‹ Histoire de Tunis; précédee du̕ne description de cette régenceChapitre 63 sur 77 · CHAPITRE Xffl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xffl

Établissement de la souveraineté héréditaire dans la Régence; — Mobammed-Bey ; — Aly- Bey; — Cbaaban, Dey d'Alger, s'empare de Tunis; — Abmed-ben-Chouk ; — Mohammed- Bey rentre à Tunis ; — Ramaddàn-Bey; — Mourâd-Bey; — sa révolte; — Ibrahym-ês-Chéryf ; — Hassan-ben* Aly ; — meurtre de Ibrahym-ês-Chéryf.

Ce fut en Tan 1060 de l'hégire ( 1650 de notre ère) qu'eurent lieu les premiers symptômes de cette nouvelle révolution qui rendit indépendants les Beys de Tunis, en annulant le pouvoir du Divan militaire, qui jusque alors avait été le vrai souverain de la Régence. Depuis cette dernière révolution, qui établit à Tunis une forme de gouvernement régulière et stable, il y a bien eu dans la Régence des catastrophes personnelles pour les princes qui occupèrent le trône ; mais aucun de ces événements ne changea le système héréditaire, et ceux même qui niaient ce droit à l'égard des princes auxquels ils voulaient arracher l'autorité, le réclamaient en faveur de leur propre descendance, dès ue leur usurpation avait été couronnée u succès.

La fuite du Dey Mohammed-Tcheleby, contraint, après quelques années de lutte, de céder le trône à l'agression violente des deux frères Aly- Bey et Mohammed- Bey, permit à ceux-ci , non-seulement de saisir le pouvoir, mais encore d'employer les forces qu'ils avaient réunies, à se délivrer du système électif et à rendre héréditaire la souveraineté de Tunis. Parvenus à la suprême puissance par la force des armes et sans les formalités de l'élection , ils prétendirent affranchir de cette dépendance leurs descendants, et leur transmettre par droit d'hérédité un trône dont ils ne devaient la possession qu'à leurs efforts personnels.

Ils y réussirent; leur habileté comprima peu à peu la turbulence insolente des milices et les prétentions des chefs de la force militaire: soit par la crainte qu'ils insp rèrent, soit par les faveurs et les largesses qu'ils répandirent, ils parvinrent à faire reconnaître généralement, dans toute la Régence , leur pouvoir

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comme héréditaire ettransmissible sans élection dans leur famille.

L'aîné des deux frères, Aly-Bey y fut le premier qui jouit de l'autorité souveraine fondée sur ce nouveau système.

La lutte avec Mohammed-Tcheteby avait été violente, mais assez promptement tef minée; celle avec le Divan militaire eut une plus longue durée; mais ce fut une lutte sans violence, toute d'intrigues et de négociations partielles.

Le reste du règne d'Aly-Bey fut paisible, et n'éprouva aucune secousse assez violente pour mettre en danger le nouveau trône , et en mourant il laissa l'héritage du pouvoir à son frère.

Le règne de Mohammed- Bey aurait été aussi tranquille, et également exempt de troubles dans son assez longue durée, si ses dernières années n'avaient vu cette tranquillité interrompue par une catastrophe à laquelle le souverain de la Régence était loin de s'attendre.

Le Dey qui venait de monter sur le trône d'Alger, Chaabân (\), à la téte d'une puissante armée , marcha à l'im-

f>roviste contre le souverain de Tunis, 'an 1100 de l'hégire ( au mois de septembre de Tan 1689 de notre ère). Il assiégea la capitale de la Régence, qu'il contraignit Mohammed-bey d'abandonner : devenu ainsi maître de la résidence royale , le vainqueur plaça Ahmed- ben- Chouk sur le trône de la Régence; puis il se hâta de retourner avec son armée, où le rappelait la nécessité de sa propre défense contre une flotte française.

Cependant Mohammed- Bey s'était réfugié chez les Arabes de la frontière:

et il réussit à faire embrasser son parti par ces peuplades; proûtant alors de l'absence forcée de Chaabân et de l'embarras où jetait ce Dey la guerre survenue entre la France et Alger, il reprit l'offensive, et s'avança à la téte des forces qu'il put réunir contre Ahmed-

(i) Chaabdn, trente-neuvième Dey d'Alger, y régna pendant environ douze années, de l'an 1099 de Phégire (1688 de l'ère chrétienne) à l'an ma del'héeire ( 1700 de notre ère). Il avait succédé k Ybrdhjm, el eut pour successeur M-Hastdn. Pendant la durée de son règne il avait été obligé de partager le pouvoir avec Ramaddàn, qui avait pris le titre de Pachd.

bm-Chouk, sur lequel il remporta plusieurs avantages.

Alors, a son tour, il vint mettre le siège devant la capitale dont il avait été expulsé, et peu de temps après il réussit à en redevenir le maître.

Chaabân, pressé alors plus vivement encore par les escadres de d'Estrées et de Touroille, que ne l'avaient été parcelle de Duquesne (2) ses prédécesseurs Él- Hassan (3) et Hosseyn- Mezzomorto, s'était trouvé dans l'impossibilité absolue d'envoyer le moindre secours à Ahmed-ben Chouh , qui fut réduit ï prendre la fuite et à chercher uue retraite à Alger.

