LIVRE HUITIÈME
cailleuse. La noble image du seigneur dépossédé lui apparut dans ce manoir désert. Tout le jour par l'étroite fenêtre, il voyait du côté du sud, â deux lieues dans la montagne, au-dessus des bois, dans les hauteurs du ciel, sur sa cime désolée, le camp des proscrits, séjour de tant de sainteté, d'infortune, et d'héroïsme. Le fantôme de la patrie le saisit au cœur, et un soir, dans l'ombre de la nuit, et dans le mystère de la forêt, le traîna, tout éploré, vers Montségur où, tombant aux pieds de Tévêque et du héros, ce traître repentant implora parmi les sanglots, la paix, le pardon du ciel *. Cet exemple n'est pas unique, on voyait parfois des chefs croisés adhérer au catharisme; et nous avons déjà cité, Gausbert, le chapelain même d'Amaury de Montfort. Ainsi revint le bayle du maréchal dont le noble relèvement, découvert plus tard par l'inquisition, lui valut sans doute la gloire de figurer parmi les martyrs de la patrie pyrénéenne.
C'est ainsi que les Cathares, par cette pacification de leurs chefs et de leurs amis, se préparèrent à la guerre. L'empereur Frédéric marchait sur Rome. Le roi d'Angleterre ne passait pas encore la mer, mais le puissant comte de La Marche, son beau-père, agissait en son nom dans le Poitou. Le roi d'Aragon faisait ses préparatifs derrière les Pyrénées. Ramon-RogerdeCarcassonne, à la tête des proscrits albigeois; formait Tavant-garde de l'armée espagnole. Malheureusement, avec cette impatience qui tourmente