CULTE. — TRÉSOR. — CLOTURE DU SYNODE
Le synode enfin organisa le culte public. Le catharisme n'a point de temple. Sur la montagne les prédications avaient lieu dans la salle capitulaire du château. Une maison fut transformée en oratoire rustique dans le village au bord de l'Ers. Le dimanche le service divin était célébré sur la Roche, pour le châtelain et les gardes du donjon. Puis les évêques, les diacres, les chevaliers, descendaient de leur aire et venaient prier avec les pâtres dans la chapelle agreste du hameau. Le culte albigeois, on le sait, ouvert par une invocation, consistait dans Toraison dominicale, la confession des péchés, une simple paraphrase de TÉvangile, et se terminait par la bénédiction et le baiser de paix, le tout en dialogue entre roflSciant et le peuple avec de nombreuses génuflexions, mais sans musique ni cantiques. Une grande place était laissée a' Tadoration : pourtant la pièce principale c'était le discours : la prédication était au culte cathare ce que la messe est au culte catholique. Elle donnait son nom à la cérémonie qui s'appelait le ' sermon, L'oiSice n'avait guère lieu que le dimanche ; mais dans la semaine, les étrangers, les pèlerins . qui venaient visiter les évêques, les diacres, les diaconesses , recevaient le pain et le vîn consacrés, et ne quittaient pas leurs cellules sans avoir participé aux agapes. Les Amis de Dieu observaient
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quatre fêtes annuelles : Nadal (Noël) , l'apparition du Christ dans le monde; Pascor (Pâques), la résurrectioia du Sauveur ; Pentecosta (Pentecôte), la descente des langues de feu; et enfin Manilosa ou Manisola, louange ou consolation de Mani. Ce n'était pas la Bêma de Manès que les Manichéens célébraient au printemps. La Manisola avait lieu en automne et c'était la fête mélancoUque de l'Esprit, l'invocation du Consolateur plus miséricordieux et plus tendre aux sombres jours d'hiver. La vie des parfaits et surtout des proscrits, qui ne se nourrissaient que de privations, était comme un jeûne perpétuel. Et cependant, ils observaient dans Vannée trois temps sacrés, de quarante jours chacun (quadragésimes), d'une abstinence encore plus rigoureuse. Alors ils ne vivaient plus que d'un peu demain et d'eau. Ce premier carême finissait à Noël, le second à Pâques, le troisième vers le solstice d'été Vers l'équinoxe d'automne, ces solitaires, insatiables d'émaciation, devaient se préparer, par d'autres austérités ascétiques, aux solennités de la Manisola pendant lesquelles nous pensons que se tint le synode. Ainsi les Amis de Dieu donnaient deux fêtes au Christ et deux au Paraclet ' •
Le synode, avant de se séparer, organisa le trésor du Paraclet. Comme les Vaudois, les Albigeois avaient pour devise ces deux mots qu'ils faisaient retentir jusque dans le ciel : Lumière et Pauvreté î
1. Arch. d»l-Inq. de Carc«., Doat. xxiv, f. 101. - Eymericus 440. - Ekbertus , 899.- - Ducange. art. Berna. M. Scïïit (t. II. Uv. IV) demande quel est le sens de Manisola. Le voilà.
Lumière, c'est-à-dire sainteté et intelligence ; pauvreté, c'est-à-dire indépendance et sacrifice. C'était le programme opposé à celui de Rome, riche, mondaine, sensuelle, tyrannique, et qui s'enveloppait de ténèbres. Les Albigeois sont les types des ordres mendiants que Rome créa pour remplacer les cathares qu'elle exterminait ou qu'elle rattachait dénaturés à sa théocratie. Les Amis de Dieu ne possédaient rien . Ils vivaient comme les cigales et les abeilles, leurs symboles. Des fruits, des herbes, des racine* crues ou cuites à l'eau, voilà la plus succulente nourriture des parfaits. Mais les croyants, hommes toujours à cheval, toujours en course et en guerre , quoique sobres , mangeaient comme des lions. Il fallait nourrir, vêtir, équiper les servants d'armes du château, entretenir les cent chevaliers compagnons de Ramon de Perella et faire vivre les cinq ou six cents femmes, enfants, vieillards, réfugiés dans ce val désert. Il y avait donc un trésor commun à Montségur *.
Mais comment s'alimentait le trésor albigeois? Le comte de Toulouse, abattu et garrotté par le traité de Paris, était rongé jusqu'aux os par le roi de France et les légats de Rome. Mais le comte de Foix, malgré vingt ans de croisade, était riche en-, core, puisqu'il achetait, du vicomte de Narbonne, en épousant sa fille aînée, et en payant la dot de la seconde, le droit fantastiquement éventuel de succéder à la maison espagnole de Lara. Il était le suzerain direct de Montségur ; le patron affectueux