‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 143 sur 922 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

rochers des Pyrénées. La terre du Maréchal, comme on l'appelait, était un morceau coupé par l'épée de la conquête, dans la lisière orientale du comté de Foix, sur les deux rives de l'Ers pyrénéen. Elle s'étendait depuis les confins de la ville de Pamiers et de l'abbaye de Boulbonne â l'ouest, jusqu'aux sources de ce gave qui descend des gouffres fatidiques du Thabor. Ce vaste domaine comprenait, sur une étendue de quinze lieues, les châteaux de Mirepois, Dun, Léran, Mazerolles, la Roque, Lavelanet, Montferrier, Bélestar, d'innombrables villacres des pâturages immenses, et la forêt de Bélèstar^^qui touche â la Cerdagne. Mais le chef croisé n'avait pu soumettre encore le château de Montségur donjon aérien du pays d'Olmés, défendu par le chevalier Ramon de Péreille, son légitime seigneur par les faidits réfugiés sur cette cime sauvat^e et par la protection tacite, mais eff^ective et redoutée du comte de Foix. '

Ces fiefs de la croisade qui relevaient directement du roi, formaient un vaste demi-cercle de camps fortifiés. Ils s'étendaient sur les flancs de Carcassonne, métropole de la conquête, comme deux grandes ailes : au nord , Saissac, Castres et Lombers; au sud, Limous, Chalabre et Mirepois et se terminaient à Pamiers et à Albi, où résidaient deux sénéchaux français, ou plutôt aux châteaux de Cordoue et de Saint-Antonin vers l'Aveyron et de Foix et de Montgaillard sur les Pyrénées. Jetés tout au travers du pays cathare, ils le coupaient en tronçons; ils tenaient en respect les comtes de Toulouse et de Foix, les proscrits errants en armes

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et par bandes dans les forêts, et les populations toujours frémissantes qui regrettaient les seigneurs indigènes et les ministres albigeois, représentants de la nationalité romane. Et pour que les chefs de la conquête ne s'affaiblissent jamais par le partage de leurs fiefs, entre leurs descendants, selon les coutumes du Midi, ils furent, ainsi que les autres tenanciers français, strictement soumis au droit féodal du Nord. Ils adhéraient entre eux comme récaille à Técaille sur la croupe du dragon ; ils s'unirent par des mariages, parents d'ailleurs par leurs origines, alliés aux maisons deMontfort et de Montmorency, issus tous de l'Ile-de-France, des environs de Saint-Germain en Laye, et même officiers de la cour féodale du monarque capétien. La fière régente n'avait remis qu'à ses barons les plus affidés la garde de sa belle conquête pyrénéenne.

Le légat et les sénéchaux terminèrent au prin temps la démolition des murailles des villes condamnées. Fanjaus, Laurac, Saverdun, Hauterive, la Bessède, Avignonet, Gastelnaudary, Puilaurens, Lavaur, Saint-Paul- d'Agoût, Rabastens, Gaillac, Montagut,Puicelci,Verdun,Gastelsarrasin,Moissac,

Montauban, Montcuc, Peyrusse, Agen, Gasseneuil, Condom, Pujol, Hautvillar et cinq autres, en tout trente villes ou châteaux, furent démantelés de leurs murailles, comme les chevaliers dépouillés de leur armure. C'étaient les forteresses du cathàrisme poUtique et religieux, du patriotisme méridional. Toutefois les cinq cents toises des remparts de Toulouse ne furent point abattues ; le roi préféra comprimer par la terreur le peuple frémis-

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