LIVRE QUATRIÈME
et terre, parlez! Ruines, sépulcres, ossements, élevez la voix! Faites entendre votre gémissement*. » — Montségur, la montagne de la délivrance, la roche du sacrifice, sera donc la pierre du jugement. L'heure est solennelle et triste. Le Christ se voile; rÉvangile se dérobe sous un nuage; toutes les églises défaillent et sombrent lentement dans la nuit. On dirait une Josaphat des religions, une plaine des tombeaux, jonchée de dogmes vides et de symboles desséchés (Ezéch. xxxvii). Certainement c'est une nuit divine où s'opérera une renaissance du monde, une transfiguration du Verbe éternel. Le monde cependant est saisi de ces angoisses que ressent le ver qui va subir sa transformation mystérieuse. Prions en attendant le jour lointain; et dans ce vague crépuscule du soir, évoquons, parmi les rêves consolateurs, la douce figure de la noble et sainte église du Paraclet. Elle n'est point morte; elle a fléchi sous sa croix; elle a dormi six Cents ans dans son tombeau. Le sépulcre de feu où fut jetée cette fiancée du Christ s'est changé en une couche de lis et de parfum. L'Époux lui dit : Jeune fille, lève-toi! La voilà debout dans son suaire virginal. Sulamite plaintive, elle vient de la Grèce et de TOrient, du désert et du martyre. Elle s'avance, comme l'aurore, avec son cortège d'humbles pontifes, de pieux chevaliers, de troubadours mélodieux. Elle se nomme : Pureté et Comolation. Elle a l'ineffable jeunesse de l'amour,
1. Nap. Peyrat : Les Réformateurs de la France et de ritalie au xii© siècle.
et rimmortelle adolescence de l'Apôtre bien-aimé. Avec son Maître, elle a reposé sur le cœur du Christ. Sur la cime de Montségur, la montagne du jugement, faisons donc comparaître l'Église romaine de saint Pierre, l'Église hellénique de saint Paul, TÉglise orientale de saint Jean, la vierge inspirée de Pathmos.
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