‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 221 sur 922 · Monte-Olivo · texte numérisé non relu

Monte-Olivo

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LB PAYS d'OLMÈS. - BAMON DE PEIBILHA. - FONDATION DE M0NT8ÉGDR. — CAMP DU THABOR SOUS LA PREMIÈDE CROISADE. — SIÈGE DE MONT- SÉGUR. — MONTSÉGUR INBXPCGNABLE DANS LES NUÉES.

De Toulouse, après deux jours de marche, au pas de leurs chevaux, ils arrivèrent dans le pays d'Olmès(Ulmorum) . C'est un petit territoire bocager et .pastoral, pittoresquement jeté sur les racines septentrionales des montagnes du jThabor qui forment la limite orientale du comté de Foix. L'Ers qui sort de l'Estang-Mal, et le Lectorier qui descend de l'Estang-Tort, l'entourent comme d'une écharpe de torrents et de cascades. Entre ces deux craves, sur une crête chauve, qui domine des chaînes boisées, se dresse un château qui semble le donjon aérien de toute cette région gracieuse et sauvage. Ce château, ancien castellum romain, et, plus anciennement encore, sanctuaire cantabre du soleil, c'est Montségur. Vers le nord, et comme à ses pieds, se trouvent Lavelanet, dans son vallon, et plus bas encore, formant la base du triangle, la Roca d'Olmès, sur son coteau rocailleux, et Pérelha sur un monticule pierreux d'où dérive son nom primitif de Peyrèla. Pérelha, la Roca, Lavelanet, et sur son âpre cime Montségur, formaient du nord au sud, et sur une étendue de cinq à six lieues, le domaine féodal des fils de Comet ou Gomèta. Les trois Gourgs

UVRE QUATRIÈME ZSl

druidiques du Thabor (gurgites) , l'Ers qui sourd de ces cuves volcaniques pour disparaître en chemin dans d'autres gouffres, le Lectorier qui sur les flancs obscurs du Montferrier va s'échevelant en guirlandes d'écume et en cascatelles, la fontaine intermittente de Belestar qui jaillit d'une sombre grotte, Fontestorbes, Fougars(Fouas) et plus haut encore le val de rEnchantement,des souvenirs fatidiques, des vestiges du culte héliaque ou vulcanien, répandent sur ce territoire, d'ailleurs si pittoresque, un charme de religieux mystère et de grâce funèbre*. Les montagnes ont une teinte ferrugineuse ; leurs roches plombées se revêtent de noirs sapins ; Thorizon est dentelé de leurs longues flèches lugubres ; la nature en deuil semble contristée de quelque catastrophe tragique. Montségur est posé sur sa cime comme un autel et comme un tombeau. Tantôt il apparaît d'en bas sur son roc morne et désolé: tantôt assis rayonnant, sur des nuées qui flottent à sa base, comme un catafalque; tantôt sa masse comme fondue et rendue fluide parle plus ardent soleil semble étinceler et s'évaporer fantastiquement dans les hauteurs du ciel.

Tel était le poétique domaine féodal des fils de Cométa 2. Ramon de Pérelha, chef de cette maison pyrénéenne, placé sur la limite des deux comtés, relevait de Carcassonne pour la Roca, et de Foix

1. L'Avelanet d'Abélion, Abelan, Bélenus, le Soleil. Fougars, de Focus, Fontestorbes, Fons turbatus.

2. Les noms astronomiques sont encore très-communs dans le midi : Sol, Solar, Lunar, Estel (Vesper), Estéla, Astre, Astrier, elc.

35d LES ALBIGEOIS ET LUNQUISITION

pour Montségur. Il était de Tâge du vicomte Ramon- Roger de Garcassonne , qui devait être le premier martyr des guerres cathares, et de son cousin Roger- Bernard, enfant de Foix qui devait en être le dernier héros. Élevé avec ces deux jeunes princes, il avait vu, sur leur déclin, les tournois de Garcassonne et de Foix, les fêtes de Puivert, un des sièges des tribunaux d'amour dn Midi, où les petites cours pyrénéennes, réunies dans ce lieu sauvage, entrecoupaient leurs jeux poétiques et chevaleresques par des chasses à Tours dans la forêt de Belestar. Bientôt ces fêtes de galanterie héroïque s'éteignirent dans les austérités du catharisme , et les menaces de la croisade. Ramon de Pérelha, allié par sa mère aux Bélissen de Mirepois, par son aïeule aux Gorneillan du Rasez, par ses autres parentés à toutes les grandes maisons albigeoises des Pyrénées, fut élevé par les Amis de Dieu, qui le distinguèrent, dans cette jeune et mystique génération, comme un Eliacin du Paraclet. Il avait environ vingt-cinq ans (1204) lorsque la célèbre Esclarmonde de Foix , sœur du grand comte Ramon- Roger, et veuve de Jordan de File, vicomte de Gimocz, se retira au Castellar de Pamiers. Cette princesse se convertit au catharisme dont par sa naissance, sa fortune et son génie, elle devait être la papesse et la sibylle. Le Castellar, sa résidence habituelle, devint, comme un sanctuaire du Paraclet et Montségur , son apanage viager , une Thébaïde qu'elle réservait aux Amis de Dieu, dans la tourmente. Sous les éclairs de plus en plus irrités qui jaillissaient du Vatican assombri, la princesse

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