‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 182 sur 922 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

rappelle encore Tes cris d'alarme, de désolation ou de combat dont retentirent ses rochers ; enfin des grottes nombreuses, profondes, et revêtues de leurs douloureux mystères. Au sud, les carrières de marbre de Pradellas étaient les alvéoles sauvages où, comme une abeille laborieuse, vivait avec ses compagnes une diaconesse célèbre du doux nom de Mélina. Au nord, au-dessus de Mas-Amet (le hameau du Consolateur), au pied de la cascade de Ninouvre, on voit encore la grotte de Saurimonda, séparée, par un mince lobe de granit, de celle de sa compagne ; et de l'autre côté du torrent, se trouvent les cavernes des Josious^ Ce sont des retraites albigeoises et sans doute Saurimonde, comme l'annonce encore son nom roman (ipsa aura mundi) fut la prophétesse du camp des faidits d'Hautpoul. 11 faut que cette diaconesse ait frappé bien vivement l'imagination de ses contemporains, pour que son souvenir reste attaché à sa cellule de rocher depuis plus de six siècles.

C'est du château même d'Hautpoul que doit être sorti le chef inconnu de la Montagne-Noire. Il n'y a qu'un proscrit indompté qui ait pu se donner fièrement le titre de roi des monts d'Haupoullois, et du haut de ces cimes inaccessibles, le jeter, par une bravade superbe, à la face du roi de France. Quoi qu'il en soit, son royaume sauvage s'étendait sur le versant septentrional du pic de Nore jusqu'au fleuve du Thoret entre Saint-Amand à

1. Des Juifs. Les Israélites proscrits, qui s'y réfugièrent plus tard, ont effacé le souvenir des Albigeois.

Test, et Labruguière à Touest, qui même en était une dépendance. Il comprenait les bourgades de Négrin, de, la Higue, de Roquerland, de Mazamet, jetées dans les ravins de ce chaos de rochers que dominent fantastiquement les poétiques tours d'Hautpoul *.

Hautpoul signifie le haut pic, mais son roi crut devoir prendre un emblème vivant, amoureux et guerrier. Par un héroïque jeu de mots, il adopta pour symbole héraldique, six coqs noirs aux crêtes et aux barbillons rouges, perchés sur le rocher 2. G*est Toiseau des Gaules, ennemi des Francs et des Romains, le clairon chevaleresque et rustique de la lumière, dont la voix vibrante appelait Taurore de l'indépendance du Midi. Peut-être ces six coqs représentaient-ils la fédération des principaux chefs faidits de Nore : au nord, Castres, Lombers, Hautpoul ; au sud, Saissac, Gab-Aret, Minerbe. Les chevaliers de TAlbigeois menaient à leur suite des archers d'Arifat, d'Agrefol, de Montredon et de Roquemaure. Les barons de Cabardez entraînaient les seigneurs dépossédés du Carcassez septentrional. Les seigneurs de Garlipac (Garoli-pagus) dont les biens donnés par Simon et Amauri de Montfort à Pierre le Sanglier (lo singlar), avaient été, en grande partie, rétrocédés par le fils de ce croisé à l'abbaye de Villelongue ^. Les seigneurs de Pech- Aric (Podium altum),' et ceux de vingt autres chàtellenies inféodées par le rôi de France aux jeunes

Page 1