Nap. Peyrat : rAriti, siège du Mas-d'Azil
LES ALBIGEOIS KT L IN »i;*SITION
pour en comprimer les rivfr^ins, deux bastides ou forteresses : à sa source, (lie de Sérou ou de la montagne, et vers son embouchure, celle de Besplas, ou des belles plaines, postes avancés de l'abbaye du Mas-d'Azil.
Le château des Salenques, ancien monastère retombé dans le domaine comtal, et maintenant résidence d'Esclarmonde d'Alion, occupe un site agreste et nullement féodal *. Adossé au coteau du nord, sous un bois de chêne, dans le repli du ruisseau, le gracieux manoir, d'un aspect à la fois guerrier et monastique, découvre les courbes élégantes des collines semblables à une conque ovale de verdure, à une vaste corbeille blanchie au printemps d'une floraison de neige, et parfumée en automne de ses fruits plus éclatants encore que ses fleurs, dépêches roses, de grappes noires ou dorées, de figues vertes ou violettes aux pleurs de miel congelé, et de grenades dont le cœur entr'ouvert montre une cristallisation de rubis. De son étroite fenêtre à cintre roman et à baie géminée, Esclarmonde contemple , à l'est, les cimes ondulées des monts de Gabre couronnées d'un vaste dolmen celtique marqué d'une croix ; au sud-est, les tourelles du Gastellot qui barre le Gab-Aret, les deux croupes de la Tentina berceau probable de Tévêquemartyr Tento ; plus près encore vers le sud, dentelant les rampes abruptes du coteau, les murailles et le donjon crénelé des Bordes, séjour de ce vaillant Ramon l'un des héros des guerres romanes. Plus
bas, au sud-ouest, le couvent de Saint-Pierre*, au milieu des vignobles deTAgré-Monal ; et plus haut, vers l'ouest, le monastère de Porte-Cluse devant une gorge aride d'où tombe une cascatelle : Tare se terminait par les tours de Henri de Campagne, et les collines de Corbaout fuyant avec l'Arise vers le couchant. La guerre avait dévasté le vallon et semé sur ses pentes de vastes décombres : mais les cloîtres déserts, les %)urs mutilées, les arcades rompues, les flèches frappées comme de la foudre, ajoutaient à l'incomparable beauté des montagnes refleuries la grâce des ruines, et le charme mélancolique des souvenirs.
Esclarmonde avait encore dans son domaine une ville ibéro-romaine, cité morte, dont la plaine recouvre le cadavre, et dont les débris comme des ossements affleurent à la surface des sillons. Elle s'appelait Ramos et s'étendait des Bordes aux Salenques, entre l'Arise qui, du côté du sud, formait son fossé, et la voie romaine qui bordait les murs, au pied du coteau du nord (la Strada). Les champs gardent encore la;désignation de ses quartiers : voici la place publique le Prévicinal, Pratum- Vicinale. Deux rues y débouchent, la Carrerassa et la Villatéria. La première forme, comme l'indique son nom, le quartier aristocratique, à l'aspect du torrent et du soleil; la seconde est un faubourg rustique, qui se dirige au septentrion, vers le vignoble et les parcs des troupeaux. Sur la Strada antique, on trouve encore, au levant, Las Lanas, lieu de la tonte des