette notice par unavertissement essentiel au commerce , à l’égard des divers sequins de Tunis , ainsi que ceux de Tripoli , d’ Alger* et même
(x) L’année i2o3 de l’hégire a commencé le mercredi 20 sept, de l’an 1788 de notre ère.
(2) L'année r222 de l’Hégire a commencé le mardi 26 février 1807 de l’ère chrétienne.
du Kaire; c’est que, ainsi que je l’ai déjà» dit ci-dessus, leur valeur intrinsèque ne concourt pas toujours avec leur valeur nominative, et qu’il est prudent de ne j les accepter en payement qu’après leur avoir fait subir l’épreuve du trébuchet du changeur, et après s’être assuré de 1 leur titre métallique.
Dans les pays les plus civilisés de l’Europe, où des lois fixent de la manière la plus stricte le titre et le poids des es- 1 pèces d’or et d’argent , et où l’on met en I usage les procédés les plus parfaits pour | y parvenir, il n’est cependant pas très- I rare de rencontrer des pièces de même ] valeur dont le titre et quelquefois le I poidsne sont pas rigoureusement les mê- ] mes ; et ce fait est trop bien connu des essayeurs, et de ceux qui s’occupent du com- ! merce des métaux précieux, pour que l’on puisse être étonné de voir que les j sequins et même les piastres n’offrent pas un résultat identique lorsqu’on les ! soumet à l’essai et au trébuchet , quoique ces pièces soient frappées la même année, et on en sera d’autant moins surpris, qu’on devra se rappeler que les gouvernements orientaux qui font frapper ces pièces n’ont aucune loi qui les astreigne à une stricte régularité : de manière qu’ils sont maîtres d’altérer le titre et le poids de leurs monnaies toutes les fois que cette altération leur paraît convenir à leurs intérêts.
Arrivé au terme du travail que je m’étais imposé pour la Description et la Notice historique de la Régence, je ne puis poser la plume sans témoigner ma reconnaissance aux personnes instruites qui ont bien voulu m’aider de quelques renseignements relatifs à cette contrée, entre autres, à M. Duchenoux , qui a séjourné quinze années à Tunis en qualité de chancelier du consulat (maintenant secrétaire interprète du ministère des affaires étrangères et professeur à l’École des jeunes de langues établie à Paris au collège de Louis-le- Grand), dont je ne puis assez louer l’obligeance; j’associerai dans mes remercîments M. Alix Desgranges , dont j’ai fait mention ci-dessus, page 211 , et M. Alphonse Rousseau, premier interprète du consulat général de la république française à Tunis, membre de notre Société Asiatique de Paris.
J. J. Marcel.
1er décembre 1849.
TABLE DES MATIÈRES
Notice P r éliminai ht . . . . . Page i