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LE DIXIÈME JOUR DE MARS

Le couvent et l'église, bâtis sur les dessins de Mansart, s'élevèrent en six mois. Le 4 novembre 1684, l'abbé de La Motte, archidiacre de l'église de Paris, vint en faire la bénédiction, et les religieux purent, le même jour, transporter les reliques de leur ancienne maison dans la nouvelle et venir l'habiter.

L'église des Récollets était d'une grande simplicité. Il n'y avait dans le principe que trois chapelles placées du côté gauche. En 178G, l'architecte Huvé, père de celui qui construisit la Madeleine, à Paris, en ajouta trois autres en face, et profita de ces travaux pour orner l'église. On y voyait plusieurs tableaux de maîtres, entre autres le Centenier et la Résurrection du Fils de la Veuve de Naïm, par Jouvenet, placé aujourd'hui à la Cathédrale; — Saint Louis, par Michel Corneille, etc. Elle servait de paroisse aux habitants du Vieux-Versailles.

Le 5 septembre 1729, Charles-Gaspard-Guillaume de Vintimille, nommé à l'archevêché de Paris, reçut le pallium des mains du cardinal de Bissy, dans l'église des Récollets.

La dédicace de cette église n'eut lieu que le 21 septembre 1730. Le procès-verbal de la consécration est ainsi conçu :

« L'an 1730, et le 21e jour de septembre, fête de saint Mathieu, notre église de ce couvent royal de Versailles a été dédiée et consacrée sous l'invocation de saint Louis, roi de France, par Mgr Louis

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Label, évoque tic Bethléem, avec la permission par écrit de monseigneur l'archevêque de Paris, du i du présent mois et an, et du consentement du roi, fondateur dudit couvent, qui a député pour le représenter Mgr Adrien -Maurice, duc de Noailles, pair de France, premier capitaine des gardes-du-corps, chevalier des ordres de S. M., et comme gouverneur et ayant l'administration et l'intendance des châteaux de Paris, de Versailles et de Marly, pendant la minorité de messire Philippe, comte de Noailles, son fils, lequel, en conséquence, a assisté à toute ladite cérémonie, et ont signé conjointement le présent acte avec monseigneur Févêque de Bethléem et le père Provincial, gardien et Père de cette province, »

Le 15 octobre 1766, le comte de Noailles, alors gouverneur de Versailles, est reçu en grande pompe dans l'église des Récollets, où on le reconnaît comme père et syndic apostolique de ce couvent et protecteur de tous les Récollets de France.

La loi du 13 février 1790 ayant aboli les ordres monastiques, les Récollets de Versailles abandonnèrent leur maison. En 1793, on en fit une prison pour les détenus politiques. Ricbes et pauvres y furent jetés pêle-mêle. Dans le commencement des arrestations, chacun, dans la prison, s'arrangeait comme il l'entendait; le riche tâchait d'adoucir sa captivité par quelque jouissance ; mais le pauvre, n'ayant d'argent que par son travail, était très-malheureux, l'Etat ne donnant rien pour ce genre de prisonniers. Bientôt des plaintes s'élevèrent sur cet état de choses, et la Convention, voulant y remédier sans dépenser d'argent et appliquer jusque dans les prisons le système de l'égalité, rendit, le 26 brumaire an II (16 novembre 1793), un décret par lequel tous les détenus étaient mis au même régime, en ajoutant, bien entendu, que les riches payeraient pour les pauvres.

Le 24 nivôse an II (13 janvier 1794), ce décret fut

appliqué dans la prison des Récollets, par les représentants du peuple Delacroix et Musset, en mission à Versailles. Le préambule de leur arrêté est assez curieux pour être cité :

« Les représentants du peuple, députés dans le département de Seine-et-Oise, instruits que les mesures de sûreté générale ont forcé les autorités constituées à faire conduire dans la maison de détention tous ceux qui pourraient retarder la marche de la Révolution ; que parmi les détenus il en est plusieurs qui, par la médiocrité de leur fortune, sont réduits au pain de douleur, tandis que d'autres, souvent plus coupables, étalent à côté d'eux toutes les jouissances du luxe; voulant assurer l'exécution du décret du 26 brumaire que la sagesse et l'humanité ont dicté à la Convention nationale ; arrêtent : etc. »

L'exécution de ce décret ne rendit pas les pauvres plus heureux, mais elle rendit les riches plus malheureux, et, suivant le désir de la Convention, le régime de Y égalité fut appliqué ; et il le fut avec une telle rigueur, que tous les prisonniers renfermés aux Récollets mouraient littéralement de faim. Aussi un courageux citoyen, Maubeuge, dont le nom doit être connu, osa-t-il, chose rare en ce temps, sans crainte de ce qui pouvait lui arriver, dénoncer à la Convention la triste position des prisonniers des Récollets.

« Je viens à votre barre, dit-il dans sa pétition, au nom de l'humanité souffrante, au nom des malheureux détenus de la maison d'arrêt des Récollets de Versailles, réclamer pour ces infortunés votre justice et la sévérité des lois.

« Je ne chargerai pas le tableau des maux et des privations pénibles qu'éprouvent ces malheureux prisonniers. Je ne connais que la vérité, je la dirai toute nue.

« Votre sensibilité sera sans doute émue en apprenant que ces infortunés ne mangent jamais de pain, et qu'ils s'estiment heureux

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subsistance pour uppléer à la faible portion de ris qui ■ ni, In- chaque jour,

« Dans cet état déplorable, ces malheureux invoquent à grands cris la justice de la Convention nationale, et c'est pour me rendre à leurs vieux que je viens aujourd'hui, législateurs, vous prier d'ordonner leur prompt jugement, car je n'invoque aucune grâce, les détenus eux-mêmes n'en demandent pas. Mettez un terme à leurs maux, mille fois plus cruels que la mort môme. S'ils sont coupables, qu'ils soient jugés; mais si leur innocence est reconnue, qu'ils soient promptement rendus à la liberté et à leurs malheureux enfants. »

Cette courageuse pétition fut renvoyée au comité de salut public; mais elle changea peu la position des détenus, et elle n'abrégea pas leur détention. Il fallut pour la faire cesser la chute de Robespierre, et la révolution opérée dans le gouvernement après les journées des 8 et 9 thermidor.

En l'an IV [179C), on eut le projet de faire une place devant le Jeu-de-Paume et d'établir une rue venant directement y aboutir, en partant de la rue Saint-Julien. On abattit alors l'église des Récollets; mais le projet ayant été abandonné, l'emplacement servit à augmenter la cour de l'ancien cloître.

En Fan VII 1199) , le bâtiment des Récollets servit d'infirmerie aux invalides ; depuis il a été transformé en une caserne d'infanterie qui peut contenir 31G hommes.

Nos 11 et 13. — Maisons qui appartenaient à Félix, le chirurgien de Louis XIV. En 173V, le n° 11 portait pour enseigne : A la Colombe de VÊpée de Bois.

Nos 17, 21, 23, 25 et 27. — Maisons appartenant à D'Aquin, premier médecin de Louis XIV. En 173 V, le

n° 17 avait pour enseigne : Au Soleil d'Or. Le n° 21 : A V Image de Notre-Dame. Le n° 23 : A l'Hôtel de Jouy.

CÔTÉ DROIT

N° 2. — Maison A la Belle- Alliance.

N° 8. — Aux Armes de Savoie.

N° 10. — Aux Bons -Enfants.

N° 12. — Sous Louis XIV, hôtel du comte de Croissy.

N° 16. — Dépendances du pavillon d'Orléans.

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