‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 438 sur 922 · LIVRE HUITIÈME fji · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME fji

Mais, dans la nuit même de la, Nativité de la bienheureuse Marie, le vicomte Ramon-Roger arriva sous les murailles du faubourg, où il entra porté dans les bras et sur le cœur de ses sujets. Les prêtres <5atholiques des environs, dispersés par l'effroi, s'étaient réfugiés dans le faubourg de l'Aude. Une soixantaine se groupèrent, attendante mort, autour de l'autel de Notre-Dame. Le généreux vicomte leur fit grâce, leur donna même un sauf-conduit, mais le peuple, hors de ses yeux, les mit en lambeaux. N'étaient-ils pas les prédicateurs de la croisade, les héraults de l'asservissement et de la désolation du Midi * ?

Le faubourg de Graveilland, ou plutôt de Graveillaud, s'étendait, comme son nom l'indique, sur la grève de l'Aude, au pied de la berge occidentale, entre la barbacane du château et la pointe de Saint-Nazaire. Le connétable et le sénéchal, descendant par la barbacane et la porte de Toulouse, expulsèrent le vicomte du faubourg et s'emparèrent de ses madriers, qui, destinés à l'attaque, servirent à la défense de la cité. Mais Ramon-Roger, en retour, se rendit maître du Moulin du Roi, moulin fortifié qu'un souterrain reliait à la barbacane, et par cette prise importante il affamait les Français. Le vicomte développa ses camps au pied des rampes de Carcassonne. Olivier de Termes, Gérald d'Aniort, Hugo de Serrelongue, et probablement les faidits de Montségur, se retranchèrent, à l'aide de fossés et

i. Ghron. de Saint-Médard. - De Saint-Paul de Narbonne.

87a LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

ea coupant les chemins, » l'ouest entre le fleuve et la façade de Saint-Nazaire. Pierre de Fénolhet, Renauld Del Pech, Pierre de La Tour, Guilhem Fort, et les autres seigneurs de Pénautier, se logèrent au nord entre le pont et la barbacane. R^mon de Villeneuve, Hugo de Romégos, son neveu, petit -fils d'un viguier de Garcassonne du temps de l'indépendance; Jourdain de Saissac, dont le père avait été le tuteur du vicomte mis à mort par les Français ; un autre chevalier, compagnon d'exil du jeune chef des faidits, et dont le nom sauvage annonce un châtelain des hautes cimes, Ramon de Orsalt ou du bois de l'Ours {Ursi-Saltus), campèrent au levant devant la porte Narbonnaise, et se développèrent le long des fossés et des remparts du sud. Les arbalétriers pyrénéens perçaient de leurs flèches tous les Français qui se montraient aux créneaux, principalement à la porte de Toulouse, et aux poternes de la barbacane • .

Le vicomte Roger résolut de s'emparer de la barbacane pour se rendre maître des rampes du château. Il dressa contre cette énorme tour un mangonneau et protégea de puits et de fossés profonds cette puissante machine de jet. Dès que les assiégés voyaient sa verge fatale se détendre et lancer dans l'air sa pierre sifflante, ils se blottissaient dans leurs souterrains ; mais ils combattaient énergiquement son jet meurtrier par l'action non moins vigoureuse d'une pierrière turque. C'était l'attaque principale : maître du château, le vicomte

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