Ainsi réintégré sur le trône dont il avait été dépossédé, Mohammed-By rétablit son autorité l'an 1 1 07 de Pbé-

Îjire (1695 de l'ère chrétienne) sur toutes es provinces de la Régence , et la conserva jusqu'à sa mort sans être davantage inquiété par les Algériens, trop occupés à se détendre eux-mêmes contre les attaques de la France pour pouvoir songer à de nouvelles hostilités contre leurs voisins, et trop heureux de ne pas s'en voir attaqués à leur tour, à titre de justes représailles.

Mohammed Bey eut pour successeur son second frère, Ramaddàn Bey. Le règne de ce prince fut pendant quelque temps paisible et tranquille; mais la trop grande douceur de son caractère et la , mansuétude qu'il montra dans son gou- l vernement n'étaient convenables ni aux mœurs de ses sujets ni aux circonstances critiques dans lesquelles il se trouva; et ce défaut d'une f« rmeté nécessaire dans ces pays fut à la Gn la cause de sa perte.

Son neveu Mourâd-Bey, fils d'^/jf-

(a) Duquesne avait bombardé deux fois Alger, la première fois en 168», pendaot le règne de ÊlHassan ; lorsqu'il fit subir on second bombardement à cette ville, ea 1684, les Algériens, exaspérés par leurs pertes, k révoltèrent, et le Dey alors régnant, Hotte]* Mezzomorto, ne put échapper à leur furear que par une fuite précipitée.

(3) Êl-Uassan, trente-sixième Dey d'Alger, avait succédé à Hadjy-Aly ; il régn» « l'an io8t de l'hégire ( 1670 de notre ère) * l'an 1094 de l'hégire ( i683 de l'ère chrétienne) : il eut pour successeur Hostej* Mezzomorto, qui ne régna qu'environ une auuée.

TUNIS

9iey f impatient de monter sur un trône qui devait lui appartenir un jour par droit (l'hérédité, son oncle n'avant pas de postérité, profita de la faiblesse de Ramaddân-Bey pour se former un parti, se déclara en révolte ouverte contre son oncle, l'attaqua, le Gt prisonnier, et le mit à mort pour s'assurer contre tout revirement possible des affaires.

Le règne du prince parricide ne fut

3u'un tissu de cruautés intolérables et e crimes inouis : ce règne dura trop longtemps pourlebonheurde la Régence; mais enunle prince, exécré universellement, fut à son tour assassiné par Brahymoxx Ibrahvm-ês-Chéryf (1); et par ce meurtre la dynastie de Mohammed- Bey se trouva éteinte après le court espace de quatre règnes seulement.

Ibrahym- és- Chéryf se fit proclamer Bey par le Divan ainsi que par les milices, et monta sans aucune opposition sur le trône du prince dont il venait de délivrer la Régence.

Cependant les Algériens avaient repris contre Tunis leurs hostilités longtemps suspendues , et Ibrahym -és- Chéryf ayant été fait prisonnier dans un combat qu'il livra a ses agresseurs, l'armée élut pour BeUy à sa place, Hassan-ben- Aly (2), fils d'un Corse renégat, nommé Aly-ét- Turky, qui avait été esclave à Tunis tt qui était devenu hiahyâ du Bey és- Chéryf.

En ce prince commença une nouvelle dynastie: son règne fut presque toujours exempt de troubles ; et il dut cette tranquilhté, si rare dans ces contrées, nonseulement à l'habileté de son administration , mais encore au suffrage universel de ses sujets, dont il sut mériter la bienveillance et rattachement.

Cependant le nouveau Bey sentit que sa sécurité ne pourrait être irrévocablement assurée tant que son prédécesseur lbrahym-és-Chéryf serait vivant et

S >ourrait lui faire courir les chances 'une rivalité dangereuse. Les souvenirs qu' lbrahym-és*Chêryf avait laissés de son passage sur le trône tunisien lui

il) Le nom à'Ibraliym ( Abraham) est vulgairement alléré par les harbaresques en celui de Brahym. *

(a) Plusieurs historiens uoninient ce prince JJousseynben-Aljr.

étaient favorables , et devaient lui créer un grand nombre de partisans secrets ; d'ailleurs, les Algériens eux mêmes ne

f>ouvaient ils pas, en rendant la liberté à eur prisonnier, tenter de jeter ainsi dans les provinces tunisiennes un brandon de discorde capable d'allumer un funeste incendie et de favoriser les projets haineux d'Alger, cette éternelle ennemie de Tunis.

Cette crainte inspira à Hassanben- Aly l'idée de recourir à la ruse pour se débarrasser du rival qu'il redoutait : il chercha à attirer Ibrahym és Chéryf dans les États de la Régenee, par l'appât d'un faux espoir; il y réussit assez facilement, en publiant qu'il ne gardait le trône de Tunis qu'à titre de dépôt, et au il n'attendait que le retour ^Ibrahymés-Chéryf pour se démettre entre ses mains de I autorité souveraine, qu'il prétendait n'exercer qu'en qualité de régent provisoire.

Abusé par une démonstration aussi capable de flatter son ambition, lbrahym-és-Chéryf ne tarda pas à s'échapper des mains des Algériens, qui peutêtre fermèrent les yeux sur cette évasion, par le motif indiqué ci-dessus; et il se rendit à Ben-Zert{ Bizerte), où il fut aussitôt saisi et mis à mort par les ordres de Hassan ben- Aly : cette exécution, qui désormais rassura ce dernier Bey contre toute crainte ultérieure de rivalité, eut lieu au mois de janvier de l'an 1118 de l'hégire ( 1706 de notre ère ).

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