‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 503 sur 922 · LIVRE NEUVIÈME gij · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME gij

tu yeux te donner à Dieu, promets d'obseJrer les règles de la perfection cathare. » Après ces promesses, l'évêque posait l'évangile sur la tête du chevalier. Il lisait, et le diacre répondait, et les fidèles murmuraient la parole de vie et d'immortahté.lPuis tous ensemble récitaient l'oraison dominicale, le tout en langue romane, en dialogue et avec une certaine mélopée. La liturgie funèbre se terminait par le baiser de paix et le guerrier expirait en .sentant, sur ses lèvres, se poser comme le sceau du salut, le baiser fraternel du prêtre, le baiser paternel de Dieu.

L'hiver arriva. Il règne ordinairement six mois à Montségur, et le donjon régulièrement est pendant cent jours enveloppé d'une tempête de neio-e Ramon de Pérelle devait compter sur ce puissant et orageux auxiliaire. L'ouragan devait renverser la tour mobile, mal assise sur ses rochers, et en rouler les débris, avec ses soldats et leurs armures d airam, comme des feuilles mortes dans le ravin de l'Ers ou dans la combe de l'Abès. L'hiver devait arracher les tentes catholiques, comme des herbes sèches, et livrer le sénéchal, les chefs croisés, et tout leur camp gelé sur l'Aire de l'Espagnol. Il n'en fut rien.: l'hiver fut une espèce de faux printemps presque sans neige; les tourbillons et les frimas trahissaient la cause romane et l'attente des Amis de Dieu. On continua donc de combattre sur cette cime à peine glacée. La mort de Ramon de Carcassoane correspond aux jours de Noël même «.

i. Pierre Vignola de Balaguer.

Toutefois le départ du sénéchal et des chefs catholiques pour le concile de Narbonne, joint aux rigueurs inévitables de la saison, dut amener quelque relâche dans la lutte, et permit sans doute aux Consolateurs de fêter paisiblement, selon leur coutume, la naissance du Christ, sur ce sommet pyrénéen, son autel et leur sépulcre.

Cependant l'Aquitaine, la Provence, l'Espagne, l'Italie, le monde cathare, tenait, dans une anxiété palpitante, les yeux fixés sur Montségur. Le l«''janvier (1244) un messager, Joan Rog (Jean Rouch) de Saint-Paul-sur-l'Agout, pénétra, malgré les postes ennemis, jusqu'au château. Il venait voir son frère Pierre, écuyer de Pierre-Roger de Mirepois. Il revenait d'Italie, et portait des lettres de l'évêque johannite de Crémone. Grâce à la protection de l'empereur Frédéric II, l'église lombarde était tranquille, mais elle s'inquiétait du sort de Montségur. Elle priait l'évêque Bertran d'En Marti d'envoyer deux frères affidés pour l'instruire avec certitude de la situation de la forteresse albigeoise *. D'autres messagers étaient venus précédemment. Ils disaient : le comte de Toulouse arrive à votre secours. Tenez seulement jusqu'à Noël. Noël était passé. D'autres encore ajoutaient* : Tenez jusqu'à Pâques, vous recevrez un puissant renfort de TEmpereur. Cette aide, tant de fois annoncée, était-elle une réalité, ou seulement une pieuse illusion, un désir fervent, destiné à relever le cœur défaillant de Montségur? Nous l'ignorons : mais la cheva-

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