LIVRE DIXIÈME
faisait main basse sur les échappés de Nore et de Montségur. Alors disparaissent deux amis de Mazeroles, Tévéque Pépolha et Roger d'Aragon, chef des faidits du Gabardez. Pépolha dut être brûlé sur la grève de l'Aude, mais son bûcher n'a pas laissé de lueur dans l'histoire. Le même nuage nous dérobe Roger d'Aragon, soit que ce grand baron ait terminé sa vie errante aux gibets ou dans les basses-fosses de Garcassonne, soit qu'il ait expiré comme un vieux lion dans quelque caverne de la Montagne-Noire. De l'autre côté de la chaîne, l'inquisition fit une capture importante, celle de Sicard de Figueyras , ancien diacre de Cordes et directeur de la grande tisseranderie johannite d'Elvas. Après la dispersion de ce séminaire, il évangélisa pendant dix ans la région de l'Albigeois. Il avait pour compagnons Pierre Gapéla et Joan del Goler, et pour auxiliaires Ramon de Villar, Bernard del Pagut et Bertran deMontagut. Sicard fut, à ce qu'il semble, trahi par un de ses hôtes. « Nos amis les plus chers et les plus intimes, dit-il, deviennent nos ennemis; ils nous saluent, nous saisissent et nous livrent à la cour pour racheter leurs péchés. » 11 fut conduit devant Isarn, abbé de Vieil-Muret, lieutenant du frère Ferrier, et vice-inquisiteur de l'Albigeois. Isarn était poète et tellement enrnisonnéde Hmes et de romans qu'il rédigea son interrogatoire en vers, et voulut immortaliser dans un poëme la gloire d'avoir converti ou brûlé un grand docteur cathare *.