LIVRE ONZIÈME
diminutif et une ombre de Montségur. Ils s'y réunirent ensynode, y firent de nouvelles ordinations, et probablement y proclamèrent le sixième évêque de Toulouse. Ils s'y maintinrent environ dix ans; mais, après le retour du roi de la Terre sainte, Pierre d'Auteuil, sénéchal de Carcassonne, les expulsa de ce donjon (aoi^t 1255), et leur nouveau patriarche, harcelé de toutes parts, transporta le siège de son sacerdoce au delà des Alpes *.
Dans les premiers temps, les Johannites de Quéribus eurent pour défenseurs, le vicomte dépossédé de Fénouïllèdes, Olivier de Termes, et ses deux beaux-frères, Ramon de Ménerbe et Ramon de Serrelongue. Mais ces grands faidits des Corbières ayant fait leur paix avec le roi, il ne restft aux Amis de Dieu que la protection d'obscurs chefs de bandes des forêts. Ces proscrits formaient comme une chevalerie du désert. Toujours à cheval, munis d'arcs ou d'arbalètes, armés d'épées, de lances, de faux ou de poignards, ils faisaient la garde autour des donjons ou des cavernes cathares, ou, la nuit à travers les bois, escortaient, comme des chiens fidèles, les Hommes de Dieu. Nous connaissons plusieurs de ces chefs plébéiens. Depuis la soumission de Bernard et d'Olivier de Penne, les insurgés de la Grésigne et de l'Aveyron paraissent avoir à leur tête, un Ramondin terrible, si l'on en juge par son surnom sauvage, Bouche-de-Loup. Ses compagnons n'avaient pas de sobriquets plus rassurants : on les appelait Mornat, Amblard et Male-