LIVRE TROISIÈME
service du monarque capétien, traita pour son château de Termes, gardien de cette frontière du Roussillon. L'acquisition contrainte de Termes commença la longue spoliation de ce grand baron des Corbières dont l'immense domaine fut, lambeau par lambeau, démembré successivement et dévoré par le roi de France, la maison de Voisins et l'abbaye de la Grasse *.
Ces barons pyrénéens étaient sans doute accompagnés de leurs femmes, [de leurs filles, de leurs enfants, de leurs serviteurs, formant comme une tribu d'exilés. A la tête de ces matrones romanes devaient être la fameuse Loba de Pech-Nautier et sa belle- sœur, non moins renommée, Brunissende de Cab-Aret, Ermengarde de Castres, la belle Albigeoise, la blonde Aladaïs de Boissezon, et la dame de Minerbe, qui sans doute réalisait son doux surnom de Gemesquia (Gemma-esquiva), la perle basque, héroïnes de ballades, épouses de héros d'épopée et d'histoires chevaleresques. Autrefois elles étaient de brillantes châtelaines; elles ont jugé sous l'orme vicomtal, présidé aux tribunaux d'amour de Puivert. Elles ont vu à leurs pieds le roi d'Aragon, les comtes de Toulouse et de Foix. La croisade interrompit ces galanteries féodales, ces poétiques et sentimentales solennités *. La tempête les enleva de leurs manoirs et les dispersa comme des colombes plaintives derrière les Pyrénées. Elles y reçurent les princes blessés et